Depuis près de 50 ans, des Arabes apprennent l'hébreu et des juifs étudient l'arabe à l'Oulpan Akiva une école qui enseigne aux adultes, à un rythme soutenu, les bases de la langue. On estime à 70 000 le nombre des élèves qui ont fréquenté l'établissement depuis son ouverture.
Simon Griver
Shulamit Katznelson, qui a créé l'école en 1951, présente les activités de l'Oulpan Akiva dans une perspective modeste. "Nous sommes peut-être naïfs d'essayer d'aborder les problèmes de la région de cette façon", observe-t-elle. "Mais nous sommes convaincus que les bases solides nécessaires pour construire la paix ne peuvent provenir que de contacts personnels et de la capacité de chacun à parler le langage de l'autre."
L'Oulpan Akiva a effectivement contribué à poser les bases du dialogue judéo-arabe. "Il règne ici une atmosphère de tolérance", affirme-t-elle. "Et de nombreux juifs et Arabes qui se rencontrent pendant les cours restent en contact par la suite." Les élèves de l'Oulpan Akiva sont aussi bien des Arabes d'Israël et des pays arabes qui apprennent l'hébreu, que des juifs de la diaspora étudiant cette langue et des Israéliens apprenant l'arabe. D'éminentes personnalités des communautés juives et arabes d'Israël ainsi que des Palestiniens, des Jordaniens et des Egyptiens ont participé à des stages de six semaines en internat dans l'ancien ensemble hôtelier de Netanya, une ville de la côte méditerranéenne située au nord de Tel Aviv. L'une des anciennes élèves, originaire de la Bande de Gaza, a même ouvert son propre Oulpan à Gaza.
Mme Katznelson, dont le nom avait été proposé pour le prix Nobel de la paix en 1991, a dernièrement pris sa retraite et a été remplacée par Ephraïm Lapid à la tête de l'oulpan. Ancien général de brigade des Forces de défense d'Israël, M. Lapid a toujours mis l'accent sur l'importance du dialogue entre juifs et Arabes et sur la nécessité de faire l'effort de comprendre la culture et la langue de l'autre. Lui-même parle l'arabe et est diplômé de l'Université hébraïque de Jérusalem en Etudes du Moyen-Orient.
Selon la philosophie de l'Oulpan Akiva , la langue est inextricablement associée à la culture. Sur les cinq heures de cours dispensés chaque jour, une heure est consacrée à l'étude du judaïsme et de l'histoire juive, ainsi que de l'histoire de l'Etat d'Israël. De même, le cours de langue arabe comprend des données de base sur l'islam et l'histoire arabe, ainsi que des visites dans des villages arabes.
"J'estime que le système d'éducation israélien devrait développer davantage l'enseignement de l'arabe", déclare Yossi, un habitant de Haïfa qui vient de recevoir son diplôme des sciences de l'ordinateur à l'Université de Tel Aviv. "La connaissance de l'arabe est essentielle pour les Israéliens si nous voulons cimenter le processus de paix. Il y a une limite à ce que les hommes politiques peuvent réaliser. Il appartient à la population de faire le reste". Jamal, un ingénieur d'Amman âgé de 25 ans, venu en Israël pour apprendre l'hébreu, renchérit. "Nous sommes voisins", souligne-t-il. "En connaissant la langue de l'autre, nous pouvons arriver à nous respecter les uns les autres".
Les activités de l'Oulpan Akiva sont orientées vers la compréhension mutuelle. C'est dans cet esprit que l'école a mis l'accent, ces dernières années, sur la nécessité de combler les fossés qui se sont creusés au sein de la société israélienne. Des rencontres de fin de semaine, comprenant séminaires et conférences, destinées à permettre à chaque groupe de comprendre la culture et les valeurs de l'autre, sont organisées entre Israéliens orthodoxes et laïcs.
L'Oulpan Akiva propose également des séminaires sur d'éminents penseurs juifs comme l'ancien grand rabbin Abraham Isaac Kook. Ces séminaires ont attiré aussi bien des juifs laïcs, orthodoxes et ultra-orthodoxes que des personnalités religieuses chrétiennes et musulmanes.
Au cours de la dernière décennie, avec l'arrivée dans le pays de près de 800 000 immigrants juifs de l'ex-Union soviétique, l'Oulpan Akiva a organisé des cours du soir en hébreu pour les nouveaux arrivants. Ce programme inclut des rencontres avec des Israéliens de longue date.
Mais le principal objectif de l'Oulpan Akiva demeure la promotion de la coexistence entre juifs et Arabes. Aussi bien Ephraïm Lapid que Shulamit Katznelson rêvent d'enseigner l'hébreu dans leur établissement à des Arabes de Syrie, lorsqu'un traité de paix général aura été signé au Moyen-Orient.