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De l-Hashomer aux Forces de defense d-Israel

19 Oct 1999
 
     

De l'Hashomer aux Forces de défense d'Israël

La défense juive en Palestine

Méir Païl

 
 

 

Membres de l'Hashomer
  La période ottomane

Depuis l'époque où la communauté juive moderne en Palestine (le nouveau yishouv) s'était consolidée, par suite des première et deuxième aliyot (vagues d'immigration) - survenues depuis 1870 jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, chaque ville, quartier, moshava (village), exploitation, moshav ou kvoutza (respectivement localité coopérative et collective), avait été confronté à la nécessité de se protéger. A l'époque, il fallait se défendre principalement contre les voleurs arabes agissant à titre individuel ou en bandes organisées.

L'organisation de la sécurité juive évolua en plusieurs phases. Au début, les localités juives désignaient au moins un responsable de la sécurité du secteur des bâtiments et, en cas de nécessité, des champs. Ce garde, équipé d'une arme personnelle (un fusil, et dans la plupart des cas également un pistolet) opérait de jour comme de nuit, à cheval ou à pied.

Avec le temps, les gardes embauchèrent des Arabes pour les missions de surveillance, en particulier de nuit. La méthode s'avéra inefficace dans la mesure où, très rapidement, les gardiens arabes entreprirent de collaborer avec les voleurs et les bandits. En conséquence, dans quelques localités (Zikhron Yaakov par exemple), de jeunes Juifs organisèrent des petits groupes de volontaires ayant reçu une préparation pour la garde et de la protection de leurs localités.

Dans ces conditions - la garde étant assurée dans la plupart des localités par des Arabes et dans certains villages par de jeunes Juifs volontaires "irréguliers" - fut créée en 1907 l'organisation Bar Guiora. Cette organisation vit le jour à Névé Tzédek, près de Jaffa, au domicile de Yitzhak Ben-Zvi qui devait par la suite devenir le deuxième président de l'Etat d'Israël. Bar Guiora créa les premiers groupes de gardes juifs à Séjéra. A partir de ces groupes de travailleurs et de gardiens fut créée en 1909 l'Hashomer, qui se définissait elle-même comme une organisation à l'échelle nationale, responsable de la sécurité du plus grand nombre possible de localités juives. Avant de prendre en charge la garde et la sécurité d'une quelconque localité, l'Hashomer posait pour condition que seuls des travailleurs juifs y seraient embauchés.

L'Hashomer pouvait ainsi considérer ces travailleurs comme des éléments pour les missions de surveillance et organisa rapidement ses opérations à trois niveaux : un petit noyau de fondateurs (les vétérans de Bar Guiora); un groupe plus important de gardes actifs, membres de l'Hashomer et, à titre de réserve, les travailleurs juifs qui s'intitulaient eux-mêmes "légion du travail".

En 1913, les dirigeants de l'Hashomer nouèrent des relations avec les institutions de l'Organisation sioniste en Europe, mais elles furent interrompues en août 1914 lorsqu'éclata la Première Guerre mondiale. L'Hashomer continua comme auparavant à assumer ses missions de protection en Palestine, en veillant à ne donner aucun prétexte à sa suppression par le régime ottoman.

A la même époque, une autre organisation de sécurité vit le jour : le Groupe Jaffa, composé de jeunes gens et chargé de la sécurité de Tel Aviv et de la population juive de Jaffa. Dans l'Hashomer (1909-1920), la personnalité marquante fut Yisrael Shohat; au sein du Groupe Jaffa, ce fut Eliyahou Golomb.

La première guerre mondiale

 
 
Sarah Aaronson du NILI
 
En Palestine, sous l'administration ottomane, des jeunes gens qui vivaient dans les moshavot autour de Zikhron Yaakov, créèrent une organisation appelée les Guidéonites. Pendant la guerre, cette organisation devint le noyau du NILI (initiales de netzah yisrael lo yeshaker - I Sam. 15 : 29), qui se livra, sous la direction de l'agronome Aaron Aaronson, à des activités d'espionnage au profit de la Grande Bretagne. Par ailleurs, durant la guerre, plusieurs milliers d'habitants juifs de Palestine avaient été incorporés dans l'armée turque; certains y reçurent une formation et furent nommés officiers et sous-officiers, par exemple Moshé Sharett, Dov Hoz (qui déserta par la suite pour s'engager dans l'armée britannique), Alexander Aaronson, et Elimelekh Zelikovich (Avner); ce dernier devint ultérieurement un officier supérieur de la Haganah.

 
 
Le Corps des muletiers de Sion à Alexandrie
 
En ce qui concerne l'entreprise sioniste du point de vue militaire, d'importants développements intervinrent pendant la Première Guerre mondiale dans l'armée britannique qui combattait contre les Turcs. Le premier eut lieu en Egypte en 1915 avec la création du Corps des muletiers de Sion sous le commandement du lieutenant-colonel John Henry Patterson, un Irlandais et du capitaine Joseph Trumpeldor. Le Corps des muletiers de Sion rejoignit le corps expéditionnaire britannique qui avait pris position dans la péninsule de Gallipoli dans les Dardanelles (mai 1915) où il participa aux opérations jusqu'à ce que les Britanniques furent contraints d'évacuer leurs positions (janvier 1916). Presque tous les soldats de ce corps étaient des juifs expulsés de Palestine par les autorités turques en raison de leur nationalité étrangère.

 
 
  Ce n'est qu'après la retraite de Gallipoli et les incessantes requêtes de Jabotinsky, Rutenberg et Trumpeldor adressées aux cercles gouvernementaux à Londres que le ministère britannique de la Guerre accepta, en septembre 1917, la constitution d'un nouveau régiment d'infanterie créé à partir de près d'une centaine de vétérans du Corps des muletiers venus en Grande-Bretagne et d'émigrés juifs de Russie qui s'étaient également installés en Grande-Bretagne et acceptaient de rejoindre une unité de combat juive. Le 38e bataillon de fusiliers royaux vit le jour dans le sud de l'Angleterre, sous le commandement du lieutenant-colonel Patterson, l'ancien commandant du Corps des muletiers de Sion alors dissous. En février 1918, le 38e bataillon de fusiliers royaux fut transféré en Egypte et participa à l'offensive britannique de septembre 1918 sous le commandement du général Edmund Allenby. Le régiment, alors stationné dans la vallée du Jourdain près de Jéricho, participa à la traversée du Jourdain vers l'Est en direction de Es Salt. Vladimir (Zeev) Jabotinsky était commandant en second de ce régiment, avec le grade honorifique de lieutenant.

 
 
Volontaires juifs en Angleterre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Premiers Judéens
  Un deuxième régiment juif, le 39e bataillon de fusiliers royaux, fut constitué en Grande-Bretagne immédiatement après le départ du 38e. Le 39e bataillon composé de volontaires juifs des Etats-Unis et du Canada ainsi que d'émigrés de Russie, fut envoyé en Egypte en avril 1918 sous le commandement du lieutenant-colonel Eliézer Margolin, qui avait dirigé un bataillon du corps expéditionnaireaustralien sur le front français. Pendant ses manoeuvres en Egypte, ce régiment commença à intégrer des volontaires juifs palestiniens qui s'étaient enrôlés dans l'armée britannique après qu'elle ait occupé la moitié sud de la Palestine. La moitié de ce régiment bien entraîné combattit aux côtés du 38e bataillon de fusiliers royaux en septembre 1918.

Un troisième régiment juif, le 40e bataillon de fusiliers royaux fut constitué avec des volontaires juifs des Etats-Unis et du Canada (dont David Ben Gourion et Itzhak Ben-Zvi, expulsés de Palestine par les Turcs, ainsi que Dov Joseph et Néhémia Rabin). Ce régiment, commandé par le lieutenant-colonel Samuel, arriva en Egypte en août 1918 et accueillit des volontaires juifs venus de Palestine (par exemple Eliahou Golomb, Dov Hoz, Berl Katznelson et plusieurs membres de l'Hashomer). Le 40e bataillon de fusiliers royaux fut transféré d'Egypte en Palestine, mais trop tardivement pour participer à l'action.

Presque tous les membres des trois régiments juifs furent démobilisés immédiatement après la fin de la Première Guerre mondiale en novembre 1918. Ceux de Grande-Bretagne et de Palestine retournèrent dans leurs pays respectifs et quelques-uns, originaires d'Amérique du Nord, s'installèrent en Palestine en conformité avec leurs convictions sionistes. Des représentants de l'exécutif sioniste en Grande-Bretagne et en Palestine persuadèrent les autorités britanniques de créer un régiment de volontaires juifs (commandés par le lieutenant-colonel Eliézer Margolin), dans le cadre des troupes en garnison en Palestine. Ce régiment, appelé Premiers Judéens, fut constitué en 1919 à Sarafande (aujourd'hui Tsrifin), mais les Britanniques ne lui permirent d'intervenir ni pendant les incidents de Tel Haï et Jérusalem en 1920, ni lors des émeutes arabes de mai 1921. Par la suite, lorsque des violences éclatèrent à la limite entre Jaffa et Tel Aviv, Margolin envoya de sa propre initiative une partie de son régiment. La réaction des Britanniques consista à le dissoudre.



Les vingt premières années du mandat britannique en Palestine (1919-1939)

 
 
Membres de la Haganah, 1936
  Le démantèlement des Premiers Judéens donna raison aux dirigeants sionistes qui refusaient de compter sur le parrainage britannique pour créer une force militaire. En 1920, la Haganah fut constituée en tant que noyau d'une organisation militaire, jugée illégale par les Britanniques mais considérée par ses initiateurs - qui étaient également les fondateurs de la Histadrout (la Fédération générale du travail juif), comme une force armée nationale en bonne et due forme, subordonnée à la direction politique élue et autorisée à faire usage de son potentiel militaire pour la défense des intérêts du yishouv.

Pendant ses dix premières années, la Haganah fut subordonnée aux institutions élues de la Histadrout, car les institutions politiques de l'Organisation sioniste et du yishouv n'étaient pas encore prêtes à assumer la responsabilité de cette force militaire illégale.

Par suite des pogroms de 1929 et après deux années de discussions entre les dirigeants des partis sionistes de l'ensemble de l'éventail politique, la Haganah fut placée sous l'autorité conjointe de l'exécutif de l'Agence juive et du Vaad Leoumi (Conseil national). En 1931, la Haganah se retrouva sous l'autorité d'un comité paritaire - un haut commandement politique constitué à parts égales de six membres politiques - trois représentant la "gauche" (dont Eliayhou Golomb et Dov Hoz) et trois représentant la "droite" (dont Saadya Shoshani et Yissaschar Sidkov). La Haganah devint ainsi une organisation militaire nationale subordonnée aux dirigeants élus de la nation. Bien que les Britanniques, comme les Arabes, considéraient la Haganah comme illégale, le yishouv y voyait son organisation militaire populaire légitime. Toute localité rurale - moshava, moshav, kibboutz - toute ville ou tout quartier juif était affilié à la Haganah, et l'identité du commandant de district de la Haganah était connue de la plupart des habitants.

 
 
Police sumuméraire
  En 1931, un groupe de la Haganah quitta l'organisation, refusant d'accepter l'autorité du comité paritaire - le haut commandement. Peu après, à partir de 1932, le groupe dissident, dirigé par Avraham Tehomi, prit le nom d'Organisation militaire nationale (Irgoun Tzevaï leoumi) dont l'acronyme en hébreu est Etzel. Cette organisation reçut le soutien total du parti révisionniste de Zeev Jabotinsky et le soutien partiel de factions de droite des Sionistes généraux et du Mizrahi.

Pendant les émeutes de 1936 à 1939 - que les Arabes qualifièrent de "soulèvement arabe" - pour des raisons stratégiques, les gouvernements britanniques de Jérusalem et de Londres permirent un certain niveau de collaboration militaire entre l'armée et la police britanniques et la Haganah. Cette coopération conféra à la Haganah un cachet de légalité pendant trois ans, qui se manifesta dans l'expérience de la police surnuméraire qui dura jusqu'en 1948 et dans la fraternité des armes avec le capitaine Orde Charles Wingate.

En 1938, l'exécutif de l'Agence juive décida de nommer un dirigeant national à la tête de la Haganah; une personnalité non affiliée à un parti présiderait le haut commandement. Le premier à remplir ce poste fut Yohanan Ratner. Quelque dix-huit mois plus tard, en septembre 1939, après une âpre discussion entre le haut commandement et les instances politiques auxquelles il était subordonné - à savoir l'exécutif de l'Agence juive et le Conseil national - il fut décidé de nommer un état-major général professionnel à la tête de tous les éléments et opérations des diverses instances de la Haganah. L'état-major général fut placé sous l'autorité du haut commandement et son premier chef d'état-major fut Yaakov Dori (Dostrovsky).

L'Etzel traversa une crise pendant la première année des "troubles" arabes. En avril 1937, la moitié de ses membres (environ 1 500), dirigés par Avraham Tehomi en personne, l'abandonna et retourna dans la Haganah. L'autre moitié demeura dans l'Etzel, désormais placée sous l'autorité politique de l'Organisation sioniste révisionniste de Zeev Jabotinsky. L'Etzel rejetait la politique modérée de la Haganah contre les Arabes, la doctrine de la "retenue" (havlaga) adoptée par les dirigeants sionistes, et prônait une politique d'intimidation.

Dans les années 1938-39, la révolte arabe fut réprimée par les forces britanniques en coopération avec la Haganah qui mobilisa plus de 20 000 juifs de la police surnuméraire en plus des troupes de campagne d'Yitzhak Sadeh et des escouades de nuit du capitaine Orde Wingate.


La seconde guerre mondiale (1939-1945)

Après environ deux décennies d'activité, les marques d'un professionnalisme et d'une institutionnalisation croissantes étaient patentes. La "défense régionale" avait vu le jour, tout comme les troupes de campagne qui avaient opéré pendant deux ans (1937-1939). A cette époque, la Haganah avait déjà créé un corps de campagne, un service médical, un service des transmissions, un service du renseignement, l'Aliya Bet (qui assurait l'immigration clandestine), une industrie militaire et des services d'approvisionnement et de stockage des armes. Le pays fut divisé en districts opérationnels et un journal militaire professionnel intitulé Maarakhot (campagnes) fit ses débuts. En 1941, les "régiments de la jeunesse" (la Gadna) et la "Force de combat" (Palmach) furent créés. La même année, la Haganah formula ses principes, en soulignant son caractère national et sioniste, et présentant l'institution comme l'unique force militaire de l'entreprise sioniste et de l'Etat juif en construction.

  • La Haganah est la force militaire du peuple juif qui lutte pour l'indépendance politique du Pays d'Israël.

  • La Haganah est soumise à l'autorité de l'Organisation sioniste mondiale en liaison avec la communauté juive organisée du Pays; elle est à leur service et obéit à leurs ordres.

  • La Haganah a pour fonctions : 1) de défendre la population juive de Palestine contre des attaques visant ses membres, ses biens et son honneur; 2) de défendre l'entreprise sioniste et les droits politiques du peuple juif sur la Terre d'Israël; et 3) de défendre le Pays d'Israël contre toute action hostile venant d'au-delà des frontières, en fonction de ses capacités et des circonstances politiques.

  • La Haganah est au service de l'ensemble de la nation, de l'ensemble du yishouv, et de l'ensemble du mouvement sioniste. Son drapeau est celui de la nation - bleu et blanc. Son hymne est l'hymne national, la Hatikva. Tout juif, homme ou femme, désireux et capable de participer à la défense nationale est habilité à rejoindre la Haganah.

  • La Haganah est affranchie des lois du gouvernement non juif. Son existence, ses armes et ses opérations font l'objet d'un secret total. Ceux qui enfreignent ce principe risquent leur vie.

  • La Haganah inculque à ses membres l'allégeance vis-à-vis du peuple juif et d'Erets Israël, l'amour de la liberté et le réveil, le courage et l'endurance juifs face aux souffrances et à l'adversité, l'esprit de sacrifice, le respect de la vie humaine, l'honnêteté, la simplicité et le respect des valeurs juives et des valeurs humaines.

 
 
Manifestations contre le Livre blanc, mai 1939

 

 

 

Juifs palestiniens servant dans l'armée britannique
  Lorsque débuta la Seconde Guerre mondiale et que la Grande-Bretagne joua un rôle clé dans le combat contre l'Allemagne nazie, les dirigeants sionistes réalisèrent que l'action directe ou indirecte contre les Britanniques était hors de question, alors même que la politique britannique appliquait dans tout sa rigueur les recommandations du Livre blanc de mai 1939 limitant l'immigration juive et l'acquisition de terres. David Ben Gourion, président de l'exécutif sioniste, décida que le mouvement sioniste et le yishouv coopéreraient avec les Britanniques contre les nazis dans le domaine militaire, mais continueraient leur lutte contre le Livre blanc sur les questions d'immigration et de peuplement.


L'Etzel, par contre, était aux prises avec une controverse. Les dirigeants révisionnistes décidèrent que, malgré le Livre blanc, les juifs coopéreraient sur le plan militaire avec les Britanniques contre les nazis. Un petit groupe dirigé par Abraham (Yaïr) Stern, considérait les Britanniques comme le principal ennemi du sionisme et préconisait contre eux l'action de guérilla. Après la mort de Jabotinsky en 1940, ce groupe fit scission de l'Etzel pour opérer séparément sous le nom de "Etzel en Israël" (plus connu sous le nom de groupe Stern). Après l'assassinat de Stern par les Britanniques en février 1942, les nouveaux dirigeants du groupe (Natan Yellin-Mor, Yitzhak Shamir et Yisrael Eldad) réorganisèrent leur groupe de résistance sous le nom de Lohamei Herout Yisrael (Combattants juifs de la liberté) dont l'acronyme est Lehi.

 
 
Rassemblement matinal au Q.G. du désert de la Brigade juive
 
Les 30 000 juifs enrôlés dans l'armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale furent un facteur d'une importance considérable pour la constitution de la défense juive armée en Palestine. Vers la fin de la guerre, fut constituée la Brigade juive qui mena des actions contre les nazis dans le nord de l'Italie. Les juifs de l'armée régulière et de l'armée de l'air britanniques, originaires de Palestine, reçurent une formation dans tous les domaines militaires - combat, administration, technologie et logistique d'une armée moderne - et transmirent ces connaissances aux forces de défense juives dans le pays. Ce fut ensuite fort utile aux Forces de défense d'Israël, issues de la Haganah, qui allaient être créées durant la guerre d'Indépendance.

La lutte contre les Britanniques (1945-1948)

 
 
"Zone de sécurité" britannique au centre de Jérusalem, sumommée "Bevingrad"
  A la fin de la Seconde Guerre mondiale, entre octobre 1945 et le début de la guerre d'Indépendance en décembre 1947, la Haganah était la force militaire juive la plus importante qui opérait contre les Britanniques. Son chef d'état-major, Yitzhak Sadeh, était le plus ancien et le plus respecté du "mouvement de résistance juive". La Haganah réalisa plusieurs opérations militaires contre les Britanniques : la libération d'immigrants internés au camp d'Atlit; le bombardement du réseau ferroviaire du pays ("la nuit des trains"); le sabotage des installations de radar et des bases des forces mobiles de la police britannique; le sabotage des bateaux britanniques chargés du transfert des immigrants clandestins et la destruction de toutes les routes et de tous les ponts des frontières ("la nuit des ponts").

Ce fut également la Haganah, sous le commandement de Shaul Avigour (Meirov) qui organisa l'immigration clandestine en masse depuis l'Europe et l'Afrique du Nord, entre 1944 et 1948, par des routes d'évasion (Beriha) terrestres ou maritimes, ainsi que par voie terrestre depuis les pays du Moyen Orient. La Haganah assura en outre dans l'ensemble du pays la protection militaire de l'entreprise de peuplement juif qui se poursuivit sans se soumettre aux restrictions imposées par les lois britanniques. L'une de ces opérations consista en la création, le lendemain de Yom Kippour 1946 dans la nuit, de onze localités dans le Néguev, sous le commandement du chef d'état-major en second de la Haganah, Yossef Avidar (Rokhel).

L'Etzel et le Lehi bien sûr participèrent également au mouvement de résistance, leurs nombreuses opérations consistant principalement en des actions de guérilla contre les Britanniques, par exemple : l'explosion du Q.G. militaire et civil des Britanniques à l'hôtel King David à Jérusalem, des raids contre les bases aériennes britanniques à Qastina et près de Kfar Syrkin, la libération des prisonniers juifs de la prison d'Acre, et le sabotage des ateliers de réparations des chemins de fer près de Haïfa.


La guerre d'Indépendance (1948-1949)

 
 

 

 

 

Soldat de Tsahal avec des uniformes provenant des surplus britanniques, juin 1948
 
Dans l'Ordonnance portant sur la création des Forces de défense d'Israël, promulguée le 31 mai 1948, en pleine invasion des armées arabes, le premier ministre David Ben Gourion déclarait : "Grande est la dette que le yishouv et le peuple juif ont contractée vis-à-vis de la Haganah pendant toutes les phases de la création [de l'Etat], à Petah Tikva, Rishon Lezion, Gedera, Rosh Pina, Zikhron Yaakov et Metoulla, en passant par l'Hashomer, l'avant-garde de la deuxième Aliya, la Légion juive de la Première Guerre mondiale [les trois régiments de fusiliers, le 38e, le 39e et le 40e], les défenseurs de Tel Haï et la consolidation constante d'une organisation de défense nationale dans la période de l'entre-deux-guerres, la constitution d'une police surnuméraire pendant les émeutes de 1936-39, la création du Palmach et du corps de campagne, la foule des volontaires durant la Seconde Guerre mondiale et la constitution d'une première Brigade juive jusqu'au combat acharné mené par la Haganah dans la première partie de la guerre, du 30 novembre 1947 au 31 mai 1948. Sans l'expérience, la planification, les aptitudes au commandement et aux opérations, la loyauté et l'esprit de la Haganah, le yishouv n'aurait pu résister à la terrible et sanglante épreuve que nous avons traversée au cours des six derniers mois et nous n'aurions pas pu proclamer l'Etat d'Israël. Le chapitre de la Haganah restera dans les annales du peuple juif comme auréolé d'une grandeur et d'une fierté qui jamais ne se terniront".

Ce fut ainsi la Haganah qui assuma la défense, la sécurité, les missions de représailles et les contre-offensives contre l'ennemi arabo-palestinien, les volontaires arabes étrangers et les armées régulières arabes qui envahirent la Palestine après le 30 novembre 1947, au début de la guerre d'Indépendance. Elle remplit cette mission jusqu'au 1er juin 1948, date de la création officielle des Forces de défense d'Israël - Tsahal - plusieurs jours après l'adoption par le gouvernement provisoire d'une résolution à cet effet (26 mai). Tsahal ne fut pas un produit ex nihilo mais l'aboutissement d'une évolution naturelle de la Haganah en maintenant son chef d'état-major et son état-major, ses unités de combat, ses formations logistiques et opérationnelles, ses armes aériennes et navales, son service d'approvisionnement et de manufacture d'armes, ses services du renseignement et son système de mobilisation. Dans la guerre d'Indépendance, Tsahal acheva la campagne militaire commencée par la Haganah.

Le colonel de réserve Méir Païl, détenteur d'un doctorat, est le directeur académique du Centre Galili, spécialisé dans les études militaires et concernant la "Haganah".

 
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