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Jerusalem - La Citadelle

23 Nov 1999
 SITES ARCHEOLOGIQUES NO. 4
 INTRODUCTION | HATSOR | TABGHA | HAMMAT GADER | BELVOIR | RAMLA |
 LA CITADELLE | EQRON | EIN GUEDI | BEER SHEVA | AVDAT
 
     
Jérusalem: La Citadelle
 
 
 

Connue sous le nom erroné de Tour de David , la citadelle est depuis l'Antiquité un point de repère à Jérusalem. Elle est située à l'angle ouest de la Vieille Ville, à quelques mètres au sud de la porte de Jaffa. Des raisons topographiques ont présidé à son emplacement, au sommet de la colline sud-ouest de la ville, dont l'altitude est supérieure à celle du mont du Temple. Un ensemble de fortifications érigées ici sur ce site pendant plus de vingt siècles, protégeait l'accès à l'ouest et surplombait toute la ville.

Un premier relevé de la citadelle, qui fut suivi de fouilles, fut entrepris entre 1934 et 1947. Les fouilles renouvelées après la réunification de la ville, entre 1968 et 1988, préparèrent l'ouverture du site aux visiteurs.

Chaque époque a laissé ses traces, identifiables dans les vestiges. Dans les fondations sont ensevelies les fortifications datant de la fin de la période monarchique (VIIIe-VIe av.) jusqu'au début de la période arabe (VIIe-XIe siècles). Les contours de la citadelle visibles de nos jours datent de la période des croisés ; la citadelle elle-même date du règne de Soliman le Magnifique, le sultan ottoman qui l'érigea vers le milieu du XVIe siècle en y incorporant les vestiges de forteresses antérieures des périodes ayyubide et mamelouke.

Protégée par de hautes murailles et des tours massives, la citadelle est entourée d'un fossé large et profond dont une partie a été récemment comblée. L'entrée se fait à l'est par une porte extérieure, un pont de pierre enjambant le fossé et une porte intérieure fortifiée.

Les premières fortifications

Dans la cour intérieure de la citadelle, les fouilles ont révélé les vestiges de fortifications datant de la fin de la période israélite et des périodes hellénistique et romaine. Ici se trouvait l'angle nord-ouest des premiers remparts de la ville décrits en détail par Flavius Josèphe. Selon l'historien romain, le mur d'enceinte s'étendait à l'est jusqu'au mont du Temple, encerclait au sud le mont Sion avant d'atteindre la muraille méridionale de la Cité de David (La Guerre des Juifs V, 4,2). Les vestiges de ce mur et des trois grandes tours sont préservés jusqu'à une hauteur impressionnante de sept mètres dans la cour de la citadelle. Les nombreuses phases de construction entreprises à différentes époques sont attestées par les disparités techniques de terrassement et de disposition des pierres.

La période monarchique

Le premier à bâtir des remparts dans cette partie de la ville fut Ezéchias, roi de Juda, à la fin du VIIIe siècle av. La Bible fait une description détaillée de sa construction, à la veille de l'invasion assyrienne : ... Il (Ezéchias) s'enhardit et rebâtit toutes les brêches de la muraille ; il suréleva les tours et l'autre muraille extérieure (II Chroniques XXXII, 5). Les ruines de cette muraille d'une exceptionnelle largeur (presque 7 mètres) et faite de gros moellons ont été exhumées à une grande profondeur dans le lit rocheux de la colline. Ce puissant ouvrage protégeait le quartier résidentiel qui s'étageait sur la colline située au sud-ouest de Jérusalem et comprenait à cette époque la Cité de David et le Temple du mont Moriah. La muraille fut endommagée en 587-586 av. au moment de la conquête de la ville par les Babyloniens.

La période du deuxième temple
 
 
 

Quelque 300 ans plus tard, la première muraille fut restaurée par les gouvernants asmonéens qui consacrèrent de grands efforts à l'agrandissement du périmètre de la ville et étayèrent son système de défense. Une muraille d'une épaisseur de quatre mètres ponctuée de deux tours puissantes, encore visible à la citadelle, date de cette période. Elle fut érigée en deux étapes : au cours de la première les pierres furent posées en boutisse, conformément à une technique hellénistique ; au cours de la seconde phase, en traverses et boutisses alternées. Les pierres taillées en bossage avec pourtours à refends sont caractéristiques de la période hérodienne.

 
   

A la fin du Ier siècle avant l'ère actuelle, le roi Hérode renforça les fortifications dans ce secteur de la ville et adjoignit trois tours massives à la muraille originelle. Flavius Josèphe nous livre une description précise de leurs dimensions. Hérode leur donna les noms respectivement de son frère Phasaël, de son ami Hippicus et de sa femme, Mariamne. Hérode avait pour dessein de protéger le grand palais royal que ces tours dominaient et qui était situé en partie dans le périmètre de la citadelle actuelle et dans celui du quartier arménien. Des vestiges du soubassement ménagé à l'intérieur de la première muraille pour soutenir le palais ont également été mis au jour sur le site. Il s'agit d'un réseau serré de murs de soutènement comblés de terre qui élevaient artificiellement de cinq mètres le niveau du sol.

 
 
 

L'une des tours édifiée par Hérode a survécu aux outrages du temps, c'est la prétendue Tour de David, incorporée dans les fortifications de l'angle est de la citadelle actuelle. Signalons que ce nom, qui résulterait d'une identification erronée de cette structure par les pèlerins chrétiens de la période byzantine, a en réalité une origine beaucoup plus lointaine : Flavius Josèphe intitulant la colline sud-ouest de Jérusalem la citadelle du roi David  (La Guerre des Juifs V, 3, 1).

La Tour de David, dont les dimensions sont de 22 x 18 mètres, est formée de seize strates de pierres équarries pesant chacune plus d'une tonne et aux pourtours à refends entourant une surface bosselée, soigneusement disposées sans ménager d'espace entre elles. L'intérieur de la tour est comblé de gros moellons. La Tour de David est l'un des exemples les plus révélateurs de la technique de construction de la période du Deuxième Temple à Jérusalem. Elle se dresse de nos jours encore sur une hauteur de 20 mètres !

Une impression de puissance et d'invincibilité se dégage des trois tours érigées par Hérode, comme des autres fortifications du site. La citadelle joua un rôle stratégique décisif au cours de la première Grande Révolte contre Rome (66-70 de l'ère chrétienne) qui se solda par le siège de la ville, sa conquête et sa destruction. Le même rôle est attesté par une autre tour située au sud de la citadelle, érigée au Ier siècle et démantelée pendant la Révolte : une couche épaisse de gravats, formés de pierres, de revêtements de plâtre et de poutres de recouvrement carbonisées a été mise au jour à cet endroit.

La période romaine

Après la destruction de Jérusalem en l'an 70 de l'ère actuelle, la Xème Légion romaine se positionna sur la colline sud-ouest de la ville, profitant de la protection que lui assuraient les trois tours massives érigées par Hérode et que son commandant, le futur empereur Titus, avait ordonné de laisser intactes (Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs VII, 1,1). Les vestiges de ce camp romain ont été exhumés dans la cour de la citadelle et incluent, entre autres, des fragments de canalisations d'argile portant le sceau  L.X.F , sigle de Legio X Fretensis.

La période byzantine

Pendant la période byzantine les fortifications de la citadelle furent restaurées, la Tour de David comprise. Non loin, des moines édifièrent des monastères et institutions religieuses, comme le rapportent plusieurs pèlerins chrétiens de l'époque. Seuls quelques fragments isolés de fortifications, de murailles, de citernes et un linteau gravé d'une croix datent de cette période.

Les débuts de la période islamique

Au VIIIe siècle, les conquérants arabes érigèrent une nouvelle citadelle sur le site. Parmi ses vestiges on a découvert une tour circulaire de dix mètres de diamètre, point de départ d'une épaisse muraille de quatre mètres de large en direction du nord et de l'ouest. Le plan précis de cette citadelle arabe ne nous est pas connu, la conquête et les reconstructions des croisés l'ayant très fortement endommagée.

La période croisée

La citadelle croisée érigée au XIIe siècle, fort originale pour l'époque, s'étendait vers le nord et l'ouest, en retrait des anciennes murailles de la ville. Les remparts des périodes antérieures, ensevelis sous une dizaine de mètres de gravats, servirent de soubassement à la cour intérieure de la forteresse. C'est grâce à ces débris et gravats qu'ils ont été préservés et que les archéologues sont parvenus à les mettre au jour.

De nos jours, et pour la première fois dans sa longue histoire, la citadelle de Jérusalem n'est plus utilisée à
des fins militaires. Elle abrite désormais le Musée d'histoire de Jérusalem dont les expositions retracent 5000 ans de l'histoire de la ville. On peut voir dans a cour de la citadelle les vestiges des premières murailles et des tours érigées à la même période, ceux de l'époque du Deuxième Temple, les fortifications des périodes byzantine et islamique. Toutes ces vieilles pierres révèlent la longue histoire des fortifications érigées au fil du temps sur la colline sud-ouest de Jérusalem.

Les fouilles de 1968-1969 ont été dirigées par R. Amiran et A. Eitan pour le compte du Musée Israël, de la Société d'exploration d'Israël et de l'Université hébraïque de Jérusalem ; celles des années 1976-1980 par Hillel Geva pour le compte de l'Université hébraïque de Jérusalem et de la Société d'exploration d'Israël ; celle de 1980-1988 par R. Sivan et G. Solar pour le compte du Musée de la Tour de David et du Département des antiquités et des musées (Direction des antiquités d'Israël à l'heure actuelle).

 
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