L'une des tours édifiée par Hérode a survécu aux outrages du temps, c'est la prétendue Tour de David, incorporée dans les fortifications de l'angle est de la citadelle actuelle. Signalons que ce nom, qui résulterait d'une identification erronée de cette structure par les pèlerins chrétiens de la période byzantine, a en réalité une origine beaucoup plus lointaine : Flavius Josèphe intitulant la colline sud-ouest de Jérusalem la citadelle du roi David (La Guerre des Juifs V, 3, 1).
La Tour de David, dont les dimensions sont de 22 x 18 mètres, est formée de seize strates de pierres équarries pesant chacune plus d'une tonne et aux pourtours à refends entourant une surface bosselée, soigneusement disposées sans ménager d'espace entre elles. L'intérieur de la tour est comblé de gros moellons. La Tour de David est l'un des exemples les plus révélateurs de la technique de construction de la période du Deuxième Temple à Jérusalem. Elle se dresse de nos jours encore sur une hauteur de 20 mètres !
Une impression de puissance et d'invincibilité se dégage des trois tours érigées par Hérode, comme des autres fortifications du site. La citadelle joua un rôle stratégique décisif au cours de la première Grande Révolte contre Rome (66-70 de l'ère chrétienne) qui se solda par le siège de la ville, sa conquête et sa destruction. Le même rôle est attesté par une autre tour située au sud de la citadelle, érigée au Ier siècle et démantelée pendant la Révolte : une couche épaisse de gravats, formés de pierres, de revêtements de plâtre et de poutres de recouvrement carbonisées a été mise au jour à cet endroit.
La période romaine
Après la destruction de Jérusalem en l'an 70 de l'ère actuelle, la Xème Légion romaine se positionna sur la colline sud-ouest de la ville, profitant de la protection que lui assuraient les trois tours massives érigées par Hérode et que son commandant, le futur empereur Titus, avait ordonné de laisser intactes (Flavius Josèphe, La Guerre des Juifs VII, 1,1). Les vestiges de ce camp romain ont été exhumés dans la cour de la citadelle et incluent, entre autres, des fragments de canalisations d'argile portant le sceau L.X.F , sigle de Legio X Fretensis.
La période byzantine
Pendant la période byzantine les fortifications de la citadelle furent restaurées, la Tour de David comprise. Non loin, des moines édifièrent des monastères et institutions religieuses, comme le rapportent plusieurs pèlerins chrétiens de l'époque. Seuls quelques fragments isolés de fortifications, de murailles, de citernes et un linteau gravé d'une croix datent de cette période.
Les débuts de la période islamique
Au VIIIe siècle, les conquérants arabes érigèrent une nouvelle citadelle sur le site. Parmi ses vestiges on a découvert une tour circulaire de dix mètres de diamètre, point de départ d'une épaisse muraille de quatre mètres de large en direction du nord et de l'ouest. Le plan précis de cette citadelle arabe ne nous est pas connu, la conquête et les reconstructions des croisés l'ayant très fortement endommagée.
La période croisée
La citadelle croisée érigée au XIIe siècle, fort originale pour l'époque, s'étendait vers le nord et l'ouest, en retrait des anciennes murailles de la ville. Les remparts des périodes antérieures, ensevelis sous une dizaine de mètres de gravats, servirent de soubassement à la cour intérieure de la forteresse. C'est grâce à ces débris et gravats qu'ils ont été préservés et que les archéologues sont parvenus à les mettre au jour.
De nos jours, et pour la première fois dans sa longue histoire, la citadelle de Jérusalem n'est plus utilisée à
des fins militaires. Elle abrite désormais le Musée d'histoire de Jérusalem dont les expositions retracent 5000 ans de l'histoire de la ville. On peut voir dans a cour de la citadelle les vestiges des premières murailles et des tours érigées à la même période, ceux de l'époque du Deuxième Temple, les fortifications des périodes byzantine et islamique. Toutes ces vieilles pierres révèlent la longue histoire des fortifications érigées au fil du temps sur la colline sud-ouest de Jérusalem.
Les fouilles de 1968-1969 ont été dirigées par R. Amiran et A. Eitan pour le compte du Musée Israël, de la Société d'exploration d'Israël et de l'Université hébraïque de Jérusalem ; celles des années 1976-1980 par Hillel Geva pour le compte de l'Université hébraïque de Jérusalem et de la Société d'exploration d'Israël ; celle de 1980-1988 par R. Sivan et G. Solar pour le compte du Musée de la Tour de David et du Département des antiquités et des musées (Direction des antiquités d'Israël à l'heure actuelle).