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Sites Archeologiques- Massada - Une forteresse du desert surplombant la mer Morte

23 Nov 1999

 SITES ARCHEOLOGIQUES NO. 3

 INTRODUCTION | FORTERESSE | ROGEM HIRI | TIBERIADE | SHAAR HAGOLAN |  SOUS-MARINE | VOIE | EGLISE | MASSADA | EIN HATSEVA | TROUVAILLES
 
     

Massada
Une forteresse du désert surplombant la mer Morte

 
 

 

Surplombant la mer Morte, Massada (vocable hébraïque signifiant forteresse') est situé au sommet d'une falaise isolée, à l'extrémité occidentale du désert de Judée. C'est là un site d'une beauté majestueuse et désolée.

A l'est, la falaise dévale en à pic sur près de 450 mètres vers la mer Morte (le point le plus bas du monde, à quelque 400 mètres au-dessous du niveau de la mer). A l'ouest, elle domine d'une centaine de mètres le terrain environnant. La topographie rend des plus difficiles l'accès au sommet de l'escarpement.

La seule source écrite concernant Massada est l'ouvrage de l'historien Flavius Josèphe, La guerre des Juifs. Né Joseph ben Matityahou dans une famille de prêtres, c'était un jeune dirigeant, nommé gouverneur de Galilée lors de la grande rébellion contre Rome, en 66 de l'ère chrétienne. Il réussit à survivre au pacte collectif de suicide des derniers défenseurs de Jodfat et se rendit à Vespasien, qui allait peu après être proclamé empereur. Se faisant appeler Flavius Josèphe, il devint citoyen romain, historien de renom, et relata en détails tous ces événements. Son récit, compte non tenu de ses jugements moraux, s'est révélé exact pour l'essentiel.

Selon lui, c'est Hérode le Grand qui bâtit la forteresse de Massada entre 37 et 31 avant J.-C.. Hérode, un Iduméen couronné roi de Judée par ses maîtres romains, était honni de ses sujets juifs. Maître d'uvre de Massada, il "avait conçu cette forteresse comme un refuge pour lui-même". On y trouve des fortifications tout autour du plateau, des entrepôts, de vastes réservoirs emplis d'eau de pluie, des casernes, des palais et une armurerie.

Quelque 75 ans après la mort d'Hérode, au début de la guerre des Juifs contre Rome, en l'an 66 de l'ère chrétienne, un groupe de rebelles juifs vainquit la garnison romaine de Massada. Après la chute de Jérusalem et la destruction du Temple (70 de l'ère chrétienne), ils y furent rejoints par des zélotes et leurs familles, fuyant Jérusalem. Prenant Massada pour base, ils effectuèrent des raids et harcelèrent les Romains durant deux ans. En l'an 73 de l'ère chrétienne, le gouverneur romain Flavius Silva marcha contre Massada avec la Dixième légion romaine, des unités auxiliaires et des milliers de prisonniers de guerre juifs. Les Romains dressèrent des camps au pied de Massada, mirent la place en état de siège et édifièrent des retranchements. Puis ils construisirent un rempart de milliers de tonnes de pierres et de terre battue contre le flanc ouest de la forteresse et, au printemps 74, ils firent monter un bélier mobile le long de cette rampe et opérèrent une brèche dans la muraille de la forteresse.

Flavius Josèphe relate sur le mode dramatique le récit qui lui a été rapporté par deux survivantes. Dirigés par Eleazar ben Yaïr, les défenseurs - presque un millier d'hommes, de femmes et d'enfants - décidèrent de brûler la forteresse et de se suicider plutôt que d'être pris vivants. Et les Romains virent la multitude des cadavres, mais ne purent y prendre plaisir, puisque la mort avait été administrée par leurs ennemis. Ils ne purent qu'admirer le courage de cette résolution, et ce dédain de la mort que leurs ennemis avaient manifesté en si grand nombre, écrit Flavius Josèphe.

Ce récit héroïque attira dans le désert de Judée de nombreux explorateurs cherchant à localiser les vestiges de la forteresse. Le site fut identifié dès 1842, mais des fouilles d'envergure ne furent organisées qu'en 1963-65, avec l'aide enthousiaste de centaines de volontaires, venus d'Israël et de nombreux pays étrangers, désireux de participer à cette passionnante aventure archéologique. Pour eux comme pour le public israélien, Massada symbolise la volonté du peuple juif de vivre libre sur sa propre terre.


LA FORTERESSE D'HERODE

Le plateau plat en losange de Massada mesure 600 sur 300 mètres. Les fortifications - deux murailles parallèles, avec des parois intérieures divisant en salles l'espace qui les sépare - ont 1 400 mètres de long sur 4 mètres de large. Edifiées le long du rebord du plateau, au-dessus de l'à-pic, elles incluaient de nombreuses tours. Trois sentiers étroits et sinueux menaient aux portes fortifiées. L'approvisionnement en eau était fourni par un réseau de vastes réservoirs creusés à même le roc, qui s'emplissaient en hiver des eaux de pluie dévalant en flots ce versant de la montagne. Les citernes supérieures suffisaient aux besoins immédiats des habitants de Massada et pouvaient également servir en cas de siège.

Pour conserver une certain fraîcheur malgré le climat chaud et sec de Massada, les nombreuses bâtisses, de tailles et de fonctions variées, possédaient des murs épais, faits de plusieurs couches de dure pierre dolomitique enduite de plâtre. A l'extrémité nord de Massada, un réseau dense de bâtisses servait de centre administratif et incluait des entrepôts, un vaste établissement de bains et des cantonnements confortables pour les officiers et leurs familles.

1. Petits bains
2. Palais d'Hérode
3. Entrepôts
4. Bâtiment résidentiel
5. Porte du sentier du serpent
6. Fortifications
7. Habitations des zélotes
  8. Citerne souterraine
9. Bastion sud
10. Palais occidental d'Hérode
11. Salle du trône
12. Porte ouest
13. Synagogue
14. Grands bains

 
 

Section reconstituée d'un mur sur la terrasse inférieure

 

 

 

 

 

 

 

Articles de table en terra sigilata découverts dans le palais du roi Hérode

 

Le palais résidentiel d'Hérode s'élevait sur le bord septentrional de la falaise. Dotée d'une vue splendide, cette élégante villa était séparée de la forteresse par une muraille, offrant ainsi une intimité et une sécurité maximales. Le palais consiste en trois niveaux luxueusement construits, et reliés par un étroit escalier taillé dans le roc. Sur la terrasse supérieure, plusieurs salles servaient d'appartements, précédés d'un balcon semi-circulaire aux deux rangées concentriques de colonnes. Des mosaïques aux motifs géométriques blancs et noirs pavaient les chambres.

Les deux terrasses inférieures étaient des lieux de loisirs et de détente. Le niveau moyen possédait deux murs concentriques à colonnade couverte, formant un portique autour d'une cour centrale.

La terrasse la plus basse, de forme carrée, s'étendait autour d'une cour centrale à ciel ouvert entourée de portiques. Ses colonnes aux chapiteaux corinthiens étaient enduites de plâtre cannelé. Des peintures à fresque, aux motifs géométriques multicolores ou imitant le marbre, agrémentaient la partie inférieure des murs. On trouvait également à ce niveau des bains privés de modestes dimensions. C'est là, sous une épaisse couche de débris, que furent découverts les restes de trois squelettes : un homme, une femme et un enfant. La magnifique chevelure tressée de la femme était bien conservée, et ses sandales intactes se trouvaient près d'elle, ainsi que des centaines d'écailles de bronze de l'armure de l'homme, sans doute un butin pris aux Romains.

Les entrepôts. Ils consistaient en deux rangées de longues salles ouvrant sur un corridor central. Le sol de ces entrepôts était couvert d'un épais enduit, et la charpente de bois recouverte de plâtre dur. On découvrit sur ces lieux un grand nombre de récipients brisés ayant contenu de grandes quantités d'huile, de vin, de graines et autres denrées alimentaires.

 
 

 

L'établissement de bains. Ingénieusement conçu, servant sans doute aux invités de marque et aux responsables de Massada, il incluait une vaste cour entourée de portiques et plusieurs pièces au sol de carrelage ou de mosaïque, dont les murs étaient parfois décorés de fresques. La plus grande de ces salles s'appelait le caldarium (chambre chaude). Son sol reposait sur des rangées de piliers bas, ce qui permettait de porter la salle à la température désirée en y insufflant de l'air chaud provenant d'un fourneau et qui circulait sous le sol et dans des tuyaux disposés le long des murs.

Le palais occidental. Ce palais, le plus vaste édifice de Massada, couvrait 4 000 mètres carrés. Situé au milieu des fortifications occidentales, près de l'entrée principale donnant sur la Judée et sur Jérusalem, il servait de centre administratif de la forteresse, et de palais d'apparat pour le roi. Ses quatre ailes incluaient d'élégants appartements royaux, un secteur d'ateliers, et une unité administrative. Les appartements royaux comprenaient de nombreuses salles distribuées autour d'une cour centrale, avec côté sud une vaste chambre dotée de deux colonnes doriques supportant le toit et aux murs décorés de panneaux moulés en stuc blanc. Côté est, se trouvaient plusieurs salles aux sols de mosaïque superbement colorée. Le sol de la plus vaste était décoré d'une mosaïque particulièrement décorative, avec des motifs floraux et géométriques et des bandes carrées concentriques. C'était peut-être la salle du trône du roi Hérode, le siège de son autorité lorsqu'il résidait à Massada.


MASSADA, FIEF ZELOTE

Dans cette construction hérodienne, la synagogue de 12,5 sur 10,5 mètres, orientée vers Jérusalem, s'insérait dans la section nord-ouest des fortifications. Elle servit également aux juifs qui vécurent à Massada durant la grande révolte contre les Romains. Les fidèles avaient construit quatre rangées de bancs de plâtre le long des murs, ainsi que des colonnes soutenant le toit. Cet édifice est considéré comme le meilleur exemple d'entre les synagogues antérieures à la destruction du Temple de Jérusalem en l'an 70.

Un ostracon, tesson de terre cuite, portant l'inscription Maasser Cohen (dîme pour le prêtre) a été découvert dans la synagogue. Des fragments de deux rouleaux, contenant des textes du Deutéronome et de Ezéchiel 37 (y compris la "vision de la vallée des ossements") ont également été trouvés dans des excavations creusées sous le sol d'une petite pièce située à l'intérieur de la synagogue.

 
 

 

 

 

 

Objets façonnés. Parmi les nombreux petits objets - la plupart datant de l'époque des zélotes - figurent des ustensiles de poterie et des récipients de pierre, des armes (surtout des pointes de flèche), des restes de tissu et de nourriture préservés par la sécheresse du climat, des centaines de tessons de poteries, parfois avec des inscriptions en lettres hébraïques, des pièces de bronze et des sicles d'argent.

L'un des tessons des amphores utilisées pour l'importation du vin de Rome (marquées du nom de C. Sentius Saturnius, consul en l'an 19 av. J.- C.) est spécialement intéressant ; il porte en effet l'inscription : A Hérode, roi des Juifs.

Quantité de pièces de bronze et des dizaines de sicles et demi-sicles d'argent avaient été cachés par les zélotes. Les sicles, découverts en excellent état de conservation, datent de toutes les années de la révolte, depuis l'an un jusqu'aux très rares exemplaires frappés en l'an cinq (70 de l'ère chrétienne), l'année où le Temple fut détruit.

Devant le palais septentrional, onze petits ostracae ont été découverts, portant chacun un unique nom. Sur l'un d'entre eux, on peut lire "ben Yaïr", peut-être mis en abrégé pour Eleazar ben Yaïr, le commandant de la forteresse. On a suggéré que les autres dix noms étaient ceux des hommes tirés au sort pour tuer les autres habitants de Massada puis se suicider, comme le relate Flavius Josèphe.

Les traces d'un énorme incendie sont omniprésentes. Le feu a probablement été mis par les derniers des zélotes avant leur suicide. Flavius Josèphe écrit que tout avait été incendié, excepté les entrepôts - afin de prouver aux Romains que ce n'était pas la faim qui avait conduit les défenseurs de Massada au suicide.


Deux mille ans se sont écoulés depuis que Massada est tombée. Le climat de la région et l'isolement ont contribué à garder le site dans un extraordinaire état de conservation. Aujourd'hui, un téléphérique hisse les visiteurs au sommet de la falaise où s'élevait la dernière forteresse juive à avoir résisté aux Romains.


Les fouilles ont été dirigées par Y. Yadin pour le compte de l'université hébraïque de Jérusalem, de la Société d'exploration d'Israël et de l'Office des antiquités et musées d'Israël (aujourd'hui Direction des antiquités d'Israël).

 

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