La porte de la muraille nord de la Vieille Ville de Jérusalem, accueillant ceux qui arrivaient du nord, fut construite en 1538 pendant le règne du sultan ottoman Soliman le Magnifique. Appelée aujourd'hui Porte de Damas, c'est la porte de la Vieille Ville la plus large et la plus travaillée.
Les imposants vestiges architecturaux incorporés dans les fondations de l'actuelle construction laissaient penser qu'ils camouflaient une porte plus ancienne. De fait, pendant les années 1930 et à nouveau pendant les années 1960, des fouilles effectuées à l'extérieur de la Porte de Damas permirent d'exhumer les vestiges d'une porte fortifiée de l'époque des croisés, surmontant une porte romaine du deuxième siècle conservée presque intacte.
De nouvelles fouilles effectuées entre 1979 et 1984 permirent aux spécialistes de mieux connaître cette porte unique en son genre. C'était une impressionnante porte de ville à trois entrées, protégées des deux côtés par des tours massives. Seule l'entrée orientale est demeurée entière mais elle indique que toutes étaient recouvertes d'arches et que des colonnes enchâssées dans des socles élevés décoraient les côtés de chacune des entrées.
Les murs des tours étaient en grandes pierres bien taillées, aux bords typiquement hérodiens, certainement enlevées de bâtiments publics et des murs de soutènement du mont du Temple après la destruction de Jérusalem par les légions romaines. La tour orientale de la porte romaine, de 12 mètres de hauteur, a subsisté en conservant pratiquement toute sa hauteur d'origine, tandis que la tour occidentale a été préservée jusqu'à 11 mètres de haut. Quelques marches donnent accès au toit des tours.
Les fouilles ultérieures mirent fin à la longue controverse sur la date de la construction de la porte. Il est désormais évident que la porte faisait partie de la ville romaine Aelia Capitolina construite au début du deuxième siècle.
Après la destruction de Jérusalem en l'an 70, la dixième légion romaine stationna à Jérusalem pour surveiller les ruines et empêcher les juifs de revenir vivre dans la ville et de se rendre sur le mont du Temple. Pendant son voyage dans la partie orientale de l'Empire romain en 130-131, l'empereur Hadrien ordonna l'installation d'une colonie païenne à Jérusalem qui devait prendre le nom d'Aelia Capitolina. Ce fut la cause de la révolte juive (de Bar Kochba) en 132-135. La porte de la ville, très travaillée, fut sans aucun doute construite par Hadrien pour marquer la frontière nord de la colonie romaine dépourvue de murailles.
Au-dessus de l'entrée orientale de la porte, on voit encore une inscription fragmentaire en latin, probablement réutilisée, se terminant ainsi : "... par décret des décurions d'Aelia Capitolina". Une autre porte triomphale fut érigée sur ce qui était le côté oriental de la ville à l'époque. Ses vestiges sont connus aujourd'hui sous le nom d'arche Ecce Homo.
La porte nord de la Jérusalem romaine était utilisée aux Ile et Ille siècles. Ses entrées latérales furent obturées à l'époque byzantine et au début de la période arabe. Par la suite, les croisés construisirent une nouvelle porte fortifiée à un niveau beaucoup plus élevé, préservant ainsi involontairement les vestiges de la porte romaine située au-dessous.
La porte romaine d'Aelia Capitolina a été restaurée et ouverte au public ; en descendant les marches sous le pont menant à la porte de Damas ottomane, on peut à nouveau pénétrer par cette première porte dans la ville ou monter les escaliers d'origine menant au chemin le long des murailles pour profiter de l'impressionnante vue de la Vieille Ville et du mont du Temple.
Les fouilles ont été réalisées par M. Magen pour le compte de l'Association pour le développement de Jérusalem-est.