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Maquettes de Jerusalem

20 Dec 1999
 PLEINS FEUX SUR ISRAËL
 
     
Maquettes de Jérusalem :
Quatre périodes de l'histoire de la ville

Lili Eylon
Lili Eylon est une journaliste de longue date vivant à Jérusalem

 
   

Les vieilles pierres de Jérusalem, la capitale d'Israël, sont imprégnées de plusieurs millénaires d'histoire. En l'an 1000 avant l'ère chrétienne, le roi David fit de la ville, située au cur du pays, sa capitale. A travers les siècles, Jérusalem, considérée comme sainte par les trois grandes religions monothéistes, est devenue une ville de lieux de culte, de vie communautaire et de foisonnement culturel, mais aussi un foyer de conflit. Aujourd'hui, c'est une métropole en plein essor qui affronte les défis de l'urbanisme moderne tout en préservant sa spécificité historique et spirituelle.

A Jérusalem, le visiteur intéressé peut étudier des maquettes décrivant la ville à quatre époques de son histoire :

  • A l'époque du premier Temple (vers 960-586 avant l'ère chrétienne) ;

  • Pendant le règne d'Hérode au premier siècle avant l'ère chrétienne (époque du deuxième Temple, 538 avt - 70 ap.) ;

  • Vers la fin du XIXe siècle, sous la domination ottomane ;

  • Jérusalem aujourd'hui, planifiant l'avenir.

     

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    Photo communiquée par l'institut Yad Yitzhak Ben-Zvi (Sarit Ouziely)
     

    JERUSALEM A L'EPOQUE DU PREMIER TEMPLE

    Il y a 3000 ans, le roi David fit de Jérusalem sa capitale. Son fils Salomon agrandit la ville et construisit le Temple de Dieu.

    Selon la tradition, la construction du premier Temple a commencé durant la quatrième année du règne de Salomon pour se terminer sept ans plus tard. Il demeura le lieu de culte privilégié du pays pendant quatre siècles. Il était célèbre parmi les nations de la région pour sa splendeur extérieure et ses aménagements intérieurs, ainsi que pour l'arche sainte qu'il abritait. Le Temple était situé à proximité du palais royal et bénéficiait de la protection royale. En 586 avant l'ère chrétienne, il fut détruit par les Babyloniens.

    A quoi ressemblait Jérusalem durant la période du premier Temple ? Une maquette de l'ancienne ville, construite sous l'égide de l'institut Yad Yitzhak Ben Zvi, est présentée dans une modeste maison, au cur du quartier juif de la Vieille Ville. Conçue comme un outil éducatif destiné à enseigner l'histoire
    de Jérusalem, la maquette, à l'échelle d'environ 1/250, couvre une superficie de 35 mètres carrés. Les édifices de pierre ainsi que de la muraille fortifiée ont été reproduits
    en miniature, en fonction des trouvailles archéologiques. L'archéologue Dan Bahat, un spécialiste de Jérusalem, est le conseiller
    scientifique du modèle.

    Un spectacle son et lumière est projeté plusieurs fois par jour en hébreu, en anglais, en français et en russe ; en portant des lunettes spéciales, le spectateur effectue une "visite" en trois dimensions des sites de la Jérusalem biblique. L'accent est mis sur les ingénieux systèmes hydrauliques creusés dans le roc sous le règne des rois de Judée. Pendant son voyage dans le passé, le spectateur peut observer la conquête de Jérusalem par le roi David il y a trois millénaires, la construction du Temple, le creusement du Tunnel de Siloé (assurant l'approvisionnement en eau de la ville) et les horreurs du siège et de la conquête par les Babyloniens au VIe siècle avant l'ère chrétienne.

    Le premier Temple n'a pas encore été reconstitué : alors que des descriptions détaillées figurent dans les sources bibliques, à cette date, aucune trace archéologique n'a été mise à jour. Dans la maquette, l'édifice est donc schématiquement représenté par une boîte.

    Cependant, la réputation de la splendeur du Temple et de ses trésors perdura. Au début du XXe siècle, le théologien et poète finlandais Walter H. Juvelius imagina d'effectuer des fouilles dans la Cité de David, située sur une butte au sud de l'actuelle Vieille Ville, et qui est en fait le site originel de Jérusalem. En réinterprétant certains passages bibliques, estimait Juvelius, on pourrait retrouver les trésors du premier Temple. Comme si le sort s'en était mêlé, il rencontra le capitaine Montague Parker, un jeune officier fraîchement démobilisé de l'armée britannique qu'il réussit à gagner à ses vues. Parker profita de sa situation sociale et de ses relations familiales pour recueillir les fonds nécessaires pour commencer les fouilles à la recherche des trésors du roi Salomon. Les investisseurs devaient recevoir une partie importante du trésor lorsqu'il serait découvert. Parker dirigea l'expédition qui arriva à Jérusalem en 1909 et commença à creuser dans la cité de David et dans le tunnel de Siloé qui, pensait-il, menait au mont du Temple.

    Le père Vincent, un éminent archéologue de Jérusalem associé à l'Ecole biblique, participa aux fouilles. Tandis que les autres membres de l'expédition poursuivaient les fouilles des canaux, du tunnel de Siloé et des autres systèmes d'eau antiques, le père Vincent étudiait et classait les découvertes.

    Avec l'assistance d'experts amenés d'Europe, Parker creusa un système complexe de canaux en espérant parvenir au mont du Temple. Les travaux furent effectuées dans des conditions hivernales pénibles, sous la menace constante de glissements de terrain et d'effondrement des canaux, et ils furent gardés secrets pendant deux ans (1909-1911).

    Au printemps 1911, lorsque le capitaine Parker réalisa que les autorités ottomanes ne l'autoriseraient pas à poursuivre les fouilles, il versa des pots-de-vin à quelques fonctionnaires du Waqf (religieux musulmans) et avec quelques-uns de ses hommes, il pénétra sur le mont du Temple et commença à creuser. Il fut rapidement découvert et les membres de l'expédition durent s'enfuir du pays.

    L'intérêt pour la question demeurait cependant soutenu et des journalistes se demandaient si les trésors du Temple n'avaient pas été découverts et cachés. En fait, l'expédition n'avait rien trouvé.

    Les croquis et cartes des canaux effectués par le père Vincent, ainsi que ses photographies (sur plaques de verre) sont exposés en même temps que la maquette. On trouve également des coupures de presse en plusieurs langues évoquant les remous provoqués par les fouilles.

    Un récit sur les fouilles fut publié en 1911 par le père Vincent dans son livre La Jérusalem souterraine ; ses découvertes sont étudiées jusqu'aujourd'hui par les chercheurs de la période du premier Temple.

     
     
    Photo communiquée par l'Hôtel Holyland
     

    JERUSALEM AU PREMIER SIECLE DE L'ERE CHRETIENNE

    "Comme une montagne enneigée resplendissant au soleil" c'est ainsi que Flavius Josèphe, un historien du premier siècle, décrit le deuxième Temple, dont la construction comportait trois nuances de marbre différentes. Aujourd'hui, il ne reste guère de témoignage concret de la splendeur du Temple si ce n'est le Mur occidental, vestige de l'enceinte du mont du Temple, ainsi que des découvertes archéologiques récentes, des descriptions littéraires, des témoignages numismatiques et la fresque de la synagogue du IIIe siècle à Doura Europos en Syrie.

    A l'hôtel Holyland, situé sur une colline de la Jérusalem contemporaine, l'observateur intéressé peut cependant voir une maquette de la ville (au 1/50e) à l'époque du deuxième Temple. Israéliens et touristes, ainsi que des groupes d'écoliers, viennent étudier la maquette pour connaître la physionomie de la ville avant sa destruction par les Romains en 70 avant l'ère chrétienne.

    La maquette a été construite à l'initiative de M. Hans Kroch, et grâce à son financement, sous la supervision de l'éminent archéologue, le professeur Michael Avi-Yonah de l'Université hébraïque. Le professeur Avi-Yonah, à son tour, a fondé ses travaux sur les informations trouvées dans les ouvrages de Flavius Josèphe, dans les Evangiles, dans les sources juives comme la Michna et le Talmud et dans les traditions concernant les édifices importants de l'époque.

    Le professeur Avi-Yonah supervisa la construction de la maquette et sa rénovation jusqu'à sa mort survenue en 1974. Mme Eva Avi-Yonah dressa les plans de l'ensemble de la maquette, ainsi que des sections et des façades de la plupart des bâtiments. Dans la mesure du possible, la maquette a été construite avec des matériaux utilisés à l'époque : marbre, cuivre et fer, pierre et bois.

    Yoram Tsafrir de l'Université hébraïque, responsable depuis le décès du professeur Avi-Yonah de la mise à jour de la maquette en fonction des dernières découvertes archéologiques, explique que les quelques inexactitudes décelables sont mineures. Ainsi par exemple, on sait aujourd'hui que le théâtre circulaire hérodien ne figure pas à sa place. "Mais, comme nous ne savons pas exactement où il était situé, nous l'avons laissé là où il est", précise le professeur Tsafrir, spécialiste des périodes hellénistique, romaine et byzantine. Il ajoute que les récentes découvertes archéologiques ont également conduit à modifier l'accès au Temple. "Nous savons désormais que l'entrée était au sud", affirme l'archéologue.

    Les murailles dont certaines atteignent 70 cm de hauteur, soit 35 mètres dans la réalité constituent probablement la partie la plus imposante de la maquette. La défense de l'ancienne Jérusalem était assurée par trois de ces murailles du côté nord, particulièrement vulnérable, et par un simple mur à l'ouest, au sud et à l'est, ces côtés étant protégés par les vallées encaissées entourant la ville.

    Les trois tours construites par le roi Hérode (37-4 av.) pour protéger son palais étaient également imposantes. La plus importante, de 45 mètres de hauteur, avait été baptisée Phasael, du nom du frère d'Hérode ; la deuxième, Hippicus, de 40 mètres de haut, portait le nom d'un ami inconnu du roi ; et la troisième, de 27,5 mètres de hauteur, s'appelait Mariamne, du nom de la reine qu'Hérode chérissait mais qu'il condamna cependant à mort. Cette tour est plus décorée que les autres, parce que, selon F. Josèphe, "le roi estimait qu'il convenait que la tour portant le nom d'une femme, surpasse en ornements celles qui portaient des noms d'hommes".

    Le palais d'Hérode, actuellement en cours de révision dans la maquette, consistait en deux bâtiments principaux comprenant chacun des salles de banquet, des salles de bains et des chambres pour des centaines d'invités. Le palais était entouré de bosquets d'arbres, de mares et d'allées couvertes.

    La colline à l'est du palais, la ville haute, avait été peuplée à l'époque biblique, mais elle fut désertée après la conquête de Jérusalem par les Babyloniens en 586 avant l'ère chrétienne. Pendant le règne d'Hérode et durant le premier siècle, la ville haute, de nouveau habitée, était le quartier résidentiel de l'aristocratie et des familles sacerdotales de Jérusalem. L'Agora supérieure, entourée de portiques, était le "forum", l'endroit où les citoyens se rencontraient pour traiter leurs affaires. La salle royale, située sur le mont du Temple, construite par Hérode l'un des plus grands édifices de l'empire romain était un autre lieu de rassemblement.

    On distingue nettement dans la maquette de luxueuses constructions privées, dont les vestiges ont été dernièrement retrouvés, principalement dans les fouilles du quartier juif. Les demeures comprenaient des pièces spacieuses décorées de fresques et de mosaïques, des salles de bain, des citernes et des bains rituels. L'une de ces habitations, découverte en 1970, porte le nom de "Maison brûlée". Remplie de tous les ustensiles de la vie quotidienne au premier siècle, elle fut totalement détruite par l'incendie qui réduisit en cendres la ville haute en l'an 70.

    L'unique source d'eau permanente de la ville à l'époque, le gigantesque bassin de Siloé, est nettement représentée sur la maquette. Elle était alimentée par les eaux de la source du Gihon acheminées par le tunnel d'Ezéchias, construit au VIIIe siècle avant l'ère chrétienne.

    Figurent également le Mur occidental et le deuxième Temple, construit par les exilés revenus de Babylonie sous la conduite de Zorobabel (VIe siècle av.). Semblable au Temple de Salomon mais moins orné, il fut agrandi par le roi Hérode qui en fit le magnifique édifice présenté par la maquette. Outre le Saint des Saints, le Temple comportait des cours séparées pour les hommes, les femmes et les prêtres. La Belle Porte menait à la cour au-delà de laquelle les femmes n'étaient pas autorisées à pénétrer. La Porte de Nicanor (dont le nom était celui d'un riche juif d'Alexandrie qui avait fait un don pour en financer louvrage), remarquable par sa couleur de cuivre, conduisait de la cour des femmes à la cour intérieure ; on y approchait par quinze marches incurvées sur lesquelles se tenaient les Lévites pour chanter et jouer de leurs instruments de musique.

    "La maquette, qui doit sans cesse être rénovée et entretenue", précise le professeur Tsafrir, "montre au visiteur à quoi ressemblait Jérusalem et comment elle fonctionnait à l'époque du deuxième Temple". On peut, bien sûr, étudier la maquette et visiter ensuite les fouilles actuelles de la Vieille Ville de Jérusalem.

     
     
     

    JERUSALEM AU DIX-NEUVIEME SIECLE

    La visite de Jérusalem commence souvent par la Vieille Ville en pénétrant par la Porte de Jaffa. Le musée de la Tour de David sur l'histoire de Jérusalem est situé dans la superbe citadelle voisine. Les méthodes modernes, notamment les photographies et les reproductions d'objets d'époque, les présentations audio-visuelles, les illustrations, etc., font défiler sous les yeux du visiteur une succession d'événements de la très riche histoire de Jérusalem. La ville y est tout entière présente, depuis ses débuts jusqu'au XXe siècle.

    Dans le jardin archéologique, en descendant une soixantaine de marches pour pénétrer dans une ancienne citerne, le visiteur se retrouve devant une reconstitution de la Jérusalem du XIXe siècle, une maquette remarquable, uvre d'un catholique hongrois, Stephan Illes (prononcer il-yesh), originaire de Bratislava, appartenant alors à l'Empire austro-hongrois.

    Le secteur représenté par la maquette au 1/500 s'étend du mont des Oliviers à l'est à l'esplanade des Russes (dont la construction débuta en 1858) à l'ouest, et de la source d'Ein Roguel au sud jusqu'au-delà de la Porte de Damas au nord. On y trouve les quatre quartiers de la Vieille Ville, le mont du Temple, le mont des Oliviers, le village de Silwan sur le site de la Cité de David et la Citadelle (la Tour de David, qui servait de forteresse aux Turcs ottomans et de lieu de réunions culturelles aux Britanniques). Sont également représentés les premiers quartiers juifs construits, au milieu du dix-neuvième siècle, à l'extérieur des murailles de la ville : Mishkénot Shaananim, le premier d'entre eux (construit entre 1857 et 1869), avec son moulin, ainsi que le Bassin du Sultan (où sont aujourd'hui données des représentations). On distingue dans le quartier juif les nouvelles synagogues de la Hourva et Tiféret Yisraël, ultérieurement détruites pendant l'occupation jordanienne de la ville. Six portes seulement figurent le long des murailles : la Porte de Jaffa, la Porte de Damas, la Porte des Lions, la Porte d'Or, scellée, la Porte des Immondices et la Porte de Sion. La Porte d'Hérode, qui manque sur la maquette, a été rouverte en 1874 et la Porte neuve ne fut ajoutée qu'en 1889. L'église allemande du Rédempteur n'est mentionnée que par un drapeau allemand, et la citadelle de David est encore entourée par les fossés qui furent plus tard comblés à l'occasion de la visite de l'empereur allemand Guillaume II (1898).

    Les détails abondent dans la maquette : Illes n'a pas seulement reproduit chaque rue et ruelle de la ville et presque chaque bâtiment ; il a aussi représenté les drapeaux sur les églises, un petit canon dressé au sommet de l'une des tours de la Citadelle, les lignes télégraphiques installées dans la ville au milieu des années 1860, et même les enseignes de certains magasins. Il ne manque que les figurines des habitants, mais, comme l'explique Deborah Lipson qui travaille au musée, à cette échelle, les personnes n'auraient que trois millimètres de hauteur. Pesant environ une tonne, la maquette est construite en huit sections afin de faciliter son transport et est constituée de bandes de zinc martelé sur une base en bois.

    La redécouverte de cette extraordinaire maquette de la Jérusalem du XIXe siècle, il y a seulement quelques années dans un grenier de Genève et son retour dans la capitale d'Israël sont dus à une pure coïncidence.

    Relieur de profession, Illes s'était rendu à Jérusalem en 1860. Il avait travaillé dans le monastère franciscain de Saint-Sauveur avant d'ouvrir sa propre entreprise de reliure. Captivé par la mode de la fabrication de maquettes des XVIIIe et XIXe siècles, Illes construisit deux autres maquettes en plus de celle qui est présentée dans le musée de la Tour de David : l'une de la Jérusalem biblique, l'autre de Jérusalem à son époque, en 1880. Personne n'a encore découvert ce qu'elles sont devenues. Et personne ne sait ce que devint Illes après qu'il eut quitté Jérusalem en 1880.

    Illes construisit sa maquette à l'occasion de l'Exposition internationale de 1873 à Vienne où elle fut exposée dans le pavillon ottoman. C'est probablement la raison des inexactitudes peut-être délibérées de la part d'Illes : il représenta le Dôme du Rocher deux fois sa taille réelle et les murailles de la ville trois fois plus hautes qu'elles ne le sont en réalité. Il visita toute l'Europe avec sa maquette, espérant la vendre pour pouvoir financer la construction de deux autres maquettes de Jérusalem. Il y parvint à Genève, en 1878, lorsque les 10 000 francs qu'il réclamait furent collectés par quelques grandes familles de Genève, dont celle de Gustave Moynier, l'un des fondateurs de la Croix rouge internationale. Pendant plus de 40 ans, la maquette fut exposée à la Maison de la Réformation, une association évangélique privée qui en était le propriétaire légal.

    En 1920, la Société des Nations loua le bâtiment, et il fallut transférer la maquette dans le grenier de la Bibliothèque universitaire et nationale de Genève où elle fut entreposée "provisoirement" pendant 43 ans. Elle fut brièvement exposée en 1963 avant d'être à nouveau entreposée au Palais Wilson de la ville où elle fut oubliée.

    Un jour, Rehav Rubin, un géographe historien de l'Université hébraïque de Jérusalem, trouva une référence concernant la maquette en préparant un cours sur les anciennes cartes de Jérusalem. L'un de ses élèves, Moti Yaïr, né en Hongrie, reconnut en Illes un nom hongrois et décida d'en savoir davantage sur la maquette et son auteur. Quelques jours plus tard, en discutant autour d'une tasse de café avec des amis à la bibliothèque de l'université, Yaïr raconta comment il avait retrouvé la trace de la maquette à Genève en 1878 et avait alors abouti à une impasse. Une autre étudiante, Arianne Littman, qui devait passer des vacances à Genève, surprit la conversation et lui proposa de rechercher la maquette. Son père, David Littman, auquel elle raconta l'histoire, devait rencontrer le lendemain un bibliothécaire de longue date à la Bibliothèque nationale et universitaire. Par chance, le bibliothécaire avait connaissance de la maquette qui fut retrouvée grâce à son aide. Quelques mois plus tard, la Maison de la Réformation décida à l'unanimité de prêter la maquette à titre permanent à Jérusalem. C'est ainsi que, plus de cent ans après sa construction, la maquette retrouva son foyer. Elle fut restaurée au Musée Israël et est actuellement exposée au Musée de l'histoire de Jérusalem de la Tour de David où cette pièce de choix s'ajoute aux autres richesses du musée.

     
     
    Photo communiquée par le Centre de Jérusalem Center
    pour la planification des villes historiques
     

    JERUSALEM AUJOURD'HUI

    La maquette de la Jérusalem contemporaine, située dans le bâtiment principal de la municipalité de Jérusalem, est si ressemblante qu'un seul regard permet de situer instantanément telle rue ou tel bâtiment. Des autobus, automobiles et arbres en miniature ajoutent à cette représentation lilliputienne de la ville animée une note de réalisme. Dans cette maquette au 1/500e, même la hauteur des arbres est proportionnellement respectée.

    "Ce qui a motivé la création de la maquette, ce fut le développement intense que connut la ville au moment de sa réunification, ainsi que la nécessité de préserver de nombreux sites historiques", explique Kobi Ariel, directeur du Centre de Jérusalem pour la planification des villes historiques, où est exposée la maquette. "Nous avons adopté une approche réaliste", ajoute-t-il, "pour tenir compte du caractère universel de Jérusalem. Outre l'intérêt spirituel, religieux et historique que suscite la ville, nous avons l'impression qu'elle exerce aussi une fascination sur la plan architectural. Notre maquette est avant tout un outil pour les architectes, les planificateurs et les spécialistes du développement, ainsi que pour tous ceux qui participent aux décisions municipales. Les architectes qui conçoivent des projets particuliers peuvent y tester leurs idées. Grâce au feedback visuel que renvoie la maquette, des décisions qui, ordinairement, auraient fait l'objet de discussions abstraites pendant des semaines et des mois, peuvent être prises rapidement".

    Le secret de cette efficacité de la maquette réside dans sa flexibilité. Construite modulairement, chacun des 48 éléments qui la composent repose sur des roues et peut être déplacé, retiré et ainsi continuellement mis à jour. Les éléments représentent sept kilomètres carrés du centre d'affaires de la ville, les bâtiments gouvernementaux, le périmètre culturel de Jérusalem et une partie de la Vieille Ville. La maquette se développe actuellement dans toutes les directions ; elle comprendra bientôt le reste de la Vieille Ville, le campus de l'Université hébraïque à Guivat Ram, la vallée de la Croix et deux grands musées, le Musée Israël et le Musée des Terres bibliques.

    Sa construction a été entreprise par Richard Harvey, originaire d'Amérique, avec l'aide d'étudiants en architecture au Technion de Haïfa ; il a fallu 15 ans pour la terminer. Aujourd'hui à la retraite, Harvey continue à participer à la construction des adjonctions à la maquette.

    Cette maquette fait partie intégrante du Centre de Jérusalem pour la planification des villes historiques situé dans le bâtiment de la municipalité. "Le Centre a pour objectif d'appréhender les problèmes urbains et de fournir des solutions adéquates", explique Kobi Ariel. "Nous nous penchons plus particulièrement sur les villes imprégnées d'histoire. Les villes historiques du monde entier partagent des problèmes identiques : comment préserver et développer les quartiers et constructions d'intérêt historico-culturel tout en s'adaptant aux exigences de la vie moderne, par exemple, la création de nouvelles zones résidentielles, les transports, etc..."

    Le Centre aspire en particulier à devenir un forum pour les planificateurs et concepteurs locaux et internationaux, un lieu de rencontres et d'échanges. Des groupes d'experts, des professionnels des problèmes d'urbanisme et des ministres du logement comptent parmi les visiteurs. En outre la Conférence internationale des maires, qui se réunit chaque année à Jérusalem, tient une de ses séances au Centre, pour étudier et discuter de la maquette et de son application aux réalités locales que connaissent les participants.

    Outre son utilisation par des professionnels, la maquette constitue également un outil didactique. Des ateliers sont organisés pour inciter écoliers et adultes à étudier l'urbanisation et pour les aider à formuler des réponses aux problèmes imaginaires ou réels qui se posent aux planificateurs de la ville. En même temps, ils sont sensibilisés aux aspects esthétiques du développement urbain, particulièrement importants dans le contexte de la diversité culturelle et religieuse de la population de Jérusalem.

    Grâce à cette maquette, Jérusalem, ville trois fois millénaire, peut proposer un modèle pour la vie moderne des villes historiques.

     

    Pour de plus amples renseignements :

    Maquette de Jérusalem de la période du premier Temple
    Rue Boné Hahoma, au coin de la rue Plougat Hakotel
    Quartier juif
    Jérusalem 97500
    Tél: 972-2-628-6288

    Maquette de la Jérusalem antique
    Hôtel Holyland
    Bayit Vegan
    Jérusalem 91023
    Tél: 972-2-643-7777

    Musée de l'histoire de Jérusalem de la Tour de David
    Porte de Jaffa
    B. P. 14005
    Jérusalem 91140
    Tél: 972-2-627-4111

    Centre de Jérusalem pour la planification des villes historiques
    Municipalité de Jérusalem
    Kikar Safra
    Jérusalem 91007
    Tél: 972-2-629-7731

     
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