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Erez Bitton - Poemes

24 Feb 1999
 ARIEL - Revue israélienne des arts et des lettres - 105
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 INFLUENCE JUDEO-BERBERE |  BITTON
 
  Erez Bitton

Poème à la saison de cuisson des navets

Lorsque Ima Ister se rappelait sa fille morte Kméra
Ima Maha se rappelait son fils mort Haron
et toutes les voisines se rappelant les peines de leurs vies
cessaient de mettre le pain au four
de cuire les navets, de filer au fuseau,
Ima Zehera, Ima Seida, Ima Hnina
comme en commandement de fête
sélevait alors une clameur de pleurs.
Nous, les enfants, nous nous tordions de rire
nous étouffant de rire
ricanant, raillant.
Lorsque Ima Ister se rappelait sa fille morte Kméra
Ima Maha, Ima Zehera, Ima Seida
cessaient le labeur de leurs vies
mettre le pain au four cuire les navets
filer au fuseau
nous les enfants nous étions écrasés de rire
nous tordant de rire
et lodeur entêtante des navets sélevait, sattachant aux
habits
mais parfois, calmés, nous sortions furtivement des pleurs
pour nous rendre dans une cabane
construite par nous-mêmes à la limite du quartier
et nous y fabriquions
des lits pour nous-mêmes des mets pour nous-mêmes
des petites femmes pour nous-mêmes
que nous appelions ma Louisa, ma Yacout, ma Shaba
dans la petite cabane nous construisions dimmenses maisons
et nous y faisions la paix avec nous-mêmes en nous-mêmes.

 

Avec les enfants

Touche ta jambe de ta main
tu seras avant demain
au quartier de Beni Abid
Cest ce que nous disions nous autres enfants bons coureurs
Aujourdhui Seido Lehevel le bigleux mentreprend
et me console dun compliment :
tu étais le plus rapide du voisinage
et moi je ne lui dis pas quon peut voir son strabisme
jusque dans sa voix
certains enfants qui ne me connaissaient pas auparavant
viennent à moi furtivement me glisser dans la main un oiseau
palpitant
et moi je ne mirrite pas,
un oiseau qui palpite est un coeur vivant
je le renvoie coeur vivant vers le ciel,
mais le plus souvent ils viennent à moi amicalement,
rappelant nos exploits : marcher sur une haie haute et étroite
ou lancer des pierres contre un arbre sans le manquer
certains grands glissent même dans ma main une pièce
quand tu seras grand, me disait maman,
tu seras comme Monsieur Massoud,
jouant du oud réunissant les gens,
les mettant en joie.

Poèmes traduits par Colette Salem


Erez Bitton, poète et écrivain dorigine marocaine, est né en 1942 à Oran et vit depuis 1948 en Israël. Grièvement blessé à 11 ans par lexplosion dune grenade qui la laissé aveugle, il est assistant social et psychologue de profession. Journaliste pendant dix ans au quotidien Maariv, il a présidé lAssociation des poètes et écrivains israéliens. Il est à lheure actuelle le rédacteur de la revue israélienne Apirion de culture méditerranéenne et préside le Centre méditerranéen international en Israël.

 
 
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