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A la recherche de la paix

1 Mar 1999
 ISRAEL MAGAZINE-ON-WEB: Mars 1999
 
     
A la recherche de la paix
 
       Connais ton ennemi  est la maxime dune armée ;  comprends ton voisin  est celle de lInstitut Truman.

Wendy Elliman

 Le principe qui guide nos travaux consiste à tenter de comprendre nos voisins , déclare Edy Kaufman, directeur de lInstitut Harry S. Truman de lUniversité hébraïque, spécialisé dans la promotion de la paix. Il sagit dune tradition de lInstitut qui, de longue date, a instauré des relations de travail avec des universitaires du monde arabe.  Durant nos 25 premières années, jusqu'à la Conférence de la paix de Madrid, en 1991, l'Institut Truman était l'unique institut de recherche sur la paix au Moyen Orient , explique-t-il.  Madrid a déclenché la prolifération de ces instituts, dans le monde arabe et aussi en Israël. Nos relations de travail, en particulier avec des universitaires palestiniens et, de plus en plus intensément avec les Jordaniens, s'élaborent depuis plus de 33 ans. Ces relations ont survécu et à l'intifada et à la guerre du Golfe. 

Le maintien de ces relations a été un processus de longue haleine.  Nous avons commencé par ouvrir notre bibliothèque de revues sur le Moyen Orient à tous les visiteurs , ajoute M. Kaufman. Les universitaires arabes y venaient parce quils y trouvaient des publications de lOLP qui, à lépoque, étaient interdites partout ailleurs en Israël. Javais conclu un accord avec notre bibliothécaire : elle minformait de larrivée dun usager arabe dans notre bibliothèque et je descendais me présenter et linviter à prendre un café. Nous nous rencontrions en tant que collègues universitaires, à égalité, et lentement la confiance sinstaurait. Lorsque nous avons reçu lordre dinterdire aux Arabes laccès de la bibliothèque parce quelle renfermait certains documents secrets, nous avons préféré nous débarrasser de ces documents. 

En 1965, lannée de la création de lInstitut, M. Kaufman rencontra ainsi près de 20 universitaires arabes. Lentement, les plus courageux dentre eux commencèrent à assister aux conférences organisées par lInstitut. Lorsquils étaient en désaccord avec les propos tenus, ils réagissaient. M. Kaufman les a ensuite invités à donner des conférences et ultérieurement, en 1985, un enseignant de lUniversité de Naplouse, a accepté avec inquiétude de parler du développement économique en Judée, en Samarie et à Gaza.

 Au moment où commença l'intifada en 1987, un dialogue était bien établi entre nous , affirme M. Kaufman.  En 1988, nous avons organisé nos premiers projets conjoints et, lorsque la guerre du Golfe a éclaté trois ans plus tard, notre tradition de travail en commun était suffisamment solide pour résister aussi à l'épreuve de ce conflit. En fait, nous avions tous participé à un atelier quelques jours avant que les premiers missiles ne soient lancés .

Lorsque les négociations ont débuté, à la fin de lannée 1991, les 25 années passées à instaurer prudemment la confiance portèrent leurs fruits.  Le principal objectif d'un institut de recherche, quel qu'il soit, est de conserver une ligne de conduite , dit M. Kaufman.  Cependant, jusqu'au début du processus de paix, notre travail ne comportait aucune application pratique. Il a évolué si rapidement durant les cinq premières années que les négociateurs comme les universitaires devaient faire un effort pour suivre le rythme. 

Les dirigeants politiques négociant la paix avaient besoin de recevoir rapidement de nombreuses données pratiques sur divers sujets comme les droits sur leau, les réfugiés, les points de peuplement et le statut de Jérusalem. Du côté israélien, les chercheurs de lInstitut Truman furent invités en tant que conseillers. Du côté palestinien, en labsence dune administration en place susceptible de fournir du personnel, plusieurs universitaires avec lesquels lInstitut avait travaillé furent désignés pour participer aux équipes de négociation. Sefforçant de maintenir le rythme des négociations, les experts de lInstitut Truman travaillèrent avec leurs collègues palestiniens sur les sujets discutés et eurent la satisfaction de voir leurs recommandations insérées dans les accords.

 L'un des domaines dans lesquels nous avons exercé une forte influence est celui du partage des ressources en eaux souterraines entre Palestiniens et Israéliens  rapporte M. Kaufman.  Au lieu de décider qui recevrait et combien, notre équipe de recherche israélo-arabe a proposé qu'une société à buts lucratifs, gérée conjointement par des Arabes et des Israéliens, administre les nappes aquifères et procède aux allocations en fonction des besoins. Sur la question du peuplement, nous sommes parvenus à instaurer un dialogue entre habitants des territoires et universitaires palestiniens proches de l'Autorité palestinienne. 

Les mécanismes délaboration de la paix savèrent cependant insuffisants dans le cadre dun conflit ethnico-politique aussi profondément enraciné que celui entre Israël et les Arabes, ajoute M. Kaufman. La deuxième grande priorité de lInstitut aujourdhui consiste donc à préparer des projets édifiant la paix. Depuis 1993, cinq projets de ce type ont été amorcés  avec réciprocité de la part des Arabes,  souligne-t-il,  parce que s'ils ne font pas la même chose, cela ne peut pas fonctionner. 

Lun de ces projets consiste à supprimer les stéréotypes et les omissions des manuels scolaires. Un autre, baptisé  Vivre ensemble , est un plan ambitieux dans lequel des jeunes juifs dun lycée de Jérusalem sont associés à des Palestiniens dune école de Beit Jallah pendant une période de cinq ans. Les adolescents participent à des excursions en commun, à des projets et des rencontres ; ils étudient les thèmes de la paix et de la résolution du conflit selon des programmes préparés par les chercheurs de lInstitut.

Le projet de lInstitut le plus récent concerne lhéritage commun des Arabes et des juifs.  Dans une situation conflictuelle comme celle qui prévaut au Moyen Orient, l'accent est mis, inévitablement, sur les différences entre les peuples, les incompatibilités entre leurs besoins et leurs espérances,  dit-il.  Notre projet "Héritage commun", au contraire, portera principalement sur ce que les juifs et les Arabes partagent et non sur ce qui les divise, en élaborant un programme d'étude enseignant ce que nous avons en commun. 

Sept universitaires israéliens de lInstitut Truman travailleront de pair avec sept intellectuels palestiniens de lUniversité Al-Quds sur le projet. Au cours de sept séminaires, ils souligneront le lot commun des enfants dAbraham, quil sagisse de périodes historiques de coexistence, de philosophie, de langues sémitiques ou de religions, qui présentent bien des similitudes. Au début de lannée prochaine, le programme devrait entrer en vigueur et être enseigné au niveau universitaire pour être ultérieurement adapté à des lycéens, voire des élèves des écoles primaires.

 C'est notre projet Bonnes nouvelles  senthousiasme M. Kaufman.  A bien des égards, il résume ce que nous tentons de faire. Lorsque vous mettez l'accent sur un conflit, vous obtenez un conflit. Mais ici, notre point de mire, c'est l'harmonie, et je pense que cela finira par amener l'harmonie. 

 
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