Les noms de rue les plus fréquents sont ceux des pères fondateurs du sionisme. Plus que quiconque, Théodore Herzl, le père du sionisme politique moderne, a des grandes artères qui portent son nom, par exemple les rues principales de Netanya, Rehovot et Rishon Lezion. On pourrait presque pardonner à un étranger en visite dans le pays qui croirait que Herzl est la traduction en hébreu de langlais High Street ou de laméricain Main Street.
Simon Griver
Lutilisation répétitive des noms des pères fondateurs peut provoquer bien des confusions, notamment dans la conurbation du Grand Tel Aviv où les municipalités sont juxtaposées les unes aux autres. A Tel Aviv, la rue Jabotinsky qui porte le nom du fondateur du mouvement sioniste révisionniste, se termine à moins dun kilomètre de lendroit où commence la rue Jabotinsky de Ramat Gan. La distance entre la rue Arlozoroff à Tel Aviv et celle de Ramat Gan est même inférieure. Pourtant, Tel Aviv peut probablement revendiquer la priorité sur le nom puisque sa rue Arlozoroff mène à la plage où le dirigeant sioniste travailliste fut assassiné en 1933.
La rue Ben Gourion de Tel Aviv entretient également un lien particulier avec lhomme dont elle porte le nom. Elle était à lorigine baptisée rue Kéren Kayémet (K.K.L.), et on y trouve la maison où a vécu à une certaine époque le premier chef de gouvernement dIsraël.
A Jérusalem, le boulevard Golda Méir, du nom du premier ministre dIsraël au début des années 1970, conduit à la banlieue de Ramot située au nord de la ville et est rejoint par le boulevard Ménachem Begin, achevé dernièrement : il sagit dune autoroute à six voies qui traverse les banlieues de la ville du nord au sud et porte le nom du premier ministre à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Le nom de lancien premier ministre Yitzhak Rabin (1974-77, 1992-95) est commémoré par une nouvelle voie qui passe à proximité du complexe abritant les ministères à Jérusalem.
Cest cependant Tel Aviv qui entretient les relations historiques les plus étroites avec Yitzhak Rabin : la place Malkhé Israël (Rois dIsraël) où il fut assassiné en 1995 a été rebaptisée place Yitzhak Rabin.
Au moment de lindépendance, les autorités municipales décidèrent de changer la plupart des noms de rues choisis par les Britanniques. Alors que la rue du roi George V a subsisté aussi bien à Tel Aviv quà Jérusalem, la rue de la princesse Mary à Jérusalem est devenue la rue de la reine Shlomzion, du nom dune reine asmonéenne (76-67 avant lère chrétienne). Les rues du général Allenby, Lloyd George et Lord Balfour en lhonneur de dirigeants britanniques favorables aux droits des juifs à une patrie ont toutes gardé leur nom.
Le nom des rues reflète souvent le type de quartier où elles se trouvent. Dans les quartiers ultra-orthodoxes, les rues portent souvent le nom déminents rabbins, alors que dans les quartiers arabes, ce sont des dirigeants arabes qui sont à lhonneur. Les noms de rues évoquent aussi parfois des thèmes locaux : la principale artère de Raanana est la rue Ahouza, du nom du fonds qui contribua à la construction de la ville et la rue principale de Karkour, près de Hadéra est Rehov Samuel Kaufmann, le fondateur du village. Dans le quartier de Réhavia à Jérusalem, les rues portent le nom de personnalités de lAge dor du judaïsme espagnol comme Ibn Gabirol, Ibn Ezra, Alharizi, Metoudella et Ramban.
Dautres thèmes sont dordre général. De nombreuses rues portent des noms darbres, de fleurs et doiseaux. Les rues du quartier de Talbieh à Jérusalem portent le nom de grands présidents américains Abraham Lincoln et Georges Washington tandis que dans le quartier de Kiryat Hayovel, les noms de pays latino-américains sont fréquents.
Plusieurs rues israéliennes indiquent fort utilement la direction vers laquelle elles mènent. Ainsi, la route de Hébron et la route de Bethléem au sud de Jérusalem conduisent vers ces villes, alors quau nord, la route de Sichem conduit vers Naplouse. La rue principale de la capitale la rue de Jaffa est orientée à louest en direction de Tel Aviv-Yafo, tandis que Yafo rend la pareille en nommant sa rue principale : boulevard de Jérusalem. De même, Tel Aviv possède une route de Petah Tikvah menant à cette ville.
Lune des rues principales de Tel Aviv, qui porte le nom de lancien maire Méir Dizengoff, a même donné un verbe en hébreu, lehizdanguef, baguenauder sans but dans la ville, voir et être vu, sarrêter pour bavarder avec des amis, voire siroter un café à la terrasse dun établissement. On peut lehizdanguef dans bon nombre de rues principales, notamment la rue Ben Yéhouda de la capitale, une rue piétonnière qui porte le nom du fondateur de lhébreu moderne, Eliézer Ben Yéhouda, lequel naurait peut-être pas apprécié une telle créativité linguistique.
Le prix de fierté revient à Rehovot. Fière de ce que Chaïm Weizmann, le premier président dIsraël, ait élu domicile dans la ville, Rehovot a donné son nom à deux rues près de lInstitut Weizmann : la rue Weizmann et la rue Hanassi Harishon (le premier président).
En matière de défi, la médaille revient à lavenue du sionisme à Haïfa. Baptisée à lorigine avenue des Nations unies, cette route du mont Carmel a été renommée en 1975, lorsque lAssemblée générale des Nations unies a adopté une résolution assimilant le sionisme au racisme. Lancien nom na pas été redonné lorsque cette résolution a été annulée, en 1992.
La série des noms les plus étranges se trouve à Tel Aviv qui a nommé deux petits passages situés à proximité de lancienne mairie près de la route Allenby allée inconnue et allée anonyme . Plus ordinairement, les rues de Jaffa sont désignées par des numéros, dans le style américain et, bien que la plupart portent aujourdhui de véritables noms, certaines voies ont gardé leur ancienne dénomination, comme la rue 193.
Le nom de rue probablement le plus énigmatique se trouve à Jérusalem et à Haïfa : cest la Rehov Haguidem qui signifie la rue de lamputé ; ce nom désigne Joseph Trumpeldor qui fut tué en défendant la localité de Tel Haï, au nord du pays, et qui avait auparavant perdu un bras en combattant aux côtés des Russes contre le Japon en 1905.