La Terre sainte a intensifié sa production de lait et de miel en introduisant des technologies de pointe dans les méthodes de culture. Pour le visiteur, le tourisme agricole est une occasion dapprendre
Simon Griver
Le tourisme agricole, qui offre aux citadins une possibilité déchapper au béton de la ville et de redécouvrir leurs racines rurales, correspond à une tendance mondiale. En outre, les visites rendues à des exploitants, des agronomes et autres experts agricoles, permettent dévaluer lévolution de lagriculture dans le monde et linfluence considérable de la technologie moderne dans ce secteur.
Selon Yitzhak Kiriati, le directeur du département agricole de lInstitut israélien des exportations, cest particulièrement vrai en Israël qui est en tête en matière dapplication des systèmes de technologies de pointe à lagriculture. Quil sagisse des systèmes dirrigation informatisés qui distribuent aussi des engrais, explique-t-il, ou des nouvelles variétés de semences et de cheptel conçues génétiquement, les chercheurs et exploitants israéliens ont obtenu les résultats les plus élevés du monde dans plusieurs domaines. La serre a, elle aussi, été adaptée aux conditions arides, permettant à lexploitant de créer ses propres conditions climatiques.
Mais avant tout, Israël est la Terre sainte et, avant denquêter sur les performances du pays, les touristes agricoles peuvent vouloir se renseigner sur la façon de cultiver la terre à lépoque biblique. Dans des endroits comme Ein Yael et Sataf, près de Jérusalem, Néot Kedoumim entre Jérusalem et Tel Aviv, et Kfar Kédem en Galilée, les visiteurs peuvent observer les versants aménagés en terrasses et les canaux dirrigation creusés il y a plusieurs milliers dannées. Si les touristes planifient leur visite en temps voulu, ils pourront fouler du raisin avec leurs pieds pour produire du vin, presser des olives pour en extraire de lhuile ou moudre du blé.
Quatre des sept espèces bibliques : le raisin, lolive, les dattes et le blé (les autres lorge, la grenade et la figue poussent encore à létat sauvage) constituent aujourdhui les principales industries agricoles. Les touristes peuvent emprunter la Route du vin et la Route de lolive en traversant les régions de Maté Yehouda et de Yoav, au sud-est de Jérusalem, tout en visitant divers petits établissements vinicoles (où ils seront invités à déguster) et des pressoirs à huile anciens et modernes. Les dattes sont cultivées dans la région de la mer Morte et dans la vallée du Jourdain où lagriculture a commencé il y a des milliers dannées. A Haïfa, le musée Dagon qui retrace lhistoire de la culture des céréales depuis le début des temps jusquà nos jours, vaut la visite.
Ceux qui souhaitent comprendre la façon dont les pionniers mirent en place linfrastructure agricole moderne du pays peuvent visiter le musée de la ferme Doubrovin, créée à la fin du XIXe siècle, dans les marécages de Houlé, en Haute Galilée, ainsi que le musée de lentreprise pionnière au kibboutz Yifat décrivant la vie agricole de la région dans les années 1920.
Environ 80% de la production agricole dIsraël provient toujours des villages agricoles socialement novateurs : le kibboutz une collectivité dans laquelle tous les revenus sont partagés à égalité ; et le moshav une coopérative agricole où les achats et la commercialisation sont effectués en commun. La meilleure façon de connaître lagriculture israélienne est de séjourner dans lun des ces villages. Les kibboutzim possèdent un réseau de pensions de famille proposant des chambres luxueuses, et la plupart des moshavim offrent des chambres dhôtes.
A Binyamina, entre Tel Aviv et Haïfa, les touristes peuvent visiter la station de conditionnement des agrumes et les vergers environnants. Les agrumes ont constitué la production classique de lagriculture moderne du pays. Israël en exporte toujours pour plus de 200 millions de dollars, principalement des oranges et des pamplemousses, et le paysage autour de Tel Aviv est dominé par les vergers dagrumes qui, au printemps, exhalent un délicieux parfum. Comme cest le cas pour de nombreux fruits et légumes cultivés en Israël, le génie génétique a permis aux exploitants daméliorer les rendements tout en réduisant la consommation en eau ; de cultiver des variétés dagrumes plus résistantes aux maladies, mûrissant plus tôt ou plus tard dans la saison en fonction de la demande des marchés, se conservant plus longtemps et, bien sûr, plus savoureuses. En outre, après avoir introduit de nouveaux fruits comme lavocat et le kaki, Israël est à lorigine de nouvelles modes culinaires en Europe.
Le kibboutz Ein Guédi, situé près de la mer Morte, montre aux visiteurs comment Israël a transformé le désert. Israël excelle à faire pousser des tomates, des concombres et des melons en hiver dans les régions méridionales du pays. Dans le cas des tomates et des melons, on a découvert que lutilisation des eaux géothermiques à forte concentration saline produisait des variétés plus douces, et que certaines espèces de tomates nouvelles les tomates-cerises et les tomates grimpantes (se présentant comme du raisin) sont fort appréciées par les consommateurs européens.
Concombres, tomates et poivrons sont cultivés dans des serres avec un rendement plus élevé. Ces dernières peuvent être installées sur un terrain peu propice et permettre à lexploitant de créer son propre environnement contrôlé par ordinateur : régulation de la chaleur, de la lumière, de lhumidité et de lirrigation. Les fleurs poussent également beaucoup mieux dans les serres où les récoltes peuvent atteindre le triple de celles des cultures dans les champs. Lannée dernière, Israël a exporté pour plus de 300 millions de fleurs. Autres inventions israéliennes : des espèces de coton coloré et des variétés de cette plante requérant moins deau.
Cest bien évidemment lirrigation qui est à lorigine des réussites agricoles dIsraël. La Conduite nationale transporte leau du nord, région relativement pluvieuse, vers le sud aride du pays. En outre, linvention israélienne du goutte-à-goutte ou irrigation de précision permet à de petites quantités deau deffectuer un long chemin. Israël exporte chaque année pour plus de 250 millions de dollars déquipement dirrigation.
Le pays a également beaucoup à proposer en matière délevage. Dans les kibboutzim et les moshavim, la plupart des étables sont des pièces informatisées dans lesquelles une vache produit en moyenne 10 198 kilogrammes de lait par an, de loin un record mondial. Israël est également en tête sur le marché de la volaille, avec les plus hauts rendements de ponte et le record mondial de consommation de viande de dinde par habitant. Le pays est devenu le deuxième producteur de viande dautruche (intégralement exportée) et dimportantes quantités de poissons sont produites dans des étangs.