Eveiller la curiosité des enfants pour les sciences et la technologie, montrer que la science est à la portée de tous et éduquer par le jeu
Lily Eylon
Six jours par semaine, du matin au soir, les salles du musée de la science Bernard M. Bloomfield sont remplies denfants heureux passant dun appareil à lautre, appuyant sur des boutons, observant des démonstrations, faisant fonctionner des mécanismes et sémerveillant de tout ce quils voient. Et en même temps, ils apprennent, sans même sen rendre compte, les lois de la science. Le musée est fondé sur les principes du changement et du mouvement, explique le professeur Peter Hillman de lUniversité hébraïque de Jérusalem, directeur du musée depuis sa création. En manipulant les appareils exposés et en observant ce qui se passe, nos visiteurs découvrent par eux-mêmes comment se forme une tornade, comment volent les oiseaux et les avions, et ce qui transforme un bâton enflammé en une baguette magique.
Les enfants, depuis lécole maternelle jusquau lycée, apprennent également à connaître des phénomènes de la vie courante : pourquoi leurs parapluies se retournent par grand vent, quest-ce qui provoque le tourbillon dans la vidange de leur baignoire, etc. Tous les appareils exposés peuvent être manipulés et sont accompagnés dexplications rédigées en hébreu, en arabe et en anglais.
Quelque 140 000 visiteurs dont un tiers sont des groupes scolaires venus de lensemble du pays fréquentent chaque année les expositions. Depuis linauguration du musée en 1992, les thèmes traités ont porté, entre autres, sur la lumière et lélectricité, la reproduction dans la nature, les télécommunications, la perception sensorielle du mouvement, la raison pour laquelle des bâtiments tiennent debout.
Lexposition de lété 1998 sintitulait Capteurs et détecteurs ; celle de lhiver et du printemps 1999 est consacrée à la Perception : les facteurs influençant la vue . Sont également organisés : des cours de recyclage destinés aux professeurs, des activités daprès-midi pour les enfants et un atelier de construction de maquettes pour les plus âgés. Pendant les mois dété, une colonie scientifique occupe les enfants durant la journée. Les jeunes visiteurs se rendant fréquemment au musée se voient décerner le titre dambassadeurs de la science ; ils ont pour mission de stimuler lintérêt de leurs camarades pour cette discipline.
Si tous les jeunes apprennent avec plaisir, cest encore plus vrai pour les enfants handicapés, explique Ronit Barnachuk-Halévi, la responsable des moniteurs du musée. Elle ajoute que ces derniers retirent une grande satisfaction de leur travail avec ces enfants particuliers : atteints dhandicaps physiques, aveugles, sourds, souffrants de troubles intellectuels et mentaux. Laccueil chaleureux réservé aux handicapés constitue un aspect important du programme du musée. A lintention des aveugles, quatorze objets de démonstration sont accompagnés dexplications orales ; en outre, des extraits dun bulletin scientifique publié par le musée, intitulé Deux minutes avant lan 2000 , paraissent en braille.
Au cours dune journée dhiver, le musée a été exceptionnellement calme durant deux heures. Pourquoi ? Un groupe de 31 adolescents fréquentant une école spécialisée de Tel Aviv était en visite. Certains portaient des appareils auditifs, dautres étaient totalement sourds. Mais cela ne les empêchait pas de se montrer fort attentifs et de poser des questions tandis quun instructeur du musée expliquait et démontrait les propriétés de lair ; leur propre professeur traduisait les explications, les questions et les réponses dans le langage des sourds-muets. Comme cest le cas pour tous les groupes spécifiques, leur professeur sest entretenu avec le moniteur avant larrivée au musée et les enfants étaient répartis en groupes de dix alors que les effectifs sont de quinze à vingt pour les autres enfants.
Au total, quelque 200 groupes dinvalides soit environ 2 000 enfants se rendent chaque année dans le musée pour une visite en hébreu, auxquels il faut ajouter 1 300 enfants arabophones.
Le musée de la Science de Jérusalem met également en uvre un autre projet denvergure : trois expositions itinérantes se rendent chaque année dans des dizaines de villes de développement et des villages isolés. Cette année, nous avons remporté un grand succès à Arad, une ville du Néguev , précise Dafna Efron, une des responsables du musée. Les écoles locales ont invité des enfants dune école bédouine à se joindre à leurs élèves pour trois semaines passionnantes. En outre, le musée a organisé à lintention des professeurs de la ville un stage sur les méthodes destinées à encourager les enfants à résoudre des énigmes scientifiques. Les aires de jeu pour lesprit daujourdhui deviennent ainsi des terrains de formation pour lavenir.