A lautomne dernier, 50 jeunes Israéliens dorigine éthiopienne sont devenus éclaireurs et éclaireuses dans le cadre dun nouveau programme baptisé Projet Sheba.
Wendy Elliman
Huit ans après le spectaculaire sauvetage par Israël des juifs dEthiopie, connu sous le nom dOpération Salomon, et 14 ans après lOpération Moïse, non moins spectaculaire, les 60 000 juifs dEthiopie ne sont toujours pas entièrement intégrés dans la société israélienne.
En Israël, les Ethiopiens se considèrent et sont considérés par beaucoup dautres comme une communauté non préparée à gravir la pyramide sociale dIsraël, déclare Anat Penso, la directrice régionale du département chargé de léducation des jeunes immigrants au sein du Joint Distribution Committee-Israel. Elle est également membre de lAssociation pour la promotion de léducation des Ethiopiens. Etant donné que 60% des membres de la communauté dorigine éthiopienne en Israël sont âgés de moins de 18 ans, Mme Penso a vite compris que laide devait être accordée principalement à ces jeunes.
Adolescente, jétais moi-même passionnée par le scoutisme , dit-elle. Mon expérience dans un mouvement de jeunesse a façonné ma vie. Lidée mest venue que cétait un moyen idéal pour aider les jeunes dorigine éthiopienne installés en Israël. En grandissant ensemble dans un mouvement, les jeunes acquièrent des codes sociaux et des valeurs culturelles identiques. Ils partagent des expériences, participent à des activités les concernant eux et leurs camarades, et ils apprennent à sidentifier à leur nation et à leur peuple.
Comme elle a pu le constater, seuls quelques jeunes Israéliens dorigine éthiopienne ont rejoint des mouvements de jeunesse en Israël. La raison nest guère difficile à trouver. Les jeunes sont très impatients de réussir, et ils savent que léducation est la voie royale, explique Tsabi Mangasha, lui aussi dorigine éthiopienne. Nous avons une conception traditionnelle de léducation confortée par laide offerte par le gouvernement aux élèves éthiopiens, notamment les cours supplémentaires dispensés à lécole, laprès-midi. Notre communauté considère ainsi léducation informelle, telle que celle que proposent les mouvements de jeunesse, comme une frivolité et une perte de temps.
Persuadée que la meilleure façon de prouver lexactitude de ce quelle avançait consistait à mettre en uvre un projet, Mme Penso a cherché des associés : lAssociation pour la promotion de léducation éthiopienne, lAssociation israélienne du judaïsme éthiopien et la Fédération scoute dIsraël (Tzofim). Selon elle, les Tzofim ont été choisis parce quil sagit dun mouvement créatif, expérimenté et apolitique ; il sadresse aussi bien aux jeunes pratiquants quaux laïcs et, avec ses 35 000 membres, cest lun des mouvements de jeunesse les plus importants dIsraël.
Ils ont ainsi mis en chantier le Projet Sheba, un programme destiné à la fois à attirer des adolescents juifs dorigine éthiopienne dans la Fédération des Scouts dIsraël et à leur assurer une expérience porteuse de sens. Le projet a été lancé lété dernier avec la nomination de deux coordinateurs nationaux, lun dorigine éthiopienne, Tsabi Mangasha, âgé de 26 ans, lautre, née en Israël, Tami Gelkob, une ancienne éclaireuse âgée de 23 ans.
Nous avons recruté 27 Ethiopiens de classe de 3e, raconte T. Gelkob, et organisé un camp à leur intention, avec des Israéliens. Dès le départ, nous avons nettement précisé que le camp nétait pas seulement destiné à donner aux Ethiopiens des cours sur Israël ; les jeunes Israéliens allaient devoir également apprendre à connaître la communauté éthiopienne.
Rahel est une jeune Ethiopienne qui a participé au camp dété. Nous nous sommes beaucoup amusés même si, la première journée, nous étions en état de choc ! raconte-t-elle. Nous navions pas imaginé, quen camping, on dort à même le sol dans des sacs de couchage !! Mais le plus important, cest que nous étions là en tant quindividus, en tant que scouts et non en tant quEthiopiens. Ça ne veut pas dire que notre identité éthiopienne était niée. Des familles éthiopiennes nous ont tous invités, et nous ont parlé de la vie en Ethiopie et de leur arrivée en Israël. Après ces conversations, les participants du camp nés en Israël se sont mis à me poser des questions sur ma famille et mon propre voyage en Israël. Je pense que cétait la première fois que quelquun qui nappartient pas à notre communauté sy intéressait.
Sheli, qui vient dune localité aisée située près de Kfar Saba, faisait partie des adolescents Israéliens. A ce camp dété, ce fut la première fois que javais à faire avec des Ethiopiens autrement quen lisant le journal, dit-elle. Nous avons discuté et nous nous sommes rendu visite. A ma grande honte, je ne savais pas quil y avait en Israël des gens qui vivaient ainsi. Jai appris à connaître les Ethiopiens en tant quindividus et à comprendre quil existe dénormes différences au sein de leur communauté, comme dans la nôtre.
Il a été relativement facile de recruter des jeunes en milieu éthiopien pour participer au camp dété, précise le coordinateur Mangasha. Il a été bien plus difficile de les inscrire dans les troupes scoutes tout au long de lannée, mais par la suite nous avons réussi à convaincre dix candidats dans chacune des cinq régions pilotes (Ramlé, Béer Shéva, Netanya, Afoula et Kiryat Yam).
Le projet Sheba est un programme à plusieurs niveaux, explique Gelkob. Pendant la première année, ces 50 jeunes deviendront des membres actifs dans leurs troupes scoutes locales et, en même temps, ils recevront une formation de moniteur, chaque groupe de 10 étant dirigé par deux chefs scouts plus anciens. Lannée suivante, ces 50 premiers diplômés enrôleront dans les troupes scoutes des enfants de leurs communautés, âgés de 11 et 12 ans, quils encadreront. Et, pendant ce temps, 50 autres Ethiopiens âgés de 15 à 16 ans seront recrutés dans cinq autres localités (Hadera, Hatzerot Yossef, Rehovot, Kiryat Gat et Kiryat Malakhi) pour commencer leur première année de formation en tant que cadres. Il est prévu que dans chaque localité, le projet durera six années, le délai nécessaire pour que la première promotion des 11 et 12 ans recrutés par des Ethiopiens plus âgés, atteigne lâge de devenir des moniteurs. Sheba est conçu comme un programme performant, obtenant rapidement des résultats et à faible coût, dit Mme Penso.
Nous sommes très optimistes, conclue-t-elle. Nous sommes persuadés que grâce à la Fédération scoute, les jeunes Juifs éthiopiens dIsraël trouveront leur place dans la société.