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Aharon Yaffe - La carte de Madaba

30 Aug 1999
 Revue israélienne des arts et des lettres - 1998/107-8
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  Aharon Yaffe - La carte de Madaba

La communauté scientifique internationale a célébré en 1996 le 110ème anniversaire de la découverte de lun des vestiges archéologiques les plus importants pour létude du Proche-Orient : la mosaïque ou carte de Madaba. Ce pavement de mosaïque façonné en carte, fut mis à jour lors du creusement des fondations qui précédèrent lédification dune église grecque orthodoxe sur les lieux dune cité amorite de la région de Moab. Michael Avi-Yonah, le regretté archéologue israélien, qui se consacra à létude de ce pavement en même temps que dautres spécialistes, le fait remonter à la seconde moitié du VIe siècle (560-565). Il semble certain que cette carte fut réalisée au cours de la période byzantine et quelle constitue lun des plus beaux témoignages de la topographie de la région, de Babylone à lÉgypte et du désert dArabie à la Méditerranée.

Pendant la période byzantine (de 324 à la conquête perse de 614), Madaba se trouvait sur les marges orientales de la province de Palestine, la plus petite de lEmpire byzantin. Elle était, avec Heshbon, Philadelphie (sur le site actuel dAmman) et Jerash, située aux confins occidentaux de la province byzantine dArabie, laquelle était limitée au nord par la Palaestina Secunda, au centre par la Palaestina Prima et au sud par la Palaestina Tertia. Autant de districts de la province de Palestine, qui furent subdivisés par la suite en circonscriptions.

Quand, au IVe siècle lEmpire adopta le christianisme comme religion dÉtat, une division ecclésiastique fut entreprise, conforme au découpage administratif en vigueur à lépoque. Chaque région se vit placée sous lautorité dun évêque, investi des pleins pouvoirs sur les églises de sa juridiction et lui-même assujetti au pouvoir de larchevêque de Césarée, qui siégeait dans la capitale administrative et religieuse de la Palestine, et constituait lautorité suprême de toutes les églises de la région. Cette organisation hiérarchique perdura jusquau magistère de Juvénal, qui fut évêque de Jérusalem pendant la première moitié du Ve siècle et lutta pour obtenir le titre de patriarche dAntioche au concile décisif de Chalcédoine (451) et devint ainsi le chef de lÉglise dOrient.

Le concile de Chalcédoine établit que les archevêques de Césarée, Beisan (Beth Shéan) et Pétra seraient placés sous lautorité du patriarche de Jérusalem, tandis que les évêques dArabie et de Phénicie resteraient soumis à lautorité du patriarche dAntioche. Il sensuivit que léglise de Madaba se trouva excentrée de la province de Palestine, sur les plans politique et ecclésiastique à la fois. Compte tenu de cette nouvelle répartition administrative et religieuse, il est surprenant que lÉglise parvint à maintenir des relations aussi étroites entre Madaba, la Palestine et Jérusalem, comme lindique le pavement de mosaïque ornant une église ou quelque édifice public, où ne figurent ni symboles religieux, ni portraits des dirigeants séculiers ou ecclésiastiques de lépoque.

En 1880, la tribu bédouine grecque orthodoxe des Aziziat sinstalla dans les ruines de Madaba. Au cours de travaux de terrassement ses membres mirent à jour, quelques années après leur installation sur les lieux, le pavement représentant la Terre sainte sous forme de carte. La nouvelle de la découverte parvint au patriarche grec orthodoxe de Jérusalem, Nicodème (1883-1890) qui ne fit pas cas de son importance. Son successeur, Gherasimos (1890-1897) en revanche fut parfaitement conscient de la valeur de la découverte et décida dériger une église sur le site. En 1890, il envoya un architecte sur place, lui demandant dexaminer les vestiges du pavement et de les insérer dans la nouvelle église sil les jugeait dignes dy être inclus .

Mais larchitecte en question ne sut pas apprécier la mosaïque. La nouvelle église, en conséquence, fut érigée en partie sur les fondations de lancienne, et une partie du pavement fut ultérieurement détruit en cours de construction, notamment celle décrivant la région située entre Hébron et Beershéva, ainsi que la partie sud, jusquau courant du Zered. Selon des témoins qui virent le pavement avant les travaux, ce dernier était quasiment intact à lépoque.

Le premier qui sut apprécier à sa juste valeur archéologique et artistique la carte de Madaba fut le père Cleopus Quikilides, bibliothécaire du patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem. Après une visite sur le site en décembre 1896, il entreprit de copier la carte et de limprimer en couleurs, avant de la publier, en 1902.

Jérusalem occupe une place centrale sur la carte. Sa figuration à vol doiseau et tridimensionnelle, est fort réaliste malgré linterprétation forcément schématique, stéréotypée et sélective des édifices, et constitue la représentation la plus ancienne dans lhistoire de la Jérusalem du VIe siècle avec ses remparts, ses tours et ses portes, ses artères et ses édifices. Elle fournit de précieuses informations sur le plan et larchitecture de la ville à lépoque byzantine.

Lartiste anonyme souhaitant souligner la prééminence de Jérusalem sur la carte a partagé la ville en deux parties dune part le Cardo, lartère principale, divisant la cité en deux, de la porte actuelle de Damas au nord à la piscine de Siloé au sud dautre part la partie orientale qui sétage à louest tandis que la partie occidentale sincline en direction du bas de la carte. Les édifices de la partie occidentale de la ville sont représentés tels quils apparaissent sur leur façade ouest à lexception de léglise du Saint-Sépulcre et de quelques autres bâtiments dont lartiste a figuré les façades Est.

Les murs de la ville sont ponctués de vingt et une tours, dont la principale est celle communément appelée la Tour de David , qui est en réalité la tour de Phasaël érigée par Hérode. Au nord et à larrière-plan de cette dernière, on distingue la tour dHippicus. Les murailles de la ville sont percées de six portes seulement, la dernière, la Porte nouvelle, datant de 1890.

La carte de Madaba représente également dautres régions : la vallée du Jourdain, au sud de Beit Shéan, et jusquau bras canopéen du Nil. La mer Morte est figurée avec des embarcations et des matelots. Dans les plaines de Moab on distingue un lion ; des poissons dans le Jourdain et le Nil. La plaine du Jourdain est garnie de palmiers, et à proximité de chaque description se trouve une inscription grecque en mosaïque claire tandis que les grandes cités et les principales régions figurent en caractères rouges. Auprès du nom de certaines villes, se trouve évoqué un événement important advenu ultérieurement sur les lieux. Le père Cleopus Quikilides qui fut le premier à étudier le pavement de mosaïque, fit remonter sa datation entre lan 350 et 450 puisque la carte ne mentionne pas les grands monastères érigés après 450 dans le désert de Judée.

Dautres chercheurs se sont fondés sur des inscriptions découvertes dans une citerne proche où il est fait mention de lempereur Justinien (527-565) qui entreprit la construction de la Nea, la grande église byzantine de la ville sainte. Ces témoignages épigraphiques sont contestés par dautres chercheurs du fait du manque de relation entre la citerne et léglise ; malgré sa proximité, la citerne se trouve en effet hors-les-murs et léglise intra muros.

Le Pr Avi-Yonah a étayé de preuves sa datation à la seconde moitié du Ve siècle : la présence sur le pavement du sanctuaire de saint Jean-Baptiste près de Beit Evra indique que la carte ne peut pas avoir été réalisée avant le règne de son édificateur, lempereur Anastase Ier (491-518) ; celle de la Nea, construite sur lordre de Justinien et consacrée en 543, indique que la carte de Madaba est postérieure à cette date ; léglise située à proximité du puits dElisabeth est mentionnée pour la première fois par Théodose le Cénobiarque vers 570, à linstar de léglise Saint-Victor de Gaza.

Thompson, un autre chercheur, dresse un parallèle entre le pavement de mosaïque de Madaba et un autre pavement de léglise des Apôtres érigée sur ce site en 579, sous le magistère de lévêque Sergius qui, selon une autre inscription, exerça ses fonctions jusquen 596 au moins. Les deux pavements en question ressemblent à celui du tombeau de Hiram situé près de la ville de Tyr et daté de lannée 573.

Au-delà de sa valeur scientifique et historique pour létude dErets-Israël à lépoque byzantine, la carte de Madaba est une source inestimable de documentation sur la terre dIsraël et sur la topographie de Jérusalem pour tous ceux qui sintéressent aux lieux saints du judaïsme et du christianisme.


Section of the Madaba Map showing Jerusalem - the most prominent site on the whole map.
1 Damascus Gate
2 St. Stephen's Gate
3 Golden Gate
4 Dung Gate
5 Zion Gate
6 Jaffa Gate
7 Church of the Holy Sepulchre
8 Nea Church
9 Temple Mount
10 The Cardo

Traduit par A.M.S.

 
 
 
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