1
Quest-ce que je fais
avec lICI blanc
au bord nord dur de lAsie,
qui sans arrêt naît et explose
de la craie du mont bouclé ?
Et quelquun dit pour la
énième fois :
Cétait ainsi ici
depuis toujours
et nexplique pas depuis toujours
il se lève verrouille et la porte
reste ouverte derrière lui
2
Ici, Levant différent.
Ne passe pas dessous,
noutrepasse pas, ne
ferme pas loeil
posé dans la vallée de loeil
qui porte la matière héroïque, jaillissante
elle-même jusquen toi.
Tiens-toi totalement tranquille
comme en plein saut
et si tu tends la main
vers les menus incidents
ne dis plus : lorsque jétais enfant, le jour de lincendie.
Apprends du monde
vert où est ta place
3
Un homme passe et dit
un mot
ou
deux et frappe
sur larbre au creux
de larbre
qui le poursuit,
saccroche à ses habits.
Lhomme chante et lenfant chante. Lhomme
pleure, qui pleure-t-il ?
Cest ça en somme quil y a
et aussi un silence
ruse dun Levant
rempli doreilles comme natte ardente.
Cest le silence galiléen sélevant
sur les pas de lhomme
qui nous dit quelque chose du
monde, de nous, puis partit
sur une route à laquelle
nous navions pas pensé
4
La pente anarchique
proche de Pekiin* projette
des formes dont on ne fera
pas les poutres dune foi nouvelle.
Des chèvres sapprochent de
la table mise et broutent
tout, même ma main
tendue vers elles,
découvrant des pierres enfouies et gloutissant lICI.
On a vu dit-on un tigre rusé
qui descend un moment puis remonte
pour disparaître dans la carrière
en raie de clarté.
Une heure plus tard
lherbe vibre encore
5
Et toi, que proposes-tu
sinon dentrer
dans le lin des détails
puis sortir ?
Regarder
crayon en main
(sans savoir si je suis dedans ou dehors)
tel un enfant qui chamboule
le monde au matin
en cherchant ses chaussures
sous le lit.
Et ce mouvement blanc na rien
sur quoi se poser si ce nest
sur la ligne virtuose
du coin de loeil nous indiquant une direction
et la main avec ses cinq
choses saccroche
à elle-même comme au seuil de léveil
6
Maintenant, en ces jours,
il est temps de demander :
jusquoù dans ce clair
vif perdu
devons-nous arriver, entre
terrestre et infini,
pour savoir
que nous sommes arrivés ?
Quelle est cette chose molle, muette,
anonyme, qui fait
dun trait de feu dans lair -
oeil, bouche, message
derrière le dos poussiéreux du Levant blanc ?
Demander encore :
quen est-il de cette terre radiante ?
Traduit par Colette Salem
*Village de Galilée
Israël Eliraz, né à Jérusalem en 1936, est poète, librettiste, dramaturge et critique littéraire. Il est lauteur des livrets de six opéras du compositeur israélien Josef Tal, et de plusieurs recueils de poésie, dont Miniatures Clemente et Bouche déchirée traduits par Colette Salem et parus en 1997 en France. Ses
poèmes sont publiés dans des revues littéraires françaises et belges.