Le costume palestinien - histoire d’une collection

1 Sep 1999
 The Israel Review of Arts and Letters - 1998/106
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Le costume palestinien : histoire dune collection

Pierrette Missika

 
 
Plastron brodé sur une robe du village d'Ein Kerem (Jérusalem-ouest). Typique des villages de Beit-Jalla et de Beit-Sakhur, ce qabbeh présente des motifs en V qui n'ont pas subi d'influence bizantine ou turque. 1920.

 

 

 

 

 

 

 

Robe géante Ichtaleh, tribu Arab at Taamreh (Est de Bethléem, Jérusalem et région de Jéricho), 290 x 87 cm, 1940.

 

 

 

 

 

 

Muggawat, ce4inture de femme bédouine de la tribu Tarabin ayant déjà eu un enfant, permettant de resserrer la sangle abdominale. Egalement portée au cours de cérémonies, elle comporte une amulette. Neguev, années trente.

 

 

 

 

 

 

Djilayeh Kabireh, robe en soie tissée et brodée à la main, motifs typiques des régiones d'Ashdod et de Kaukaba. Symbolisant la perte de la virginité, elle était portée par la mariée le lendemain des noces, quand elle allait pour la première fois chercher de l'eau pour les besoins de son ménage. 154 x 85,5 cm, début du XXe siècle.

 

 

 

 

 

 

Wuqaat el Derahim, coiffe de la région de Hébron, deuxième moitié du XIXe siècle.
Diamètre du diadème: 15 cm, hauteur: 22 cm.

 

 

 

 

 

 

Mouchoir de danse brodé, avec motifs végétaux et amulette dans son centre, 51 x 45.
 

En septembre 1997 souvrait pour neuf mois au Musée hiérosolymitain de lislam limportante exposition dune collection de costumes palestiniens rassemblés au fil des ans par Emmanuel Kleidman. Se référant au sens littéral de son patronyme en langue allemande, ce jeune collectionneur fait remarquer avec humour quen portant un nom pareil, cest pur atavisme que de se consacrer à lart vestimentaire. Et de fait, ayant passé sa jeunesse entre les paillettes des danseuses, le canotier de Maurice Chevalier et les costumes noirs de Charles Aznavour dans les coulisses de lAlhambra parisien, dirigé à lépoque par sa grand-mère maternelle et aujourdhui détruit, il devait tout naturellement en arriver à concevoir un jour des costumes de théâtre.

Il existe en outre, aux yeux dEmmanuel Kleidman un lien ontologique entre ethnographie et judaïté, avec lévolution unique dun judaïsme confronté à tant de contextes différents. Tout juif serait à son sens un ethnographe en herbe, doù cette attirance pour tous les aspects des sociétés qui le poussa à visiter une tribu du Zimbabwé, doù il revint, selon sa formule, avec le typhus et des preuves irréfutables de la judaïté de ce groupe ethnique ou bien, lassé des discussions de café du Commerce , à aller rencontrer en Sibérie Ida Nudel et les refuzniks en 1977, poussé par un intérêt ethnopolitique.

E. Kleidman possède par ailleurs à fond les techniques dart puisquil passa cinq ans en atelier à étudier la gravure aux Beaux-Arts. Ce vécu bigarré lamena en 1969, lors de sa première visite en Israël, à lâge de seize ans, à travailler aux pêchers de Sdé Boker, le fameux kibboutz de Ben Gourion. Au cours dune ballade dans la capitale, il acheta pour quelques dizaines de dollars (pièce rarissime valant aujourdhui deux cents fois plus cher) une robe blanche en lin de Beit Dagan, découverte dans une boutique de la Vieille Ville de Jérusalem appartenant à une famille de Beit Jallah. Il se lia alors damitié avec Nijmeh Kharoufé ( létoile du berger ), morte en 1985 à lâge de soixante-quinze ans, qui avait été la brodeuse attitrée de la cour du royaume hachémite, et en particulier du roi Abdallah de Jordanie. Cette Arabe chrétienne, dobédience russe orthodoxe, résidant à Beit-Jallah, avait préparé pour la reine Elisabeth dAngleterre une broderie au point de Bethléem sur tissu malak de la plus grande finesse. Profondément pieuse, explique Kleidman, elle brodait gratuitement les pièces de velours qui recouvrent les rouleaux de la Tora dans les synagogues et les lutrins dans les églises . Cette année-là, une exposition sur le costume palestinien avait été organisée au musée de lHomme londonien, assortie dun catalogue sur ce thème, dont le jeune collectionneur avait aussitôt pris connaissance.

À chaque voyage, entre deux séjours en kibboutz ou en moshav, Kleidman ramenait quelques objets, robe de cérémonie de Hébron, robe de mariée de Gaza, items emblématiques dun peuple. Il était conscient dune manière visionnaire à lépoque de la valeur intrinsèque, symbolique, historique et esthétique de tous ces objets, ces Palestinia (comme on dirait, mutatis mutandis, Judaica...)

Selon E. Kleidman, lart de la broderie, de la confection des chapeaux et costumes féminins les plus sacrés constituait la richesse secrète des jeunes filles et des femmes des villages. Cet art remonte au temps où la soie des Indes et de Chine, passant par la Syrie, parvenait au Moyen-Orient et au bassin méditerranéen. Dans le texte de lExode (XXVI, 31) on lit : Tu feras ensuite un voile en étoffe dazur, de pourpre, décarlate et de lin retors : ouvrages de brodeurs.

En 1970, il se portait acquéreur dune djillayhé de Hébron, manteau traditionnel porté sur une robe et souvrant symboliquement sur le devant. Par les manches courtes de cette pièce, qui ne se porte que le premier jour du mariage, dépassent les pointes des manches longues de la robe de dessous. Cest sans doute sous linfluence rigoriste anglaise que ces robes, qui, au XIXe siècle, navaient pas de cordon pour fermer la fente frontale symbolique quelles présentaient, se referment, au point quon trouve des djillayhés recousues et fermées, alors quelles avaient été bâties pour être portées ouvertes !

Stupéfait par la beauté et lharmonie de ces costumes décorés de motifs géométriques basés sur une abstraction farouchement monothéiste, Kleidman se mit donc à ramener de ses voyages une ou deux pièces pliées, entre lesquelles étaient glissées quelques boules de naphtaline bien que celles-ci soient censées attaquer les couleurs. Ces pièces entreposées à Paris devaient être sorties, aérées et dépliées très fréquemment, compte tenu entre autres du fait que la soie pliée casse . Sans critères précis de choix à lépoque, si Kleidman prit alors la décision de sélectionner des robes, ce fut essentiellement parce que les costumes masculins, depuis la Syrie jusquà lArabie Saoudite et même lIrak, reprennent les mêmes traditions vestimentaires paysannes ou bédouines, alors que la femme signe par sa vêture son appartenance tribale, avec des nuances entre des localités comme Beit Jallah, Ein Karem, Bethléem, Lifta ou Beit Zahour, relativement éloignées les unes des autres à une époque où lon circulait à dos dâne, et où la femme arrivait chez son mari avec un trousseau confectionné dans le style de son village. Le spécialiste sait faire le distinguo entre couleurs, techniques de broderie et motifs spécifiques qui diffèrent dune localité à lautre, entre autres dans les dizaines de villages des collines proches de Hébron.

Cest ainsi que le village de Deir Samit, dans la région de Doura, au sud de Hébron, était fameux pour ses coussins ; la réputation de Beit Jallah sétendait au loin pour la richesse de ses qabbeh et de ses taqsireh (panneaux frontaux et gilets royaux). Les cours et les places de Majdal (lancienne et la moderne Ashkelon) et de Gaza, et jusquaux plages dAshdod se couvraient en été de tissages teints de frais.

Il fallait donc sélectionner un exemple de chaque région, si possible de chaque village, dans loptique dun idéal ethnographique où la femme brode son propre nom sur sa robe. La jeune fille palestinienne apprenait en effet à broder dès son plus jeune âge et commençait vers treize ou quatorze ans à constituer son trousseau, aidée en cela des femmes de sa famille. Elle pouvait en outre acheter des fragments de broderies (entre autres des qabbeh frontaux) à dautres femmes du village, ou bien recycler des panneaux arrières portés par sa grand-mère. Chez les chrétiens, ce genre de trouvailles est nettement plus rare : en effet, soit la femme avait abandonné le rituel et vendu ces pièces de son vivant, soit elle était enterrée avec son costume de cérémonie, bagues, or, bijoux, chapeau dargent et dor selon un rituel ancien dinspiration byzantine.

Kleidman visitait tous les villages et camps de réfugiés, Gaza, Rafiah, tous les marchés bédouins. Chaque mardi, il se rendait à laurore en Vieille Ville où dès cinq heures du matin, les femmes des environs vendaient leurs broderies aux marchands locaux. Il sélectionnait les pièces selon loriginalité de leur composition, la finesse du travail et la pureté des couleurs naturelles ainsi que selon lancienneté des matériaux (lin, soie, coton, fils dor et dargent) afin de collectionner ces robes aux teintes subtiles très poétiques, passant de lambre aux bruns et aux beiges, du jaune safran au rouge cochenille.

On trouve dailleurs davantage d optic art dans les costumes bédouins, frôlant le cinétisme pur. Lobsession de ce travail sur un losange répétitif naît du mouvement des triangles et de ces losanges formant des tétraèdres. Cette harmonieuse symétrie se trouve parfois altérée par des éléments étrangers au niveau de la forme, de la couleur et de la composition, poétisant de la sorte une perfection détruite . Selon lexpert en art islamique de Sotheby, certains panneaux frontaux ou arrière de ces costumes évoquent étrangement labstraction dun Paul Klee ou le cinétisme dun Vasarely.

Pour E. Kleidman, dans cet univers sans ornements, le harnachement du chameau et le costume de la femme représentent des monuments où chaque instant de la vie est retracé par une marque, un signe, une couleur spécifique (étoile de Ramallah ou étoile de Salomon, pis de chèvre, fourche, oeil de laigle, cyprès renversé). Ces couleurs si éclatantes dans les tissus des robes, chapeaux, ceintures, châles, vestes et manteaux, lor et largent qui les recouvrent, portés par lêtre aimé et par le vaisseau du désert , constituent le défi de lart de la main face à cette nature métaphysique et mélancolique.

Les dessins de la broderie sont abstraits et géométriques, alliés à une harmonie dart optique cinétique perpétuant la spécificité dun art nomadique. Dans cette étroite bande de terre qui prolonge le Rif africain, cette géométrie est réaction à lart assyrien et à lart égyptien antique, cest limage dun art biblique monothéiste, répondant de manière libre et créative aux interdits de la loi mosaïque, religion dAbraham, religion de lislam aussi, qui enjoint de ne pas représenter la figure humaine ni même tout être vivant.

En 1977, Kleidman, sinstallant en Israël, alla habiter en Vieille Ville, dans une chambrette sur le toit dune maison appartenant à la famille Sandouka, turque dorigine. Tout en étudiant lhébreu dans la journée dichotomie pouvant paraître alors ou même encore aujourdhui passablement incongrue il gagnait sa vie en donnant des cours de français et de dessin dans ce quartier populaire de Bab el-Amoud, proche de la Porte de Damas. Il exécutait souvent les portraits des petites gens du quartier aux heures un peu magiques de la nuit, à la lueur des lampes à pétrole de la boutique. Cest là quil eut ses premiers contacts avec une communauté sénégalaise musulmane arrivée au début du siècle, sans doute descendante desclaves islamisés et qui vivait au bas du mont du Temple, près du Souk el-Kattani. Cette communauté avait pour particularité de sêtre choisie pour chef un ancien boxeur dont la femme,
mi-arabe mi-colombienne, disait la bonne aventure aux gens du quartier ! A cette époque, Kleidman se rendait acquéreur de costumes mais aussi doutils dartisans et de fermiers liés à la vie du peuple palestinien.

Toute la littérature spécialisée sur ce thème, et en particulier louvrage de Jeanne Join sur les coutumes de Naplouse datant de la fin du XIXe siècle, traitent sous un angle orientaliste du folklore palestinien en le mettant en regard avec la vie des prophètes aux temps bibliques. Tout comme Boris Schatz faisant venir à Betsalel des modèles yéménites déguisés en Bédouins, il est possible que dans linconscient de cette société israélienne dépourvue de classe paysanne, cette image corresponde au passé biblique et aux temps prophétiques. Les ethnographes sefforçaient alors détablir un parallèle systématique entre la vie quotidienne dAbraham et celle du fellah. Cette présence terrienne et nomade du fellah bergers, laboureurs entre oliviers et vignes, femme nomade levée dès laube pour cuire ses galettes nexiste dailleurs plus aujourdhui en Israël.

Bien quappartenant à des fellahs, ces items sont dorigine nomade : lhistoire palestinienne toute entière porte dailleurs en arrière-plan la marque de cette influence nomade ressurgissant il y a à peine quelques décennies avec les conflits qui opposaient deux tribus nomades de la région.

E. Kleidman se dit en outre influencé par lorigine berbéro-portugaise de sa grand-mère paternelle, une Azawey, dont le nom signifie tresseur de corde , tout comme par celle de la tribu judéo-berbère Amzalak dont les membres portent des noms de métiers.

Lors dun séjour de six mois en 1979 dans la tribu tarabine de Noueba dont il connaissait le sheikh Suleiman, il se rendit compte quà lépoque, les objets quil recherchait ne se retrouvaient déjà plus dans la vie quotidienne, les originaux étant passés aux mains des marchands. Cest alors quil se rendit au minuscule village de Sheih Zouayé dans le désert, marché de tous les Bédouins du Sinaï et du Neguev, foire aux bestiaux et aux bijoux, aux moutons et aux chèvres. Les femmes, souvent de petite taille, y arrivent à pied dans la dense brume matinale, entièrement habillées de noir, silhouettes fantomatiques au burga, ce voile alourdi de trois bandes dor et dargent, qui se balance comme une trompe déléphant. Arrivées au marché après des marches harassantes, elles seffondrent sur place, leur ballot sur la tête, pour vendre des pièces de leur trousseau et aussi de lartisanat. Parmi ces babioles, ces fanfreluches, on peut trouver la pièce rare, parfois partiellement recyclée .

Il lui arriva à lépoque une des mésaventures qui parsèment ce type de recherche acharnée de lobjet rare : ayant trouvé un bât de selle en cuir dépoque, il alla à Eilat chercher largent nécessaire à cette acquisition. Entre-temps, le Bédouin à la garde duquel lobjet avait été confié au cours de la transaction était parti près de Rafiah, dans un camp de réfugiés, et Kleidman finit par se faire arrêter par la police israélienne à Djebaliya, au nord de Gaza. Tout comme en Egypte, lindustrie de la contrefaçon est florissante, et par ailleurs des sociétés locales caritatives produisent des items (vestes, sacs, coussins, miroirs entourés de broderies) nayant plus rien à voir avec la tradition palestinienne et fabriqués à partir de tissu synthétique, de coton égyptien, de fils DMC brodés sans foi ni loi . Ces broderies nouvelles sont au besoin trempées dans des teintures pourpre pour en camoufler les défauts, tout comme on noircissait à lindigo les robes des veuves auxquelles le port de la couleur était interdit.

Emmanuel Kleidman fut un jour trompé par un vendeur peu délicat qui lui proposa une pièce non authentique, un item mentionné dans le premier catalogue de Kalfon Stielman édité en 1981 pour lexposition de Santa Fe au Nouveau Mexique : un chapeau Wuqaat derahim, littéralement lourd dargent , travaillé avec 5000 pièces dargent. Un exemplaire de cet item figure au British Museum, et un autre au Musée de Pittsburg. Sheilag Weill, qui avait composé une brochure sur cette coiffe de mariage en Palestine, en retrouve la trace dans onze villages dont elle fournit la liste dans les collines entourant Hébron. Ce chapeau était porté par la mariée au premier jour du mariage, lorsquentièrement recouverte dun voile, elle quittait la maison de son père pour traverser le village à dos de chameau et rejoindre la demeure de son époux. Elle portait sur ce voile le manteau paternel et une couronne de plumes dautruche. Dans lachat de la femme par le mari, la coiffe représente une partie de largent déposé entre les mains du père, et la nouvelle mariée a tout juste le temps de coudre les pièces sur la coiffe.

Seule la mariée, explique Kleidman, avait le privilège de voir ce mythique Wuqaat derahim. Seule elle passait devant la foule, telle un spectre invisible et couronné. Dans ces onze villages qui se partageaient la crête des collines autour de Hebron, les chefs gardaient pour le mariage dune des leurs une coiffe tressée dargent que le clan conservait depuis toujours. Ce chapeau, quon ne retrouve nulle part en Palestine ni en Syrie, et dont lorigine bédouine, nomade, ne fait aucun doute de par les amulettes qui ornent ses côtés, a un aspect guerrier, barbare, et une ancienneté qui traverse le temps. Des pièces trouées (et donc dénuées de valeur numismatique) sont cousues sur cette coiffe qui sert de coffre-fort, une coiffe littéralement lourde dargent . Un marchand proposa donc à Kleidman lun de ces chapeaux rarissimes , en fait fabriqué à partir de photos. Quelques jours plus tard, un ami collectionneur claironnait son acquisition dun chapeau en tous points identique. En auscultant les coutures de la coiffe, les deux spécialistes saperçurent quelles étaient trop récentes pour être honnêtes...

Cette tromperie se révéla dautant plus cuisante que les pièces employées sont souvent des pièces dor, à leffigie de Marie-Thérèse dAutriche et de laigle bicéphale. Il se trouve que la grand-mère dEmmanuel Kleidman possédait un Marie-Thérèse en or serti, avec une inscription en italien signée du Négus et remerciant le grand oncle du collectionneur, le frère de sa grand-mère, de son travail de frappeur de monnaie. Le Marie-Thérèse date du XVIIIe siècle et provient dAutriche-Hongrie. Lorsque le Négus décida de changer la monnaie nationale, il décida purement et simplement, en toute illégalité numismatique, de choisir le Marie-Thérèse (qui navait plus cours en Autriche). Ce sont les mêmes pièces, quon retrouve partout dans la région et qui proviennent donc dEthiopie, que Kleidman devait retrouver sur ces fameuses coiffes ! On trouve dailleurs également sur ces coiffes des pièces espagnoles du XVIIe ou même du XVIe siècle, ducats et doublons, ainsi que des pièces dor datant de lempire ottoman, avec une citation du Coran évoquant le nom dAllah... tout comme il peut se glisser des pièces plaquées or, lorsque certains pères exigent des sommes trop considérables...

Dans son catalogue Pracht und Geheimnis, la collectionneuse Widad Kawar fait figurer une autre coiffe non authentique, quelle a exposée à lInstitut du Monde arabe de Paris en toute connaissance de cause apparemment, de telles pièces étant aujourdhui parmi les plus rares de lart vestimentaire palestinien.

Dès les années quatre-vingt, ce travail de recherche entrepris par E. Kleidman allait se parachevant dans cette collection rassemblant des échantillons des items les plus importants, de la Galilée au Sinaï, avec les spécificités des diverses régions (Ashdod, Yaffo, Yazouz, Beit Dajan, plaine côtière, Tibériade, Galilée, Samarie, Ramallah, Bethléem, Jérusalem, Hébron, Beersheva, plaine du sud de Faloudjé et Machdal vers la mer Morte...)

Rafi Magnes a photographié les items de cette collection pour en préparer le matériel iconographique. Myra Reich, responsable du département dArt à la Bibliothèque nationale de Jérusalem, passionnée dart palestinien, avait contribué au descriptif ethnographique en anglais.

Le jour de Noël 1986, souvrait au Musée dIsraël une exposition largement médiatisée sur lart de la broderie de Bethléem, avec son point couché permettant des dessins darabesques. Par ailleurs, Orna Goren, Israélienne ayant vécu avec les Djébeliah du Sinaï, devait fonder à laide de cette tribu le seul musée bédouin en plein air, situé dans lenceinte même du clan. Après les accords de Camp David, elle sest installée au kibboutz Lahav où elle a fondé le Musée bédouin dIsraël.

Lexposition du Musée de lislam a incontestablement suscité un regain dintérêt pour lart populaire palestinien.

*Les citations dE. Kleidman sont extraites du scénario de son film ethnographique sur la cérémonie de mariage dans les monts de Hébron.


Pierrette Missika, née en Algérie et docteur ès-lettres, vit à Jérusalem depuis 1966. Traductrice chevronnée de poésie hébraïque et anglaise, et critique littéraire, elle collabore depuis plusieurs années à lédition française du Jerusalem Post.