LogoAlt
 
MFAFR     1990_1999     1999     Sep     Shmuel Yossef Agnon - Une correspondance inedite a

Shmuel Yossef Agnon - Une correspondance inedite avec Dov Sadan

6 Sep 1999
 Revue israélienne des arts et des lettres - 1998/107-8
 EDITORIAL | AMICHAI | RENAISSANCE | RABIN | PAYSAGE | INDEPENDENCE |
 LIT.HEBREU | DRAPEAU | SCULPTURE | SHAMIR | MADABA | GOURI | ETRES |
 AGNON | PHOTOS | APPELFELD | BEZALEL | NASSER | MODE | LIVRES
 
  Une correspondance inédite avec Dov Sadan

Shmuel Yossef Agnon

Shmuel Yossef Agnon (plus connu sous le nom de Shaï acronyme de ses prénoms Agnon, 1888-1970) figure centrale de la littérature hébraïque moderne, eut sur cette dernière un impact qui perdure jusquaujourdhui. Né Samuel Josef Czaczkes à Buczacz, en Galicie, il émigra en Palestine en 1907 et vécut presque toute sa vie dans le quartier hiérosolymitain de Talpiot. Il obtint le Prix Nobel de littérature en 1966.

Dov Sadan (né Stock, 1909-1989), éminent spécialiste de la littérature hébraïque et yiddishe, né à Brody (Galicie), sinstalla en Palestine en 1925. Membre de la rédaction du quotidien Davar, il collabora à la maison dédition Am Oved. En 1932, il fut quatre mois durant le secrétaire particulier de Shaï Agnon, et de cet épisode naquit une amitié qui devait se poursuivre toute leur vie.

Nous publions ici des extraits inédits de leur correspondance, choisis et annotés par Emouna Yaron, la fille de Shaï Agnon.

 


 

Kfar Megged, Section (de la Torah) : Balak
Tammouz 5692 - mardi 12 juillet 1932

Cher et honoré ami M. Stock,

En toute justice, jeusse dû men retourner à Jérusalem et entamer mon travail. Mais la réorganisation de la maison na toujours pas pris fin, et je ny ai encore nulle place. Comme me lécrit ma très chère femme, les bâtisseurs y seront à loeuvre pour deux semaines de plus. Ami cher, ne soyez pas trop sévère à mon égard. Lorsque je reprendrai le chemin de Jérusalem, avec laide de Dieu, nous mettrons les bouchées doubles.

Pour le moment, je réside à Megged, doù je peux observer le pays tout entier épandu à mes pieds. Quelle beauté en ce lieu ! Je le dévore des yeux. Lair y est frais, le soleil délicieux. Autre chose, M. Bialik ma fait venir à Tel-Aviv, et my a donné mille preuves daffection, et sa main na pas lâché la mienne. Pour finir il ma donné son commentaire du traité michnaïque Zeraim, à la tête duquel il a inscrit un charmant petit poème1.

Durant quelques jours, je me suis trouvé tout ébranlé. Un monceau de lettres mattendait. Jai répondu en fin de compte à quelques-unes dentre elles. Il me faut me rendre jeudi soir à Petach Tikva. Ces messieurs les écrivains, et à leur tête M. Bialik, mont chargé de dire de mes récits à leur sauterie. Par civilité jai accepté, mais ma conscience me le reproche déjà. Jai une jolie petite parabole à ce sujet, mais derechef, ne puis la coucher sur le papier - toujours par civilité.

Paix et bénédiction sur vous,

Shaï Agnon
Tel-Aviv, Sivan 5692

1 La dédicade de Bialik porte linscription suivante :

Ni subtil ni érudit
je suis un vieux gaga
auteur dun commentaire de la Michna
concis mais précis
pour mon petit.

 


 

Fin de lan 5696 - septembre 1936

Ami très cher,

Je vous remercie des deux choses ainsi que des extraits que vous mavez envoyés à ce jour. A propos, quel est ce supplément pour enfants, de quelle publication relève-t-il et où paraît-il ? Et quel est ce journal Blau Weiss ? Je suis totalement in ignorantia, alors que je fus naguère un expert en matière de revues ou à tout le moins de leurs titres.

Pour ce qui touche à mon ouvrage sur les Jours redoutables, il se révèle bien plus vaste que je ne lavais imaginé au départ. Jy travaille seize heures par jour. Je traite à présent du service du Temple1. Léminent érudit, le Dr Bialoblutzky2, mapporte son aide en la matière. Bialik (quil repose en paix) sétait grandement facilité la tâche en effaçant ce quil nétait pas nécessaire deffacer. Jen sais les raisons3. En y travaillant, jai constaté que toutes les sources de louvrage Hemdat Haïm étaient prises dautres ouvrages. En outre, dans la plupart des cas, la source est mille fois supérieure à son plagiat. Ce qui était un concept à lorigine se transforme dans Hemdat Haïm en un prêche moralisateur combiné à de la pédanterie sefarade4.

Mon travail compte un millier de pages manuscrites écrites serré, et ce nen est là que la moitié. Jai effacé toutes les parties qui traitent de la repentance et de la prière, mais mon éditeur nest toujours pas satisfait, et je serais déçu de devoir encore supprimer une cinquantaine de pages. En attendant je travaille comme un esclave. Le sujet mintéresse. Quy faire? Et en même temps le désir décrire une nouvelle histoire me poigne chaque jour. Hier, après un travail antérieur qui avait duré de quinze heures trente jusquà treize heures le lendemain, je mis de côté Les Jours redoutables et commençai à copier un chapitre de mon ouvrage Début et fin5 pour Davar. Entretemps survinrent des invités, précisément alors que je menfonçais au coeur de la tâche. Ensuite jai dû composer pour un ami un poème à loccasion dune bar-mitsva. Enfin jai dû me précipiter à Mea Shearim pour y chercher des ouvrages hassidiques. On vendait les livres du saint Rabbi David Biderman (de mémoire bénie)6, dont le fils, le rav Pinhas, est malade. (Entre nous, ne le racontez à âme qui vive, je me suis inspiré de lui pour le personnage de Rabbi Zangwill, le fils de saints parents7. Que Dieu laide, car il est malade mental et cest pour moi un ami très cher). Il est maintenant plus dune heure ce mardi, et après avoir travaillé un demi-journée, toute la nuit et encore une demi-journée, jai dû examiner toute une pile de manuscrits de Habad. Or je ne possède pas de lumières particulières en la matière, et je me suis toute ma vie bien gardé de ne pas me pencher sur leurs ouvrages - mais nécessité fait loi. Et cest ainsi que jai tenu plusieurs heures grâce à deux forts caouas et jai examiné, scruté et trouvé une partie du matériel imprimé, etc., et je ne métendrai pas davantage.

Je ne sais du chapitre que jai commencé à recopier sil conviendra pour Davar, compte tenu de son caractère moral. Je ne sais pas ce qui se passe en moi. Je ne domine pas mes paroles, ce sont les paroles qui me dominent. Je ne jugule pas ma création et mon instinct créateur ma abandonné.

Jaurais à présent grand besoin de parler avec un ami avisé pour élever un peu le débat et autres discours. On frappe à la porte. Oï, des visiteurs arrivent.

Chalom chalom chalom

Shaï

Aucun de mes deux stylos nécrit correctement. Je me console en me disant que dans vingt-deux ans jaurai soixante-dix ans et lon célébrera sans doute cet anniversaire, et je me réjouis déjà à lidée quon moffrira alors un stylo sûrement meilleur que celui que jai actuellement. Quen pensez-vous ?

1 Service des prêtres au Temple de Jérusalem

2 Le rabbin Shmuel Shraga Bialoblutzky (né en Lithuanie en 1891 et mort à Tel-Aviv en 1960) immigra en Erets-Israël après larrivée dHitler au pouvoir. A la création de luniversité Bar Ilan, il fut nommé à la tête du département détudes talmudiques.

3 Dans une lettre de 1929 à léditeur Zalman Schoken, où il parle de la composition douvrages de moussar à son époque, Shaï Agnon écrit : "..voilà la situation en ce qui concerne le domaine de la Aggada (légende). Il est difficile décrire à notre époque un nouveau livre de légendes après louvrage de Bialik et Ravnitzky, quelles que soient ses qualités intrinsèques. Je constate que chaque chose demande une vie de travail, exige quon se consacre entièrement à un unique projet, et cest seulement alors quon peut atteindre la plénitude."

4 Hemdat Haïm était lun des ouvrages préférés de Shaï Agnon.

5 Début et fin était le titre quAgnon avait dabord lintention de donner à son roman Temol Shilshom, paru en 1945 et traduit en français sous le titre Le Chien Balak, 1970.

6 Le rav David Zvi Shlomo Biderman (né à Lalov en 1844, mort à Jérusalem en 1918) arriva tout jeune en Palestine et y devint un grand dirigeant hassidique. Brillant érudit, il simpliqua en outre dans les affaires publiques. Les Maisons de Varsovie sont enregistrées comme les maisons de Biderman.

7 Rabbi Zangwill, le fils de saints parents, est lun des patients de lhôpital du Docteur Langsam dans Sippour pachout.

 


 

Talpiot, Jérusalem
Vendredi veille du chabbat
22 Tammouz 5698 - 1er juillet 1938 Section Houkat

Mon cher M. Stock,

Vous voulez donc me priver du simple plaisir que tire tout lecteur respectable dun bon livre, et me transformer volens nolens en critique, en portant un jugement sur votre ouvrage, mais jai déjoué vos desseins en lisant votre livre un chabbat et en ne moccupant pas de critique et ne lisant que pour mon plaisir. Et mon plaisir fut effectivement immense à cette évocation des lieux de votre enfance. Bref, jai lu page après page sans sauter une ligne. (Lorsque vous viendrez me voir, je vous montrerai que jai même corrigé quelques-unes des très nombreuses coquilles. Jai procédé de la sorte pour les quatre premiers chapitres que jai lus avant chabbat, et les derniers que jai lus après la fin du chabbat)1. Si je réitère les compliments que je vous avais adressés dans ma première lettre, vous allez me redemander des critiques, fustigez-moi donc, me direz-vous, bref, donnez-moi, me direz-vous, ce que cet homme-là - autrement dit moi - ne peut donner. Dautant que jai trouvé dans votre ouvrage quelque chose de neuf dans notre littérature narrative - des êtres de chair et de sang. Vous nignorez pas que la plupart de nos auteurs nont pas le don de donner vie à des personnages. Certains ouvrages sont le fait de teneurs de livres qui sobstinent à écrire des récits ; dautres sont des articles ratés mais pas des récits. Lorsque je veux réunir un minyan de tous les figures de notre littérature, je nen trouve même pas dix. Deux ou trois de nos écrivains ont réussi à créer des personnages (peu nombreux) mais le reste de nos gens de lettres et collègues ne sont que faiseurs de commentaires. Leurs remarques ont parfois une tournure poétique, mais ces expressions poétiques ne sont pas de lordre du faisons lhomme... comme il est dit dans ce passage de Genèse I, 26 dont le Midrash affirme quil signifie que lhomme avait déjà été créé2. Ce nest pas le cas ici, car je vois vos personnages et jentends leur conversation , je pourrais même dépeindre par moi-même quelques situations que vous navez pas évoquées. Cest là la force dun personnage véritable, même si lauteur ne révèle pas tous ses actes. Autre chose est à mettre à votre crédit : latmosphère de réalité dans lequel se meuvent ces personnages. Mais (et voilà la critique, alors que je nen avais pas lintention, car je ne suis pas critique de nature, si une chose est belle à mes yeux, je men réjouis, et sinon, je dis avec le psalmiste : Tous ils ont dévié...personne ne fait le bien, pas même un seul 3). Parfois, la langue nest pas appropriée aux actions décrites, et parfois, vous navez pas évité des éléments superflus et un ton badin qui entravent la lecture et se révèlent peu satisfaisants pour le lecteur. Quant aux erreurs historiques comme celle qui consiste à prendre le rav Hillel pour Rabbi Shimon bar Rabbi Akiva Yossef, son beau-fils, je ne vous en tiens aucun grief.

[Suivent quelques critiques du contenu de louvrage, (NdR)]

Ami cher, jai commencé par des compliments pour finir par le dénigrement. Ne voyez dans ma critique que le très grand plaisir que vous mavez procuré avec votre livre. Je me félicite que vous ayiez réussi à composer ce délicieux ouvrage - puissiez-vous lui en ajouter bien dautres.

A vous, avec mes sincères félicitations,

Shaï Agnon

 

Afin de ne pas dissimuler mes actes à un ami (tout à fait entre nous, mais vous pouvez lannoncer à Berl Katznelson4, je tiens au contraire à ce quil le sache) cela fait plusieurs mois que jai entrepris décrire mon magnum opus5 dont ma compagne (quelle vive longtemps) ma déjà copié 173 pages, soit le tiers de louvrage. Le livre déroule la chronique de lépoque qui suivit les troubles de 1929 (les émeutes arabes en Palestine, NdR), et avec laide de Dieu, je le parachèverai, au mieux il faut lespérer, avant Ticha BeAv6. Cest la raison pour laquelle jy consacre jours et nuits, et je ne minterromps même pas pour lire une lettre - mais je me rends en ville pour quon my voie oisif et que lon ne me jette pas le mauvais oeil, à Dieu ne plaise.

1 Les Juifs orthodoxes nécrivent pas le chabbat.

2 Selon le traité Bereshit Rabba , chapitre cinq.

3 Psaume 53, 4.

4 Leader travailliste et rédacteur en chef de Davar.

5 Oreah Nata laloun., paru en 1939 et traduit en français sous le titre Lhôte de passage, 1972.

6 Neuvième jour du mois dAv, qui vit, selon la tradition, la destruction des deux Temples. Il est marqué par le jeûne et la prière.

 


 

Ashkelon 13 Shevat 5718 - lundi 3 février 1958 Section Yitro

Mon cher ami M. Sadan,

Vous avez peut-être entendu dire que je me suis installé pour quelques mois dhiver dans le quartier dAfridar à Ashkelon. Lendroit est fort plaisant, le climat clément, la mer immense et personne ne my importune. Mais je suis dérangé par mille choses diverses qui viennent troubler mon repos. Sy ajoute ma maladie de coeur. Sy ajoute tout ce que je crois être dans lobligation daccomplir, comme ces huit jours où je me suis traîné à Hadera, à Pardess Hanna et à Tel-Aviv. A présent je suis de retour à Ashkelon où jai trouvé votre lettre contenant le récit Bilevav Yamim (Au coeur des jours) en traduction yiddish. Je vous suis profondément reconnaissant de ce splendide cadeau. Sans vous, je naurais même pas su que lon avait traduit ce récit en yiddish. Non seulement la rédaction ne ma pas envoyé un sou, mais elle ne ma même pas adressé un exemplaire de la publication. Bonne ou mauvaise, je nai pas lu la traduction. Qui est suspect de malversation peut être suspecté de négligence à louvrage.

Pour le quatre-vingtième anniversaire de Buber1, jai commencé à rédiger mes souvenirs le concernant. Après tout, je le connais depuis plus de quatre décennies, nous fûmes proches lun de lautre durant de nombreuses années et nous devions composer ensemble des livres, six en tout, sur les récits hassidiques. En cette époque actuelle de vogue des légendes hassidiques, je néprouve aucun désir de retourner à mon ouvrage, dont le manuscrit se trouve gardé dans une cave de fer2. En réalisant quen matière de souvenir, un souvenir en rappelle un autre, je les ai abandonnés en plein milieu pour jeter à la hâte sur le papier une espèce darticle sur Buber, mi-fleuri, mi-tout et rien3. Quoi quil en soit, jy touchais en passant à la littérature hassidique chez les Maskilim. Comme louvrage était urgent, larticle devant être publié à temps pour lanniversaire, je nai pu en corriger les épreuves ni même en faire la relecture. Aussi je le relis en esprit sur ma couche durant la nuit. Jespère quun jour jy reviendrai. Ce que jai laissé entendre sous
forme dallusion, sans létayer de preuves, je lécrirai alors explicitement, preuves à lappui. En attendant, mille choses menacent de mengloutir, moi, ma cervelle et mon coeur, et ne me laissent aucun repos. Cest là le châtiment dun conteur qui, la vieillesse venue, se tourne vers les choses de lesprit dont il sest tenu à lécart sa vie durant.

Jai encore bien des choses à vous écrire, mais pour ne pas que vous puissiez dire que cest pour ne pas laisser de blanc sur le papier, jarrête ici en vous disant chalom et meilleures pensées pour vous et les vôtres, quils soient bénis.

Votre ami Shaï Agnon.

Ma femme (quelle vive longtemps) vous fait ses amitiés.

Pour une raison connue de moi seul, je vous écris mon adresse ici et non sur lenveloppe. La voici : Shaï Agnon, Ashkelon, Afridar, Rehov Hatamar 5. Craignant que vous ne puissiez lire le nom de la rue, je men vais vous donner un signe : dans deux jours si Dieu veut, au quinzième jour du mois de Shevat (la fête du Nouvel An des arbres, NdR), lorsque vous bénirez les fruits et que vous savourerez entre autres la datte (en hébreu : tamar, NdR), vous saurez que le nom de la rue dans laquelle je réside est nommé daprès ce fruit. Si votre jouissance de ces dattes est si vive quelle ne vous laisse pas vous en souvenir, je men vais vous donner un autre signe. A la veille du chabbat, lorsque le chantre psalmodiera le verset le Juste sépanouira comme le dattier , vous vous souviendrez peut-être que je vis dans une rue nommé Tamar. Mais vous devez y ajouter un article, un heh (article en hébreu, mais aussi cinquième lettre de lalphabet, dont la valeur numérique est cinq, NdR) avant le nom de la rue pour obtenir le numéro de ma maison.

Je viens de recevoir à linstant même (en grand secret) la nouvelle que vous voilà récipiendaire du Prix de Holon. Puissiez-vous recevoir lan prochain le Prix dIsraël4.

1 Le philosophe Mordekhaï Martin Buber (né à Vienne en 1878, mort à Jérusalem en 1965). Agnon le rencontra en Allemagne en 1913, et jusquà la mort de Buber, les deux hommes demeurèrent en contact.

2 Il sagit du manuscrit des Récits du Baal Shem Tov qui devait former le premier volume de légendes hassidiques éditées conjointement par Agnon et Buber. Ce volume, qui devait paraître en 1924, fut détruit par le feu dans la maison paternelle dAgnon à Bad-Hombourg, en Allemagne. Il fut publié par Schoken en 1987, après la mort dAgnon.

3 Tout ce que vous devriez savoir sur Martin Buber et que vous ignorez . Le sous-titre : Pour Martin Buber en lhonneur de son quatre-vingtième anniversaire . Larticle fut publié le 7 août 1958 dans le quotidien Haaretz.

4 Dov Sadan devait recevoir le Prix dIsraël dans le domaine de la pensée juive dix ans plus tard, en 1968.

 


 

17 Shevat 5718 - 7 février 1958

A Shaï Agnon, paix et bénédiction,

A. Merci de votre lettre et de lajout de votre bénédiction dont je ne suis pas digne mais que votre propre mérite rend digne de se réaliser, et nous verrons si les juges la respectent. Par ailleurs, jai lu votre texte sur Buber, trouvant un immense plaisir à voir comment vous êtes arrivé à enfermer plusieurs chapitres de notre littérature en quelques articles. Je nai plus désormais besoin de métendre sur ces sujets, et il me suffira de citer vos paroles. Pour mériter mon salaire, je dirai quand même quil est impossible de se fier à larticle du rabbi Lifshitz à propos de Bik1, et quil est préférable de se ranger à lavis de la minorité (votum separatum)2 en matière dhérédité, selon Mendele.

B. En ce qui concerne Buber lui-même, je ne vois pas en lui, à mon profond regret, ce quy voient mes contemporains, et cet aveuglement mattriste au point de me rendre jaloux de tous ceux qui nen souffrent pas comme moi. Accablé de honte, je ne dirai rien - et même moins que rien - de lui. Son quatre-vingtième anniversaire nest pas loccasion rêvée pour soulever des controverses le concernant, et je crains que de nombreuses années ne se passent jusquà ce que jexpose publiquement ma pensée. Qui sait si alors le public aura gardé la même attitude envers lui. Cest là le sujet dune vaste discussion. Croyez-moi, il ne mest pas aisé de parler de la sorte. Cela fait quarante ans que ce phénomène me surprend.

C. Jai vu que vous aviez composé lintroduction de la traduction de Sippour pachout3. Jai écrit une postface et ce rav Israël London4 ne ma même pas envoyé confirmation. Vous avez on ne peut plus raison de vous élever contre ces pratiques éhontées touchant la traduction et labsence de payement - parfois pour la traduction elle-même.

D. Je suis très heureux que vous et madame Esther résidiez à Ashkelon, loin de la presse et des tracas, et je vous souhaite un plaisant repos.

Avec mes meilleures pensées pour vous et Esther de moi-même et de ma femme,

Cordialement,

Dov Sadan

1 Yaakov Shmuel Bik, né et mort à Brody (1772-1831).

2 Votum separatum : opinion dun individu ou dune minorité opposée à celle de la majorité.

3 Sippour pachout fut traduit en yiddish par Eliezer Rubinstein en 1958. On trouve dans cet ouvrage un portrait dAgnon par Aharon Zeitlin, une introduction dAgnon et une postface de Dov Sadan, le tout en yiddish.

4 Israël London était le propriétaire des publications Der Kval à New York.

 

Traduit de lhébreu par Colette Salem

 
 
E-mail to a friend
Print the article
Add to my bookmarks
Also available in
  English
  Spanish
   
 
   
 
     Hebrew     
 
Copyright ©2004 The State of Israel. All rights reserved   Terms of use   Use of cookies