Des militants partisans de la vie communautaire luttent pour préserver le caractère unique en son genre du village historique d'Ein Kerem.
Janet Mendelsohn Moshé
En descendant abruptement du mont Herzl dans une vallée aux versants aménagés en terrasses, on s'approche, plein de curiosité, du calme village d'Ein Kerem ( la source du vignoble ). L'histoire présente la Vierge Marie comme la visiteuse la plus importante d'Ein Kerem et, de nos jours, de nombreux touristes viennent sur ses traces. D'après l'Evangile, Marie quitta Nazareth pour rendre visite à sa cousine Elisabeth à Ein Kerem : Et lorsque Elisabeth entendit les salutations de Marie, le petit Jean sauta dans le ventre de sa mère et Elisabeth fut envahie par le Saint-Esprit. (Luc 1 :41)
L'église de la Visitation se dresse aujourd'hui sur l'emplacement supposé de la maison d'Elisabeth et de Zacharie. Un autre site important est l'église de Saint-Jean construite à la mémoire de Jean le Baptiste. L'église d'origine fut construite - pense-t-on - au IVe iècle ; l'édifice actuel date de 1674.
A Ein Kerem, la vie se déroule à un rythme plus lent qu'ailleurs. Les pèlerins marchent sans se presser dans des rues étroites, trop raides pour leurs cars de touristes. Une petite promenade paisible vers l'une ou l'autre église est en outre agrémentée par un paysage idyllique : la région est arrosée par la Source de Marie - baptisée ainsi en l'honneur de la visite de la Vierge - et remplie de fleurs, de vignes et d'oliviers. Des boutiques pittoresques, des restaurants et des galeries d'art parsèment le paysage, et les visiteurs peuvent observer les artistes peindre des tuiles en céramique, visiter les studios des sculpteurs locaux ou apprécier les expositions d'art inspirées par ce quartier serein. Au cours des cinq dernières années, Ein Kerem s'est développé pour desservir le tourisme aussi bien local qu'étranger, et est devenu une halte populaire, à l'écart du tourbillon d'activités de Jérusalem.
Sur les 420 familles vivant aujourd'hui à Ein Kerem, bon nombre sont des immigrants originaires du Yémen et du Maroc, qui s'installèrent dans le village en 1949. Les nouveaux habitants ont amoureusement restauré les vieilles maisons en pierre, et l'immobilier est aujourd'hui très prisé dans ce quartier. Mais tous les habitants - les anciens comme les nouveaux - s'attachent à protéger le caractère de leur village.
Pnina Ein-Mor, guide touristique et militante du village, vit à Ein Kerem depuis 1975. Elle utilise les talents d'organisatrice acquis dans l'armée israélienne en tant que lieutenant-colonel pour tenter de préserver l'atmosphère d'Ein Kerem et tenir à distance les bulldozers.
L'une des principales menaces qui pèse sur Ein Kerem réside dans un projet en cours de construction de plusieurs milliers de logements sur ces collines explique-t-elle, en balayant largement le paysage de son bras. Bien que personne ici ne veuille voir ces montagnes déboisées et mises en valeur, ce projet de construction est bien réel. Mme Ein-Mor affirme que si les plans sont appliqués, le village perdra irrémédiablement son charme.
Elue, il y a plusieurs années, présidente du Comité des habitants d'Ein Kerem, Mme Ein-Mor et ses soldats font campagne contre les autorités locales, le ministère de l'Intérieur et les promoteurs. Ils ont même présenté leurs propres solutions de rechange. Nous comprenons la nécessité de construire de nouveaux logements, alors nous avons dressé des plans qui prévoient et la construction et la préservation du site , explique-t-elle.
L'essentiel est que la beauté naturelle de la région soit préservée. Selon Mme Ein-Mor, l'un des moyens d'augmenter les revenus locaux consiste à développer ce qu'elle appelle le tourisme culturel . Le comité encourage les habitants du village à créer des chambres d'hôte attrayantes. Les touristes disent toujours que Ein Kerem leur rappelle la Toscane - peut-être devraient-ils dire que cette région d'Italie leur rappelle le village biblique d'Ein Kerem, ajoute-t-elle en riant.