Les sculptures de l'artiste David Gerstein, resplendissantes de couleurs vives et débordantes de mouvement et d'expression, sont exposées dans les principaux musées d'Israël ; elles ont été acquises par des municipalités, des universités et des grandes entreprises du monde entier.
Sarah Hershenson
Je n'ai jamais cherché à faire sourire les gens , déclare Gerstein. Je pense à mon art de façon très sérieuse. Ce sont peut-être mes yeux qui captent la vie, sous ses aspects humoristiques et ironiques, conférant à mon uvre cette note de bonheur.
Né en 1944, David Gerstein a étudié les beaux-arts à l'Académie Betsalel de Jérusalem, ainsi qu'à Paris, New York et Londres. J'ai débuté en tant que peintre , se souvient-il et comme je cherchais la manière de donner à mes tableaux une dimension supplémentaire, j'ai rendu ma vie un peu plus compliquée et je suis devenu sculpteur.
Les sculptures de Gerstein sont une combinaison de matériaux, de panneaux de métal ou d'aluminium intercalés dans des cartons et enduits de peintures Permacron brillantes utilisées dans l'industrie automobile. Ses uvres couvrent toute la gamme des choses qu'il connaît et aime. Une série de sculptures populaires - des vases remplis de fleurs - a poussé et, de plantes d'intérieur, sont devenues d'immenses bouquets d'extérieur, de trois mètres de hauteur. Commandés par la municipalité de Herzliya, et appelés l'île aux fleurs , ils bordent la route principale longeant la côte à l'est de la ville. Ses chats colorés, qui gambadent sur la colline du Chat le long du rivage de Herzliya, constituent une exposition permanente d'humour. La vache sculptée de Gerstein, dans le parc de la Vache à Raanana, est un hommage à son grand-père qui se consacrait à l'élevage dans les premières années de l'indépendance de l'Etat.
La vie en Israël était plus pastorale, lorsque j'étais enfant , se souvient Gerstein. Je suis né à Jérusalem dans un quartier situé près du mont Scopus, en 1944, une époque où la ville était encore peu développée. Ensuite, nous avons emménagé à Ramat Gan, près de Tel Aviv, une région plus urbanisée, et je pensais ne plus jamais habiter à Jérusalem. Mais l'instinct m'y a ramené et, aujourd'hui, je suis heureux de vivre avec ma famille dans le quartier de la Moshava guermanit (la colonie allemande) de Jérusalem ; mon studio se trouve à proximité, dans la zone industrielle de Talpiot.
Le studio de Gerstein est un lieu de travail bien organisé avec des scies, des lasers, des outils tranchants, des peintures et des coins de rangement. Ses uvres d'art représentent des silhouettes, généralement en métal. Les panneaux sont peints séparément, puis regroupés l'un derrière l'autre en utilisant des séparations de façon à constituer des objets tridimensionnels tenant tout seuls. Le passant rencontre des images perpétuellement changeantes, souvent totalement différentes vues de devant ou à l'arrière.
Je suis revenu à une phase centrée sur les 'personnes', commente Gerstein. Avant, mes personnages étaient toujours en mouvement - coureurs de marathon, cyclistes, danseurs. Maintenant, je travaille sur des personnages plus statiques mais qui attirent l'il de façon différente. Ils constituent essentiellement un autre aspect de la peinture tridimensionnelle.
Gerstein a conçu cette idée après avoir été sollicité par la société Kohlschein d'Allemagne, qui produit du carton, et lui a demandé de dessiner un panneau pour un salon commercial. C'était une gageure fascinante résultant du type de produit, de la contrainte imposée par l'espace limité et de la nécessité d'attirer l'il, rappelle-t-il. J'en suis arrivé à l'idée de créer des silhouettes représentant un public presque grandeur nature, chacune de 65 cm de hauteur, montrant la partie supérieure de la taille et fabriquées en partie avec des matériaux produits par cette société. Chaque silhouette, peinte séparément, était assise dans un stade semi-circulaire non couvert qui entourait le stand d'exposition .
Ce panneau a produit une forte impression. Après le salon, la société a accepté de vendre les pièces séparément et a fait don de l'argent à une uvre de bienfaisance du choix de Gerstein : AKIM, l'Association nationale pour l'insertion des handicapés mentaux.
Lorsque Gerstein a créé une uvre commandée par le Festival Israël 2000, il a décidé de représenter un autre public , composé cette fois de 250 silhouettes, dont les visages reflétaient un florilège de types israéliens. Ces silhouettes étaient, elles aussi, assises dans les parties découvertes d'un stade. Le projet, fabriqué et offert par Kohlschein, avait été acheminé gratuitement en Israël par El Al. Les visiteurs pouvaient acheter des pièces séparément. Cette fois, Gerstein a offert les sommes recueillies à ERAN, l'Association israélienne d'aide psychologique d'urgence par téléphone.
L'exposition était immense - 15m x 5m x 1m - et couvrait la quasi totalité d'un mur du foyer principal du théâtre de Jérusalem. Les silhouettes du 'public' ne souriaient pas et ne représentaient pas de belles personnes , commente Gerstein. Elles étaient symboliques - on peut même dire comme un profond miroir spirituel. D'observateur, le spectateur était transformé en observé. C'était merveilleux de voir les gens sourire seulement ou éclater de rire en retrouvant en retrouvant certains aspects d'eux-mêmes dans le 'public'. Les visages étaient anonymes - pas de lunettes, de moustaches ou de signes particuliers évoquant ainsi le caractère d'ERAN dont les bénévoles apportent dans le secret professionnel l'aide psychologique aux demandeurs qui n'ont pas non plus besoin de s'identifier.