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Sauver les Enfants

1 Dec 2000
 ISRAEL MAGAZINE-ON-WEB: Décembre 2000
 
     
Sauver les Enfants
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec l'autorisation du comité Habad des enfants de Tchernobyl
 

Les émissions nucléaires suscitées par le désastre de Tchernobyl, en 1986, continuent à mettre en péril la vie de plusieurs millions d'habitants de l'ex-Union soviétique. Un groupe de bénévoles apporte un nouvel espoir aux victimes oubliées.

Judy Siegel-Itzkovich

Pour les parents, éloigner un enfant tendrement aimé, même pour l'écarter d'un endroit dangereux, constitue un choix extrêmement difficile. Mais ce fut la décision sage et déterminante prise les familles des 2 000 enfants juifs de Tchernobyl emmenés en Israël, au cours de la décennie écoulée, par un groupe dévoué de hassidim de Habad, un mouvement religieux juif installé aux Etats-Unis et en Israël.

Ces enfants sont tous nés dans l'ex-Union soviétique avant ou après l'accident du réacteur nucléaire d'avril 1986. L'explosion a dégagé des radiations équivalant à environ 100 fois celles des bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki. Des particules radioactives sont retombées et ont été absorbées dans la terre par la pluie, et certains des isotopes (césium et strontium) sont aujourd'hui aussi puissants que lorsque l'accident s'est produit. Les scientifiques estiment que ces isotopes pourraient conserver leur force et même l'augmenter, contaminant ainsi l'environnement, durant une soixantaine d'années encore.

Tandis que de nouveaux désastres - naturels ou provoqués par l'homme - occupent la une, Tchernobyl est devenu, pour ainsi dire, de l'histoire ancienne, et le monde en est lentement arrivé à oublier ses victimes, considérant l'événement comme un désastre du passé .

Des hauts responsables des Nations unies admettent eux-mêmes aujourd'hui avoir agi trop peu et trop tard en ce qui concerne les répercussions humaines de la catastrophe nucléaire. Néanmoins, sur instruction du regretté Rabbi de Loubavitch, le rabbin Menachem Schneerson, une vaste entreprise de réinstallation des victimes de Tchernobyl fut lancée en 1990, dirigée par le rabbin Yossi Raichik. Le comité Habad des enfants de Tchernobyl (CHET), qui a son siège à Kfar Habad (près de Tel Aviv), a dernièrement accueilli le 2 001e enfant, et s'engage à évacuer et à réinstaller le 3 000e enfant d'ici l'an 2004.

Jay Litvin, chargé de la liaison médicale au CHET, explique que, du fait de leur croissance, les enfants sont particulièrement vulnérables aux maladies malignes qui entraînent, par leur mécanisme, une division rapide des cellules. En outre, plus les enfants demeurent dans les zones contaminées, plus ils deviennent malades et plus ils risquent de contracter un goitre, un cancer de la thyroïde, des troubles gastro- intestinaux et des anomalies de la lymphe ainsi que des maladies auto-immunes.

Une nouvelle étude surprenante, portant sur 1 080 enfants âgés de cinq à quinze ans et installés en Israël, montre pour la première fois que ceux qui sont nés après la catastrophe risquent davantage de contracter des maladies provoquées par les radiations que ceux qui étaient âgés de plus d'un an au moment de l'explosion. Jay Litvin, qui a personnellement effectué de nombreuses visites dans des orphelinats sans chauffage, sous-équipés et manquant de personnel dans les régions touchées, explique cette découverte par le fait que les nouveau-nés sont plus vulnérables aux radiations émises par les isotopes.

Mikhaïl Gechtin, dont les enfants Ira (aujourd'hui âgée de 22 ans) et Yvgueny (18 ans) participèrent à la première évacuation organisée il y a une dizaine d'années par le CHET, déclare qu'ils ont eu des problèmes médicaux mais se portent bien désormais et sont parfaitement intégrés dans la société. Habad les a sauvés, dit-il, sans les endoctriner ou leur imposer des contraintes religieuses. Ce fut très pénible pour moi de les faire partir, mais leur santé s'était tellement détériorée à Gomel que je craignais pour leurs vies , ajoute-t-il. Je ressentais moi-même dans mon corps les effets de la contamination de l'air, de l'eau, de la terre et de la nourriture. Je me suis installé par la suite en Israël, et j'ai eu le sentiment d'émerger de l'enfer.

La prise en charge de chaque enfant revenant à 15 000 dollars par an, Habad a collecté des fonds parmi ses propres membres, auprès des juifs du monde entier et même des non juifs - aussi bien le grand public que des célébrités, notamment l'acteur Jon Voight, couronné par un Oscar. Bien qu'ils soient hébergés directement à Kfar Habad, les enfants et les adolescents ne sont pas obligés de pratiquer la religion ; ils suivent une préparation au baccalauréat et reçoivent un enseignement supérieur laïc auquel les membres de la communauté de Habad, intéressés principalement par les études religieuses, n'ont pas accès.

Alors que l'entreprise d'évacuation et de réinstallation est destinée à la population juive, les émissaires du CHET, qui se rendent régulièrement dans les régions contaminées, consacrent l'essentiel de leur temps, de leurs efforts et des fonds, à aider les victimes ne sachant pas où aller. Par exemple, le cancer du sein fait des ravages parmi les femmes de la région, et le niveau des soins médicaux, qu'il s'agisse de la détection ou du traitement, est déplorable. Les petites filles qui ont été exposées aux radiations, maintenant des adolescentes, encourent un risque supérieur de contracter un cancer du sein au cours de leur vie, affirment les cancérologues. Le CHET a fourni un centre de mammographie entièrement équipé à Jitomir, et remettra bientôt un équipement de biopsie à aiguille pour dépister le cancer du sein, le tout premier du nord de l'Ukraine.

M. Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU, bien conscient des problèmes, intervient personnellement pour faire connaître le sort des victimes. Dans une brochure publiée dernièrement, M. Annan écrit : Tchernobyl est un mot que nous souhaiterions tous effacer de nos mémoires. Il [ouvre] dans l'esprit des gens une boîte de Pandore d'ennemis invisibles et d'anxiétés indicibles, mais que la plupart d'entre nous estiment désormais définitivement relégués dans le passé. Il existe cependant deux raisons impératives pour ne pas oublier cette tragédie... En premier lieu, si nous oublions Tchernobyl, nous augmentons pour l'avenir les risques d'autres désastres technologiques et écologiques de ce type. En second lieu, plus de sept millions d'êtres humains ne peuvent se permettre le luxe d'oublier. Ils souffrent encore, chaque jour, des conséquences de ce qui s'est produit il y a 14 ans. En fait, le legs de Tchernobyl demeurera avec nous et avec nos descendants pour les générations à venir .

 
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