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L-Apprentissage de la tolerance

1 Feb 2000
 ISRAEL MAGAZINE-ON-WEB: Février 2000
 
     
L'Apprentissage de la tolérance
 
 

 

 

 

 

 

 

Avec l'autorisation du Musée de la Lisière
 

Peut-on apprendre à respecter la culture et le mode de vie d'autrui ? Peut-on apprendre l'écoute d'opinions divergentes ? Pas de réponses tranchées à ces questions vieilles comme le monde, mais un musée dont le but est d'enseigner la compréhension, le dialogue et la coexistence, qui a ouvert ses portes en juillet dernier à Jérusalem.

Wendy Elliman

Pas d'objets rares ni d'expositions dans ce musée de Jérusalem, ce Musée de la Lisière plus conforme à l'éthymologie du mot : site des Muses - endroit où l'on musarde, qu'à son acception moderne. En premier lieu, le visiteur est frappé par le choix de l'emplacement : un bel édifice de quatre étages en pierres de Jérusalem connu sous le nom de Maison Tourjeman, où vivait une riche famille d'Arabes chrétiens avant d'être affecté aux réunions de la Commission israélo-jordanienne d'armistice en 1949, après la guerre d'Indépendance. Les pilonnages des forces armées pendant les hostilités de 1967 endommagèrent la façade ouvragée du bâtiment.

A l'arrêt des combats, la Maison Tourjeman se trouvait au cur de Jérusalem réunifiée et l'ancienne frontière israélo-jordanienne fut promue, avec quelque optimisme, au rang de  lisière  entre les deux parties de la ville. Au début des années quatre-vingt, l'édifice rénové devint un musée dans le sens traditionnel du terme, présentant photographies et objets évocateurs de l'état de la ville pendant les 19 années de division.

 Les négociations d'Oslo au début des années quatre-vingt-dix et le démarrage du processus de paix ont inspiré la décision de transformer ces lieux en un centre éducatif focalisé sur la paix, la coexistence et la tolérance , explique l'animateur Daniel Luria. Détail intéressant : l'un des principaux donateurs est une famille allemande non juive.

La première étape de l'itinéraire soigneusement planifié de la visite est l'extérieur de l'édifice, mitraillé par les balles - témoignage silencieux de la violence des combats. A l'intérieur, des extraits de la Déclaration d'indépendance de l'Etat d'Israël rappellent les engagements de ce pays à l'égalité et à la justice pour tous ses citoyens. L'exposition est animée par une première station multimédia : une présentation sur triple écran du caractère pluriculturel de la ville et de ses contrastes à tous les niveaux : croyances, gastronomie, cultes, culture profane, construction et démolition, suspicion réciproque et coexistence pacifique.

 

La visite se poursuit par une présentation conceptuelle du mur de béton qui divisa la ville pendant 19 ans et l'on voit les signaux de mise en garde  Halt ,  Border Ahead , qui ne manquaient pas d'attiser la curiosité des habitants des deux parties de la ville. Puis c'est la section intitulée  Ce n'est pas moi !  et ses images surgissant en flash sur l'écran : photos des attentats terroristes et des échauffourées qui ont ébranlé la sérénité des habitants de Jérusalem.  De toutes parts on s'efforce de se disculper, d'accuser les autres communautés de la ville; mais que faisons-nous personnellement pour l'éviter ? , demande Luria.

La confrontation avec la violence dans d'autres pays du monde se traduit par une section que le musée intitule  Connexions . Là, les solutions trouvées à des conflits historiques à Belfast, Sarajevo, Berlin ou Johannesbourg sont mentionnées à proximité d'une immense paroi peinte en noir et blanc.  Cet enfant n'est ni juif, ni chrétien, ni musulman, c'est tout simplement un bébé , dit une infirmière tenant dans ses bras un nouveau-né.

Dernière étape de la visite : la salle de la Tolérance, à laquelle on parvient en traversant un couloir dont les murs sont ponctués des pensées universelles de grands hommes du XXe siècle, notamment le Mahatma Ghandi et John Kennedy. Là, des enregistrements accompagnés de photos de dizaines de personnes de tous les bords - de gauche et de droite, des  laïcs  et des orthodoxes, femmes et hommes, s'entremêlent à des scènes croquées dans des jardins d'enfants.  Car écouter l'autre, cela s'apprend tout petit, dans le bac à sable du jardin,  précise Luria.

L'itinéraire s'achève sur le toit de l'édifice où apparaît dans toute sa dimension la réalité de cette mosaïque qu'est Jérusalem : un quartier ultra-orthodoxe jouxtant un quartier arabe, des villas côtoyant des immeubles délabrés, mais aussi des hôpitaux, des hôtels, des centres commerciaux, des parcs et des salles de concert, des centres communautaires et des campus universitaires, autant d'éléments qui cimentent les deux parties de la ville.

 Personne ne prétend que nous sommes tous les mêmes, les gens sont tous différents, ont des désirs, des convictions différentes. C'est le droit à la différence précisément qu'il faut légitimer et promouvoir, le droit de vivre aux côtés les uns des autres sans se sentir menacé, sans avoir à se tapir à l'arrière de murs en béton armé , conclut Daniel Luria.

 
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