Lémission de télévision Hahartsufim, version locale du Bébête Show français, est pour la deuxième fois dans les annales des candidatures israéliennes à cette distinction, arrivée en finale du concours des émissions en langue étrangère du EMMYS AWARD, la prestigieuse récompense annuelle de la télévision américaine (catégorie loisirs et variétés).
Simon Griver
Vu la sensibilité quelque peu exacerbée des Israéliens, il est pour le moins surprenant que les Hartsufim - satire on ne peut plus irrévérencieuse de la classe politique locale - soient parvenus à rallier autant de téléspectateurs.
Au cours des cinq dernières années, on ne compte plus les Israéliens rivés à leur télé à lheure de cette émission, produite 118 fois déjà et qui a entamé sa sixième année fin novembre 1999.
Certains adorent les Hartsufim, dautres les détestent , précise Moni Brosh, porte-parole de Tel-Ad et producteur de lémission sur la chaîne commerciale. Mais nous vivons dans un pays démocratique où les gens ont le droit dexprimer leurs critiques sur le mode railleur, même quand, pour certains esprits, elles dépassent les bornes.
Oscar Wilde disait quil y a pire que faire parler de soi : ne pas faire parler de soi. Si son adage date dun bon siècle, il na toutefois rien perdu de sa pertinence par les temps qui courent. Les hommes politiques et leurs partisans respectifs soffensent volontiers du traitement plutôt caustique qui leur est régulièrement réservé par les scénaristes de la série, mais ceux qui nont pas eu la chance davoir leur marionnette sur le petit écran se sentent plus humiliés encore.
Nous subissons plus de pressions pour créer de nouvelles marionnettes à leffigie de politiciens frustrés que de réactions à nos satires, fussent-elles mordantes , souligne Moni Brosh.
Autre aspect inattendu des Hartsufim : une enquête, menée il y a deux ans, a établi que les marionnettes les plus populaires de lémission étaient alors lex-premier ministre Benjamin Netanyahu et Yasser Arafat, président de lAutorité palestinienne. La série actuelle, inaugurée en novembre dernier, est dailleurs présentée aux téléspectateurs par un chur formé de toutes les marionnettes de lémission, dont celle dArafat, chantant un refrain au chauvinisme abouti sur les réalisations israéliennes au cours des cinquante années dindépendance.
Pour Brosh, les accusations selon lesquelles les responsables de lémission avaient une dent contre Netanyahu sont erronées. La nouvelle série sera tout aussi impitoyable à légard dEhoud Barak. Il est naturel que nos dards soient dirigés vers les membres du gouvernement plutôt que vers ceux de lopposition, puisque cest le gouvernement en place qui prend les décisions.
Les marionnettes de la nouvelle série népargnent aucune des principales personnalités de la scène politique israélienne, Arafat et le président Clinton compris. Une bonne affaire, côté business, puisque cinq marionnettes vont faire leurs débuts sur le petit écran, dont quatre ministres du récent gouvernement Barak et le président de la Knesset, Avraham Burg. Quant à Benjamin Netanyahu, retiré de la vie politique, il y fera des apparitions sporadiques. Avec lui, vont mourir de leur belle mort toutes les satires acerbes contre son épouse, Sarah.