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Fouilles archeologiques et anciennes secousses sismiques

1 Mar 2000
 ISRAEL MAGAZINE-ON-WEB: Mars 2000
 
     
Fouillés archéologiques et anciennes secousses sismiques
 
 

 

 

 

Avec l'autorisation de l'Institut Weizmann
 

Tremblements de terre et secousses sismiques du passé.

Daniella Ashkenazy

Alors que les géologues recueillent des informations sur les tremblements de terre qui se sont produits depuis le début du XXe siècle, il n'existe pratiquement pas de données fiables sur l'activité sismique antérieure. La découverte récente de deux failles en Israël, actives bien avant que les chercheurs modernes ne commencent à enregistrer systématiquement les séismes, est le résultat d'un hasard qui a contribué à résoudre bien des énigmes sur le passé et permettra, à l'avenir, d'améliorer les prévisions.

Au cours d'une visite effectuée récemment dans un site archéologique dans le Néguev, le professeur Emanuel Mazor, du Département de recherche sur les sciences de l'Environnement et de l'Energie à l'Institut Weizmann, a entendu parler des travaux d'André Korzhankov, un géologue russe chargé d'établir un relevé des dégâts provoqués par les tremblements de terre en Kirghizie. M. Korzhankov a défini 22 signes très parlants sur les dommages que les tremblements de terre sont susceptibles de causer aux bâtiments : par exemple, la direction et l'intensité des lézardes, la trajectoire et la distance des débris etc. Il a ensuite étalonné ces signes avec les données concernant l'épicentre, la direction et la magnitude enregistrées sur les appareils de contrôle au moment du séisme.

M. Mazor a déclaré qu'après avoir entendu parler des travaux de M. Korzhankov, les choses se sont soudainement mises en place. Les sites archéologiques sont, par nature, des archives sismiques permettant l'étude des tremblements de terre du passé. Jusqu'à présent, ce qui intéressait les archéologues, lorsqu'ils constataient des signes de tremblements de terre, c'était de savoir si le site avait été rasé par des envahisseurs ou par des forces naturelles.

En collaboration avec M. Alexandre Becker, un géologue du Centre scientifique Ramon, MM. Mazor et Korzhankov ont constaté qu'en étudiant les marques laissées par les tremblements de terre du passé dans les ruines archéologiques, les géologues pouvaient calculer la magnitude et localiser l'épicentre de tremblements de terre bien antérieurs au XXe siècle, voire ceux d'il y a 2000 ans.

L'approche novatrice de M. Korzhankov a été testée dans une série d'études réalisées dans les sites archéologiques du Néguev, notamment le site de la ville nabatéenne d'Avdat. Durant ses nombreuses visites en Israël, on a découvert les preuves que la ville d'Avdat avait été détruite par des tremblements de terre, non pas une seule fois comme on le pensait auparavant, mais à deux reprises : au cours du IVe siècle et à nouveau au VIIe siècle. La véritable surprise, cependant, fut la découverte de l'épicentre d'un des séismes.

Dans un édifice byzantin de l'antique ville de Shivta, l'équipe a trouvé par hasard, au pied de l'un des murs, une pierre mesurant 50 x 50 cm qui avait été déboîtée de 74 centimètres, et d'autres qui avaient pivoté sur place, ce qui indiquait une secousse brève et vigoureuse provoquée par un tremblement de terre. Sur un autre site voisin, sous l'effet du même tremblement de terre dévastateur datant du VIIe siècle, la clé de voûte de l'arche d'une église byzantine de la ville antique de Mamshit avait, en une fraction de seconde, glissé de plusieurs centimètres au moment où l'arche s'était entrouverte pour se retrouver à nouveau bloquée dans une position légèrement différente lorsque l'arche avait repris sa place. (Voir photo)

Après avoir étudié des centaines de traces de dégâts tout aussi parlants, ainsi que leur intensité, on a pu conclure que, contrairement aux autres séismes des IVe, VIIIe et XXe siècle, l'épicentre du grand tremblement de terre du VIIe siècle se trouvait plus près de chez nous, dans les montagnes du Néguev et non dans la Rift Valley, une importante ligne de faille partant du lac de Tibériade pour arriver jusqu'à Eilat en longeant la vallée du Jourdain et la mer Morte, considérée par les géologues comme responsable des tremblements de terre précédants dans le Néguev. On estimait jusqu'alors que les montagnes du Néguev étaient aussi solides et inébranlables que le Rocher de Gibraltar.

Cette nouvelle découverte a également démontré que la Rift Valley et les montagnes du Néguev non seulement n'appartiennent pas à deux système différents, mais en outre réagissent différemment aux pressions. La pression tectonique exercée sur la Rift Valley est atténuée par de nombreux tremblements de terre relativement peu importants, tandis que la pression accumulée dans les montagnes du Néguev tend à se libérer par une forte poussée unique enregistrée, entre autres signes, sur la clé de voûte.

Une seconde ligne de faille inconnue, examinée à peu près à l'époque où M. Mazor et son équipe inspectaient le Néguev, fit l'objet de travaux effectués par une équipe d'archéologie sous-marine de l'Université de Haïfa, placée sous la direction des professeurs Avner Raban du Centre Recanati d'Etudes maritimes et Kenneth Holum du département d'histoire de l'Université du Maryland. L'équipe a exploré l'ancien port de Césarée, situé à peu près à mi-chemin entre Tel Aviv et Haïfa. On savait déjà que la majeure partie du port, construit par Hérode entre les années 22 et 10 avant l'ère chrétienne, avait sombré dans le fond de la mer, mais les géologues avaient lié cet ensablement à d'autres facteurs, peut-être l'affaissement du port dans le sable au cours du temps. Les archéologues ont le sentiment que la cause fut plus soudaine et plus spectaculaire.

Au cours de la dernière campagne archéologique, les membres de l'équipe Raban-Holum recherchèrent des preuves irréfutables d'une activité sismique qu'ils trouvèrent sous la jetée nord. Lorsque les plongeurs creusèrent sous les fondations de la jetée, ils découvrirent le bord d'une faille où le soubassement s'était brisé et avait glissé trois mètres plus bas. On s'aperçut qu'il s'agissait d'une partie d'une ligne de faille submergée, parallèle à la côte, inconnue jusqu'alors des géologues. On sait aujourd'hui que cette faille, qui coupe en deux le bassin du port du nord au sud, est à l'origine d'au moins deux tremblements de terre, l'un datant de la fin du Ier siècle et l'autre du milieu du VIe siècle. Le second tremblement de terre renversa les deux tours qui se dressaient à l'entrée du port artificiel et sombrèrent à six mètres sous le fond de la mer.

Ces deux découvertes importantes ne présentent pas seulement un intérêt théorique. Alors qu'on ne peut prédire exactement le moment où les tremblements de terre surviendront, on admet qu'il y a de fortes probabilités pour qu'ils se reproduisent à nouveau là où ils se sont déjà produits par le passé. En conséquence, les professeurs Mazor et Raban estiment tous deux qu'une telle information sur les tremblements de terre et secousses du passé, recueillie grâce aux découvertes archéologiques, devrait être prise en considération par les planificateurs urbains et industriels.

Si le littoral est moins stable qu'on ne le pensait auparavant, les découvertes effectuées à Césarée, auront des incidences sur la construction au large, par exemple d'îles artificielles en face de Tel Aviv reliées à la terre ferme par une chaussée qui fait déjà l'objet d'un débat public. Et si ces propos semblent peu pertinents et l'inquiétude lointaine, le professeur Raban ajoute qu'à la suite d'un récent tremblement de terre survenu en Turquie, les rues le long de la plage à Sinachik - une station touristique - se sont enfoncées de six mètres.

 
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