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Maison ouverte- coeurs ouverts

1 Mar 2000
 ISRAEL MAGAZINE-ON-WEB: Mars 2000
 
     
Maison ouverte, coeurs ouverts
 
 

 

 

 

Avec l'autorisation de Bet Ashanti
 

Un projet, unique en son genre, donne une seconde chance aux adolescents victimes de violences.

Wendy Elliman

Les hélices d'un immense avion tournaient déjà lorsque la petite Rachel, âgée de neuf ans, s'est engouffrée à bord. C'était en mai 1991 et, en compagnie de sa mère, de son beau-père, de son frère et de ses surs, elle faisait partie des dizaines de milliers de juifs éthiopiens acheminés en Israël par avion, au cours d'une opération de sauvetage qui fit les grands titres dans le monde entier.

Pour Rachel cependant, ce sauvetage s'est avéré désespérément incomplet. Elle a commencé sa vie en Israël dans une caravane surpeuplée où elle a été victime de la frustration de son beau-père qui s'est mis à la maltraiter, d'abord physiquement puis sexuellement.

Quatre ans plus tard, Rachel s'est enfuie. Rattrapée et remise aux autorités, elle est placée dans un internat où elle est renvoyée chaque fois qu'elle s'enfuit. Au bout d'un certain temps, elle avait l'impression d'avoir la fugue pour seul talent. Elle ne parvenait ni à s'adapter, ni à se faire des amis, ni à apprendre. Elle se tenait elle-même en piètre estime et n'avait confiance ni en elle ni en personne.

C'est cette Rachel qui s'est présentée à notre porte, il y a deux ans, raconte Miriam Klein, la directrice de Bet Ashanti, une maison de Tel Aviv, unique en son genre, ouverte aux adolescents en détresse. Elle avait 16 ans et faisait des fugues depuis trois ans. Après avoir entendu parler de nous dans la rue, elle s'est présentée. Nous avons obtenu l'autorisation qu'elle reste.

Des histoires comme celle de Rachel sont monnaie courante à Bet Ashanti. En 16 ans d'existence, plus de dix mille jeunes, âgés de 14 à 21 ans, ont franchi ses portes ; certains restent quelques jours, d'autres y élisent domicile de façon permanente. Les méthodes très spécifiques de Bet Ashanti et le succès remarquable remporté auprès des adolescents en difficulté sont étudiés non seulement en Israël mais également par des chercheurs universitaires de pays aussi éloignés que le Mexique ou les Pays-Bas.

Mme Klein, elle-même victime de violences pendant son enfance, et son ami Dino Guershuni ont commencé à travailler simplement en ouvrant les portes de leur maison, le vendredi soir, à des adolescents perturbés qui étaient invités à partager leur repas. Certains exprimaient le désir de passer la nuit. Puis, une jeune fille a demandé à rester pendant une semaine. J'ai le sentiment d'être en paix ici a-t-elle dit.

Aujourd'hui, 25 à 35 jeunes y vivent en même temps. Bet Ashanti a évolué au fur et à mesure que nous estimions avoir la force de donner à d'autres adolescents explique M. Guershuni.

Créée au domicile familial de Miriam Klein et Dino Guershuni, Bet Ashanti conserve la structure familiale dans laquelle vit le couple qui élève ses trois enfants âgés de 14, 11 et 3 ans. Il n'y a pas d'horaires de travail ; tous deux sont présents à tout moment pour leurs pensionnaires. Nous présentons l'image de parents chaleureux, non autoritaires, auxquels des gosses rebelles à toute autorité peuvent s'adresser, ajoute M. Guershuni. Les travaux ménagers et le jardinage sont répartis entre les jeunes, et les règles réduites au minimum. Les trois règles principales sont les suivantes : pas de drogue, pas d'alcool, pas de violence.

Personne ne les enfreint précise Ruth, l'une des bénévoles de Bet Ashanti, bien que presque tous ceux qui arrivent ici soient de véritables problèmes ambulants. Ne sachant pas où aller, ils considèrent cet endroit comme un havre, une bouée de sauvetage. Ils ne vont pas d'eux-mêmes retourner à la dérive en enfreignant les règles.

Le cadre informel est un élément important de l'approche de Bet Ashanti qui déborde d'amour inconditionnel et diffuse une atmosphère familiale non conformiste. Des stars de la musique pop viennent leur rendre visite et parmi les bénévoles, un juge leur prépare le dîner le mercredi soir. Mais la sécurité et l'accueil favorable qu'ils reçoivent ne suffisent pas pour aider des enfants marqués et rejetés, issus de parents drogués, alcooliques et violents. La formation de Miriam Klein en psychodrame constitue à cet égard un élément précieux.

La thérapie par l'expression artistique est un puissant instrument de réinsertion explique-t-elle. Elle convient aux gosses de tous les milieux et permet à ces adolescents maltraités d'exprimer leur colère, leur frustration et leur souffrance. Par la suite, elle les aide également à renforcer leur ego et à améliorer l'image qu'ils ont d'eux-mêmes.

Les programmes des activités changent chaque après-midi : psychodrame, sculpture, peinture, musique, théâtre, danse ou art martial Capuera. La musicothérapie peut se présenter sous la forme d'une séance collective de jam-session à laquelle tous participent, peu importe comment. Les dessins, peintures et sculptures des jeunes décorent Bet Ashanti et font l'objet de débats.

Rachel a trouvé toute seule Bet Ashanti. Bon nombre d'adolescents sont adressés à ce filet de sécurité de la dernière chance par les tribunaux, la police et les travailleurs sociaux d'Israël. Mais ce n'est pas une institution publique. Du fait de ses conceptions et du type de ses interventions, elle ne peut être gérée selon les règles des établissements publics.

Tout jeune pris en charge par le gouvernement est handicapé par un dossier qui le suit toute sa vie, explique Miriam Klein. Pourquoi une jeune femme saine, réinsérée dans la société et cherchant un emploi devrait-elle révéler qu'elle a été violée depuis l'âge de dix ans ? Ce n'est pas la méthode de Bet Ashanti. Nous permettons à nos jeunes de refermer définitivement de tels chapitres de leur vie. Pour couvrir ses frais de fonctionnement, l'institution dépend entièrement de dons privés et de subventions.

Rachel se trouve toujours à Bet Ashanti, mais elle n'est plus l'adolescente rejetée arrivée il y a deux ans. Elle est devenue une jeune femme pleine d'entrain, saine physiquement et mentalement, animée d'une vision optimiste de la vie. Elle vient de terminer avec succès un stage de coiffure et - plus important encore à ses yeux - elle a commencé son service militaire dans Tsahal, en septembre dernier. L'armée m'a acceptée comme une Israélienne ordinaire, proclame-t-elle fièrement. Je fais enfin partie de ce pays.

 
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