Le professeur Mahmoud Abou Shakra, un spécialiste de médecine interne et de l'immunotolérance du tissu conjonctif, est également le premier médecin arabe israélien à devenir professeur.
Judy Siegel Itzkovich
Pour les étudiants arabes de l'Université Ben-Gourion, le professeur Abou Shakra représente un modèle. Mais il se souvient qu'il y a deux décennies, lorsqu'il étudiait la médecine à l'Université de Tel Aviv, il n'avait lui-même aucun modèle.
Les étudiants arabes viennent souvent me demander conseil, et j'essaie de leur en donner. Je leur précise sans ambages que, s'ils veulent suivre mes traces, ils doivent se consacrer entièrement à leurs études. Heureusement, je peux leur dire que cet effort est récompensé.
Né à Umm el-Fahm dans le nord du pays, Abou Shakra est titulaire d'une chaire de la faculté de médecine de l'Université Ben-Gourion du Néguev depuis l'année dernière. Il est heureux de déclarer qu'il n'a jamais subi la moindre discrimination ethnique, religieuse ou raciale et n'a jamais eu l'impression qu'il devait faire ses preuves davantage que ses collègues juifs.
Les patients viennent me voir de tout le pays. Je ne ressens aucune hostilité entre Arabes et Juifs. En tant que médecin, je ne fais aucune différence ethnique : chaque patient doit être bien traité.
Lui-même, sa femme et leurs trois enfants, âgés de neuf, six et deux ans, essaient de parler arabe à la maison, bien que les deux aînés étudient en hébreu à l'école du kibboutz Hazerim, puisqu'il n'y a pas d'école arabe à Béer Shéva. Le professeur, qui parle couramment l'hébreu, l'anglais et l'arabe, ajoute que sa famille n'est pas religieuse mais observe certaines traditions, cérémonies et fêtes. Les enfants, participent aux déguisements de Pourim de leurs camarades de classe et à l'allumage des bougies de Hanoukkah à l'école, mais ils comprennent que les fêtes juives ne sont pas les leurs.
Initialement, Abou Shakra avait l'intention de devenir ingénieur, mais la mort tragique et subite de sa mère par suite d'un arrêt cardiaque, à l'âge de 49 ans, modifia radicalement ses plans. Après avoir obtenu son diplôme de la faculté de médecine Sackler de l'Université de Tel Aviv, il emménagea à Béer Shéva pour un stage de perfectionnement, puis passa trois ans à Toronto pour se spécialiser en rhumatologie et dans l'érythème lupus systémique.
Parmi les nombreuses affections de l'immunotolérance, l'ELS affecte principalement les femmes, généralement à partir de l'âge de 30 ans. Comme dans les autres maladies de ce type, le corps identifie par erreur des cellules saines comme un tissu étranger et produit donc des anticorps qui les attaquent. On ne sait pas guérir cette maladie mal connue. Lorsqu'une personne est atteinte d'un lupus (ELS), c'est pour la vie, explique Abou Shakra. Mais, bien que la maladie puisse être mortelle si on ne la traite pas, il existe des soins et des remèdes qui permettent aux gens de vivre avec.
On assiste dans le monde entier à un intérêt soutenu pour les affections de l'immunotolérance et pour la santé des femmes ; la recherche du professeur Abou Shakra sur l'ELS combine les deux. Il y a plus de cinq ans, avec cinq autres rhumatologues, il a créé à l'hôpital Soroka de Béer Shéva un service spécialisé dans le lupus qui, espère-t-il, permettra par la suite de trouver un moyen de guérir l'ELS et d'autres maladies débilitantes de ce type, que ce soit par la thérapie génique ou par d'autres techniques.