Le premier immigrant éthiopien devenu médecin, le docteur Avraham Yitzhak a l'habitude de se singulariser.
Judy Siegel-Itzkovich
Après avoir passé près de neuf ans en Israël, Avraham Yitzhak a dernièrement obtenu son diplôme de la faculté de médecine de l'Université Ben-Gourion du Néguev à Béer Shéva ; il est le premier immigrant éthiopien à devenir docteur en médecine. Non seulement il parle l'hébreu à la perfection, mais encore il s'est placé parmi les dix meilleurs étudiants de sa promotion, et c'est lui qui a été prié de prononcer le discours d'adieu.
Extrêmement brillant, A. Yitzhak a obtenu son baccalauréat à Addis-Abeba à l'âge de 15 ans et, avant d'émigrer d'Ethiopie en 1991, il était le seul étudiant juif de la faculté de médecine de l'université de la capitale. Aujourd'hui âgé de 28 ans, le docteur Yitzhak arbore le grand sourire d'un homme arrivé à bon port, détenteur de l'assurance et de la confiance en soi qui font défaut à tant d'immigrants de fraîche date. Il est également père de famille, marié à Genet, une immigrante éthiopienne devenue assistante sociale, qui a donné naissance à leur deuxième enfant peu après la remise de son diplôme. Effectuant actuellement son internat à l'hôpital Soroka de Béer Shéva, il partira bientôt pour commencer son service militaire en tant que médecin. Il souhaite se spécialiser en médecine interne ou en chirurgie.
Le docteur Yitzhak est arrivé seul en Israël, trois semaines avant la fameuse Opération Salomon qui a acheminé 15 000 juifs éthiopiens par un gigantesque pont aérien ; il était le seul membre de sa famille à immigrer. Son père, un éducateur qui avait dirigé la section de l'ORT (Organization for Relief through Training) d'Addis-Abeba, et ses quatre frères et surs avaient dû quitter l'Ethiopie du fait de leurs activités antérieures en faveur d'Israël.
Avraham ayant entamé sa troisième année d'études à Addis-Abeba, son père lui rendit visite et les retrouvailles sur le campus furent émouvantes. Mais lorsque le gouvernement éthiopien - qui recherchait son père pour ses activités sionistes - eut vent de cette visite, il lui fut interdit d'emporter ses affaires et ses livres hors de la résidence universitaire ; il finit, avec les autorités aux trousses, par courir à l'ambassade d'Israël pour demander de l'aide.
Bien qu'aujourd'hui la médecine le captive, A. Yitzhak avait, en fait, été mis au défi par des amis de poser sa candidature à la faculté de médecine anglophone de l'université d'Addis-Abeba. J'ai passé les examens et j'ai réussi. Après avoir été admis en médecine, je me suis littéralement passionné pour la chose, et j'ai poursuivi mes études à la faculté pendant trois ans et demi raconte-t-il.
Cependant, ce qu'il avait appris à Addis-Abeba était purement théorique. Nous ne disposions ni des médicaments ni des équipements nécessaires pour appliquer ce qui était enseigné. Accepté à la fois par les facultés de médecine de l'université de Tel Aviv et de l'université Ben-Gourion, A. Yitzhak décida de s'installer dans le sud du pays. Il insista également pour reprendre ses études depuis le début plutôt que de poursuivre le programme de la troisième année.
Lorsqu'on l'interroge sur les difficultés rencontrées pendant ses études de médecine à l'université Ben-Gourion, il répond tranquillement : Il règne toujours un certain racisme, mais il provient de personnes qui ne vous connaissent pas. Au début, je me sentais meurtri; je le prenais trop à cur. Mais j'étais déterminé à ne pas me laisser troubler.