Un nouveau musée applaudi dans le monde entier pour sa conception.
Ruth Heiges
Au bout de près d'une décennie de plans et de construction, Beit Hapalmach, le musée de l'histoire du Palmach, situé à proximité du musée du Pays d'Israël à Tel Aviv, a finalement ouvert ses portes. Il a pour objectif, explique Ilan Lev, son directeur, de donner un sens à la période qui a mené à l'indépendance de l'Etat.
Depuis le 1er janvier, quand le musée a commencé à ouvrir ses portes au public, plus de 10 000 personnes ont visité l'exposition , déclare M. Lev. Leur réaction : 'c'est magnifique'.
Certes, Israël ne manque ni de musées ni de monuments consacrés à la création de l'Etat et à ceux qui ont combattu pour lui, mais ce musée est exceptionnel. L'ensemble du bâtiment n'est pas encore terminé ; un auditorium de 450 places, une salle de conférence, une bibliothèque, des archives, une salle d'exposition, un mémorial et une cafétéria seront ajoutés dès que les fonds auront été recueillis. Cependant, le musée est déjà cité pour son importance architecturale, et figure même dans l'édition de mars 1999 de Domus, un éminent journal italien spécialisé en architecture, qui a salué sa totale intégration dans le paysage naturel et la topographie, une conception qui semble associer les idéaux du Palmach avec les matériaux locaux.
Le Palmach était la force de frappe de la Haganah, l'organisation de défense clandestine avant l'indépendance de l'Etat ; il fut incorporé dans les Forces de défense d'Israël après 1948. Bien qu'il n'ait existé que durant sept ans, les valeurs défendues par le Palmach - la responsabilité mutuelle, l'assistance, l'esprit de sacrifice et la contribution à un idéal commun - sont devenues légendaires dans les annales de l'histoire et de la société du pays.
L'exposition principale commence dans une série de salles du sous-sol. Des groupes de 25 visiteurs, menés par un guide, débutent la visite au mémorial des soldats tombés. La pièce suivante est une version à l'échelle de la rue Herzl de Tel Aviv en 1941. Là, on assiste à un film d'actualités sur la guerre en Europe, projeté sur la scène de la rue. C'est exactement ce que fut l'arrière-plan de la formation du Palmach, créé pour affronté deux menaces : l'avance de l'armée allemande en direction de l'Egypte, et les attaques des Arabes contre la communauté juive.
Dans la pièce suivante, un bosquet d'eucalyptus se dresse dans la nuit. Un film est projeté sur un mur entier, introduisant le visiteur dans une unité fictive de sept nouvelles recrues du Palmach rencontrant leur commandant pour leur instruction. L'histoire de ces personnages suivra les visiteurs durant le reste du circuit qui dure plus d'une heure.
Avec le temps, l'unité acquiert formation et expérience et quelques personnalités se distinguent. Certaines sont désignées pour faire sauter des ponts, d'autres pour acheminer des convois de ravitaillement à Jérusalem ou pour guider des bateaux d'immigrants. Le visiteur, tout en écoutant impatiemment le vote de l'ONU sur le sort du pays, observe les combats de la guerre d'Indépendance et entend la douleur exprimée auprès des tombes de ceux qui n'ont pu vivre ce moment. Les reconstitutions remarquablement réalistes, le son, l'éclairage et les effets spéciaux, et le fait de se déplacer d'une pièce à l'autre donnent au visiteur l'impression de participer à cet extraordinaire épisode.
Lorsque Shaike Weinberg [le regretté directeur du musée de la Diaspora et du musée de l'Holocauste aux Etats-Unis] a visité Beit Hapalmach pour la première fois, alors qu'il était encore en construction, il avait déclaré que son objectif était irréalisable , explique Yishayahou (Shaike) Gavish, général à la retraite et président d'une association à but non lucratif collectant des fonds pour le bâtiment du musée. En s'y rendant à nouveau en 1999 et en effectuant la visite guidée, il a affirmé : 'Il deviendra une école internationale de muséologie'.
Les plans du musée sont l'uvre des architectes Zvi Hecker et Rafi Segal. Comme Hecker réside actuellement à Berlin, des étudiants allemands en architecture se rendent au musée. Je leur dis qu'ils ne pourront pas comprendre un mot, puisque le programme tout entier est pour l'instant en hébreu , précise Karkom Rosenstein, le coordinateur des guides.
Mais ils insistent pour y entrer en dépit du problème de la langue, et du fait qu'ils ne sont aucunement concernés par cette histoire. Par la suite, la déclarent : 'Nous n'avons pas compris un traître mot, mais nous avons tout senti'.