Les prestigieux prix Wolf ont pour objectif de promouvoir la science et l'art dans l'intérêt de l'humanité. Ils constituent également des indications pour les futurs lauréats du prix Nobel.
Simon Griver
La Fondation Wolf, qui a son siège en Israël, a été créée en 1976 par Ricardo. Wolf, un inventeur juif allemand, diplomate et philanthrope. Deux ans plus tard, les tout premiers prix Wolf étaient décernés pour récompenser des réalisations accomplies dans l'intérêt de l'humanité et des relations amicales entre les peuples sans considération de leur nationalité, race, couleur, religion, sexe ou opinion politique.
Chaque année, cinq prix - de 100 000 dollars chacun - sont attribués, quatre dans les domaines scientifiques et un dans le domaine artistique. Les prix scientifiques se répartissent entre l'agriculture, la chimie, les mathématiques, la médecine et la physique, et le prix artistique récompense des réalisations en architecture, musique, peinture ou sculpture. Un comité international de sélection, sous la présidence du ministre de l'Education, choisit les lauréats. A ce jour, un total de 194 scientifiques et artistes de 19 pays ont été honorés par des prix Wolf.
La Fondation Wolf se distingue par ses remarquables capacités à désigner les bénéficiaires: à cette date, une vingtaine d'entre eux ont, par la suite, reçu le prix Nobel dans leur domaine. En fait, le prix Nobel est la seule distinction susceptible de disqualifier la candidature au prix Wolf d'un artiste ou d'un scientifique. Au cours des années, les lauréats du prix Wolf ont compté parmi eux: le médecin américain Carl Djerassi ; le peintre français Marc Chagall; le physicien britannique Stephen Hawking ; le chef d'orchestre israélien Zubin Mehta, directeur musical de l'Orchestre philharmonique d'Israël ; et le chimiste égyptien Ahmed Zewail qui a, par la suite, remporté le prix Nobel pour ses travaux sur la chimie du laser.
Les prix sont remis, en mai, par le président d'Israël dans sa résidence de Jérusalem. Pour recevoir le prix, le lauréat doit assister à la cérémonie organisée dans la capitale , explique Yaron Gruder, le directeur général de la Fondation Wolf. Quelques rares exceptions ont, cependant, été aménagées.
En 1978, rapporte M. Gruder, le gouvernement soviétique a interdit à Izrail Gelfand, un mathématicien russe lauréat du prix Wolf pour ses travaux sur l'analyse fonctionnelle et la représentation de groupe, de se rendre à la cérémonie de remise de prix à Jérusalem. Ce fut un moment très émouvant lorsque, dix ans plus tard - durant la Glasnost -M. Gelfand put enfin se rendre à Jérusalem pour recevoir lui-même son prix .
Une autre exception a été aménagée pour Yasutomi Nishizuka. Quelques jours avant la date prévue pour la remise du prix de médecine de 1994 récompensant ses travaux sur les indicateurs cellulaires trans-membranes, un tremblement de terre a ravagé sa ville natale de Kobe au Japon. Il s'est excusé en expliquant qu'il ne pouvait quitter son foyer en des temps aussi difficiles , rappelle M. Gruder. Bien entendu, nous avons compris et le prix lui a été remis par l'ambassadeur d'Israël au Japon. M. Yasotumi a fait don du montant du prix aux victimes du tremblement de terre.
De nombreux autres lauréats ont généreusement offert le montant du prix à de nobles causes. Le peintre allemand Anselm Kiefer, lauréat du prix artistique en 1990, a immédiatement renvoyé son chèque afin de constituer un fonds de bourses pour les jeunes artistes israéliens.
Cette année, M. Gurdev Khush, de l'Institut international du riz aux Philippines, a reçu le prix d'agriculture pour ses travaux sur la génétique des plantes ; le professeur Albert Cotton de l'Université A&M du Texas a reçu un prix pour sa recherche sur la chimie de transition; le professeur Raoul Bott de l'Université Harvard et le professeur Jean-Pierre Serre, du Collège de France à Paris se sont partagés le prix de mathématiques ; le professeur Raymond Davis Jr. du laboratoire national de Brookhaven aux Etats-Unis et le professeur Masatoshi Koshiba de l'Université de Tokyo ont partagé le prix de physique ; et le maestro Pierre Boulez, directeur de l'Institut de recherche musicale au Centre Pompidou, à Paris, a partagé le prix de musique avec le maestro Riccardo Muti, premier chef de l'Orchestre philharmonique de la Scala de Milan.