Le Pape en Israël : Supplément spécial
Inséré au numéro de printemps/été 2000 de Monde chrétien et Israël
Des significations pas encore complètement appréhendées : Le remarquable pèlerinage du pape Jean-Paul II
Abraham Rabinovich, le correspondant du Jerusalem Post, qui ne disposait que de cinq jours entre le départ de notre illustre visiteur et la publication du présent article, a effectué, à notre avis, un superbe travail en décrivant la visite du pape et en évaluant sa signification pour Israël et le peuple juif. Voici un résumé de son article publié dans le Jerusalem Post du 31 mars 2000.
Le pape s'approchant du Mur occidental
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Le remarquable pélérinage du pape Jean-Paul II résonne à travers le pays en significations qui n'ont pas encore été complètement appréhendées. Les présupposés tranchants que juifs et catholiques entretinrent les uns sur les autres, pendant plus de deux millénaires, ont été ébranlés, atténués, peut-être transformés durant cette visite de six jours. La relation d'autrefois entre les meurtriers du Christ et les pogromistes a, semble-t-il, cédé la place à quelque chose de plus affable.
Par définition , a déclaré le philosophe David Hartman à Jérusalem, le christianisme était en opposition avec le judaïsme dont il avait, croyait-il, pris la place. Israël devait être un peuple en exil. Aujourd'hui, ce pape se rend à Jérusalem, pas seulement pour visiter les lieux saints mais pour reconnaître le peuple juif dans sa patrie. Nous ne sommes plus un peuple maudit. Nous ne sommes plus un peuple errant. C'est une révolution essentielle dans la pensée chrétienne.
Le passage d'un enseignement du mépris envers les juifs à la tentative de repenser la théologie entreprise durant les cinquante dernières années, s'est gravé dans les consciences pratiquement en une nuit, du fait de la visite du pape - non pas cette fois sous la forme de promulgations ecclésiastiques lues seulement par les spécialistes, mais par la présence physique du pape en personne.
Il s'avère que ce phénomène s'est accompagné d'un changement d'attitude au sein des juifs israéliens observant la progression du pape. Pour nombre de personnes, notamment celles qui ont été élevées à l'étranger, les Eglises, obscures et menaçantes, entretenaient l'animosité envers le peuple juif et se livraient à des coutumes étrangères.
Grâce à la couverture de la visite pontificale par la télévision, la plupart des Israéliens ont pu, pour la première fois, observer la célébration d'une messe. En fait, ils ont eu l'occasion d'en voir plusieurs. Ils les ont trouvées, particulièrement celle de Korazim (le mont des Béatitudes) sur les rives du lac de Tibériade, gaies, esthétiques, et comportant des éléments rappelant les coutumes juives.
Qui plus est, le pape n'a prêché ni le feu ni le soufre, mais un évangile social se fondant sur le Sermon sur la montagne de Jésus que le dirigeant syndicaliste de la Histadrout Amir Peretz pourra, sans problème, reprendre à son compte, la prochaine fois qu'il prendra la parole devant une caméra de télévision à propos des revendications des grévistes sur arrière-plan de pneus incendiés. Dans une région où la religion est une puissante force de haine et de division, le message du pape parlait d'amour et de compassion, et il y en avait suffisamment pour englober aussi les juifs et les musulmans.
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La télévision israélienne a montré un étudiant de yéshiva haredi (ultra-orthodoxe), observant le pape au Mur occidental. C'est la curiosité qui l'avait amené là, a-t-il déclaré. Qu'en pensait-il ? Eh bien , répondit-il après un temps d'arrêt, c'est encore une autre chose intéressante que j'ai vue dans ma vie.
Ce commentaire réfléchi, aucunement dédaigneux, reflète le subtil passage d'une attitude méprisante ou indifférente à quelque chose qui se rapproche de l'ouverture et du respect.
Pour l'un des six représentants des victimes de la Shoah que le pape a salué à Yad Vashem, la perspective était d'ordre historique : Voilà 2000 ans que nous attendions cela.
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Le pape avait l'avantage de représenter une minorité en Terre sainte suffisamment petite pour être à l'abri des tentations du pouvoir, ce qui lui confère un statut moral élevé. Il bénéficiait également du fait qu'il représentait près d'un milliard de fidèles, ce qui lui valait, à chaque pas, de faire l'objet d'une intense attention.
Mais ce ne sont ni la retenue du pape ni ses initiatives qui ont conquis le public. C'est plutôt l'évidente piété d'un croyant, âgé de 79 ans, poursuivant résolument un emploi du temps éreintant dans sa marche vers les portes du ciel, son comportement de saint, exempt de toute fourberie.
Lorsqu'il est parti, il a laissé surtout l'impression qu'un saint homme avait traversé le pays et que quelque chose avait changé.
Echos de la visite du pape Déclarations et commentaires émanant de diverses sources - avant, pendant et après la visite
Le pape demande pardon
Extrait du Jerusalem Post, le 13 mars 2000 :
Hier, dans l'un des gestes les plus significatifs de son pontificat, le pape Jean-Paul II a demandé pardon pour les nombreux péchés commis autrefois par l'Eglise catholique, notamment son attitude envers les juifs, les hérétiques, les femmes et les peuples indigènes. C'était la première fois dans l'histoire de l'Eglise que l'un de ses dirigeants recherchait un pardon d'une telle envergure...
Nous pardonnons et nous demandons pardon , a déclaré le pape dans l'homélie qu'il a prononcée au cours d'une cérémonie sans précédent, célébrée par l'Eglise catholique le Jour du pardon de l'Eglise catholique de l'année sainte 2000...
La prière pour le pardon des péchés commis contre les juifs, récitée par le cardinal Edward Cassidy, mentionne entre autres : Prions pour qu'en évoquant les souffrances endurées par le peuple d'Israël à travers l'histoire, les chrétiens reconnaissent les péchés commis par bon nombre d'entre eux contre le peuple de l'Alliance...
Le pape a ensuite ajouté ses propres paroles : Nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'histoire, ont fait souffrir tes enfants et implorons ton pardon ; nous désirons nous engager sur la voie d'une fraternité authentique avec le peuple de l'Alliance.
Extrait de l'éditorial du Post sur le même sujet, dans le même numéro :
Par ses propos prononcés hier durant l'office célébré au Vatican, le pape Jean-Paul II a créé un élément liturgique qui rejoint toutes les autres parties de la liturgie catholique, la demande de pardon faisant ainsi partie intégrante de la prière catholique. L'aspect le plus significatif de la messe dite hier est le fait que la contrition pour l'antisémitisme dans le passé fait désormais partie intégrante de la liturgie catholique. Cette cérémonie a grandement contribué à créer l'atmosphère appropriée à la visite pontificale...
Extrait d'un article de Gustav Niebuhr paru dans le New York Times, le 12 mars 2000 :
Avec la messe spéciale qu'il a célébrée au Vatican aujourd'hui, le pape Jean-Paul II a pris une initiative dont aucun de ses 262 prédécesseurs n'avait ressenti le besoin : demander pardon pour les péchés historiques commis par les catholiques romains au nom de l'Eglise. Ce faisant, le pape Jean-Paul II, dont le pontificat est, à bien des égards, remarquable..., reconnaît l'aspect sombre du passé de l'Eglise, durant les époques caractérisées par les conversions forcées, le soutien aux croisades... et la création de l'Inquisition.
Barak : Un tournant décisif
Le premier ministre Ehoud Barak, dans une interview accordée à l'Associated Press, le 20 mars dernier :
Je ne pense pas que le Saint-Siège soit intéressé à conférer un quelconque poids politique à la visite du pape en Israël. La véritable importance de cette visite dans la région réside dans le rappel que c'est ici que le grand décompte a commencé, il y a 2000 ans, ainsi que dans son message de paix et de tolérance entre les êtres humains... C'est un tournant décisif dans les relations entre le monde chrétien et le monde juif.
Sondage Gallup : une approche positive
Le 9 mars dernier, le Jerusalem Post rapportait que, d'après un sondage Gallup effectué pour le compte du Conseil de coordination interconfessionnelle (CCII), 60% pour cent des adultes israéliens juifs considèrent la visite du pape Jean-Paul II prévue ce mois-ci comme un élément positif, tandis que 12% seulement la jugent négativement.
Les résultats de ce sondage, déclarait M. Ron Kronish, le directeur du CCII, sont en contradiction avec l'idée reçue selon laquelle les Israéliens sont soit opposés soit indifférents au pape, au christianisme et autres sujets similaires .
De façon surprenante, l'une des réactions les plus positives dans ce sondage fut la réponse à la question : Dans quelle mesure êtes-vous intéressé à participer à un dialogue avec les chrétiens en vue d'une meilleure compréhension entre des personnes de religions différentes ? Près de 50% des Israéliens se sont déclarés intéressés.
A Yad Vashem : le couronnement de la visite
Jocelyne Noveck, Associated Press :
Au mémorial de la Shoah, s'adressant en termes très personnels au peuple juif, le pape Jean-Paul II a déclaré, jeudi dernier, que l'Eglise catholique est profondément affligée par la persécution infligée aux juifs par les chrétiens au cours de l'histoire, et il a appelé à l'instauration de relations nouvelles entre les deux religions se fondant sur leurs racines communes. Ses propos ont été considérés comme l'aboutissement d'efforts investis tout au long des 22 années de son pontificat en vue de réconcilier les juifs et les chrétiens.
Nombre de juifs attendaient quand même davantage. Le pape n'a formulé aucune parole de blâme à l'encontre de la hiérarchie catholique, pas plus qu'il n'a mentionné Pie XII, le pape de l'époque de la guerre, accusé par bien des juifs d'être demeuré silencieux tandis que leurs frères étaient massacrés.
Au cours d'une cérémonie qui s'est déroulée dans la salle du Souvenir éclairée aux bougies, le pontife a déposé une couronne à la mémoire des six millions de juifs qui ont péri dans le génocide nazi. Il y eut de sombres paroles, mais aussi quelques brefs instants émouvants. Lorsqu'une rescapée de la Shoah qui lui était présentée s'est mise à pleurer, il lui a tapoté le bras avec douceur. Alors que le pape allait se lever de sa chaise, le premier ministre israélien, Ehoud Barak, l'a aidé et lui a tendu sa canne.
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La cérémonie de Yad Vashem a clôturé une matinée de gestes remarquables, voire historiques, envers Israël et le peuple juif. Au cours d'une rencontre avec le président Ezer Weizman, le souverain pontife a béni Israël, ce qui a été considéré par de nombreux Israéliens comme l'ultime reconnaissance de leur Etat par l'Eglise.
Comme manifestation de l'amitié judéo-catholique, Jean-Paul II a également rencontré les deux grands rabbins d'Israël, Eliyahou Bakshi-Doron et Israël Méir Lau, dans leur bureau de Jérusalem. Les rabbins en longue robe noire ont remis au pontife vêtu de blanc une Bible - portant en dédicace une citation du prophète Michée évoquant la coexistence : que tous les autres peuples marchent chacun au nom de son dieu, nous, nous marcherons au nom de l'Eternel, notre Dieu, toujours et toujours.
Greg Myre, Associated Press :
Lorsqu'à la libération, en 1945, Edith Tzirer est sortie d'un camp de concentration nazi, ses poumons étaient si dévastés par la tuberculose qu'elle était trop faible pour marcher. Son protecteur fut un jeune et bel étranger qui lui donna un morceau de pain et une tasse de thé en cette froide journée de janvier, à Cracovie, en Pologne. Puis il porta la jeune fille, âgée de 14 ans, durant trois kilomètres depuis la gare où il l'avait trouvée.
Jeudi dernier, Edith Tzirer a pleuré en étant à nouveau présentée à l'homme qui, dit-elle, la réconforta il y a plus d'un demi-siècle - le pape Jean-Paul II. J'étais alors une petite fille , raconte Mme Tzirer, âgée de 69 ans, qui vit actuellement en Israël. C'était il y a cinquante ans, et tout ce qui s'est passé alors me revient maintenant en mémoire. Elle se souvient de cet épisode comme si c'était hier, et elle raconte comment elle a ressenti un choc, en 1978, en voyant la photo de son ancien sauveur, Karol Wojtyla, dans un magazine français, et en apprenant qu'il venait d'être nommé pape.
Extrait de l'éditorial du Jerusalem Post du 24 mars :
Il n'y a aucune raison pour que le peuple juif oublie le passé, ou dissimule les blessures qui demeureront ouvertes jusqu'à ce qu'elles soient examinées à fond et honnêtement.
Cependant, la visite du pape en Israël devrait marquer une transition, également pour le peuple juif : celle de la reconnaissance d'un changement fondamental des relations entre juifs et chrétiens dans le monde moderne.
A Yad Vashem, le pape Jean-Paul II a appelé à l'édification d' un nouvel avenir où les sentiments anti-juifs seront absents chez les chrétiens et les sentiments anti-chrétiens absents chez les juifs, un avenir empreint plutôt du respect mutuel attendu de la part de ceux qui adorent le Créateur. Le pape a raison : les griefs des juifs, aussi légitimes et importants soient-ils, ne dispensent pas le peuple juif de jouer son rôle en acceptant le processus de repentance des chrétiens et en y contribuant. D'après la croyance juive, aussi bien le demandeur que celui qui est demandé jouent un rôle dans le repentir, et c'est un tort de tourner le dos à un geste sincère en ce sens.
Messe au mont des Béatitudes : un grand moment pour les chrétiens
Haïm Shapiro dans le Jerusalem Post du 26 mars :
Ce fut un message délivré à quelque 100 000 jeunes chrétiens dont bon nombre avaient effectué de longues distances pour assister à la messe organisée sur le mont des Béatitudes, près du moshav Korazim. Pour eux, cette messe fut le point culminant de la visite de Jean-Paul II en Terre sainte.
Parmi les personnes venues assister à cet office, Don Carlo Pertusati, un jeune prêtre d'Asti, dans le nord de l'Italie, était l'un des dirigeants de quelque 70 adolescents arrivés mardi dernier. Don Pertusati, levé à 3h30 du matin avec son groupe pour parvenir sur le site à 5h00, s'estima heureux d'avoir pu participer à l'événement. Nous sommes de ceux qui sont bénis , a-t-il déclaré.
Plusieurs jeunes fidèles étaient des membres du mouvement néo-catéchumène du monde entier, qui consacrent leur temps à insuffler de la spiritualité dans le monde chrétien. Bon nombre ont travaillé pour économiser l'argent du voyage et furent logés dans des tentes durant la visite. C'est à ces jeunes gens que le pape s'adressait lorsqu'il a appelé la jeunesse à suivre le message du Sermon sur la montagne prononcé, selon la tradition chrétienne, à proximité du site de cette messe, surplombant le lac de Tibériade.
Ensuite, le pape a salué les divers groupes nationaux dans leur propre langue et les réactions se sont faites plus vives lorsqu'il a pris la parole en polonais, sa langue maternelle. Le pape a également prononcé quelques mots en hébreu et adressé des remerciements spéciaux, en hébreu, aux forces de polices d'Israël pour leur participation à l'organisation de ce qui fut - en dépit des intempéries, des rigoureuses précautions de sécurité et du très grand nombre de personnes - une visite pratiquement sans problème.
Prière silencieuse au Mur occidental
Haïm Shapiro, dans le Jerusalem Post du 27 mars :
En un moment d'une intense émotion, le pape Jean-Paul II s'est rendu hier, d'un pas lent et hésitant, au Mur occidental, où il a incliné la tête, demeurant silencieux. Il a inséré une prière dans les fentes du Mur, s'est retourné pour partir et est revenu vers le Mur pour un autre moment de silence. Cette prière préparée à l'avance résume en quelques lignes l'estime qu'il porte au judaïsme, ses sentiments sur la persécution des juifs et ses aspirations à un nouveau dialogue avec le peuple juif.
Jacob Lefkovits Dallal dans le Jerusalem Post du 31 mars :
Bien peu de choses ont changé à Jérusalem, et tandis que ses habitants vaquent à leurs occupations quotidiennes, le lieu lui-même se caractérise par une éternelle présence. Il en était ainsi, dimanche matin, au Mur occidental : le soleil inondait l'esplanade, comme c'est presque toujours le cas, une poignée de fidèles priaient, comme ils le font depuis plusieurs siècles, et la sérénité prégnante des lieux était, comme toujours fortement ressentie.
Un silence pour nous souvenir , a dit le pape à Yad Vashem. Un silence pour tenter de donner un sens aux souvenirs qui refluent en masse.
Le pape quitte Jérusalem et laisse le Mur occidental à ce silence qui étreint quiconque s'y rend.
Fraternité oecuménique : un miracle
La révérende Petra Heldt, secrétaire générale de la Fraternité de recherche théologique et oecuménique en Israël, dans une déclaration du 28 mars 2000 (extraits) :
Le succès de la visite pontificale en Terre sainte n'est rien moins qu'un miracle. Le secret réside peut-être dans le fait qu'à chaque occasion, le pape a souligné que l'objet de sa visite était d'ordre spirituel et religieux, et non d'ordre politique. On a alors à peine remarqué que l'accent était mis sur l'oecuménisme biblique. A cet égard, le pape a abondamment utilisé le travail oecuménique accompli par Israël durant les trois dernières décennies en vue d'une réconciliation entre les Eglises, ainsi qu'entre chrétiens et juifs. Il convenait si bien au dessein pontifical, et on pouvait s'y reporter avec tant de confiance, que l'oecuménisme peut être considéré comme faisant partie intégrante du succès remporté par la visite...
Pour la première fois dans l'histoire, un pape de Rome est venu rendre visite au patriarche grec orthodoxe de Jérusalem, à son siège épiscopal. Ce geste a réglé des questions concernant la nature des relations entre le patriarche latin de Jérusalem et le patriarcat grec orthodoxe de la ville. La visite a mis en évidence que le pape respecte l'autorité historique du patriarche grec orthodoxe en tant que représentant des chrétiens en Terre sainte...
Le pape a donné de nouvelles dimensions à l'entreprise oecuménique qui comblent les anciens fossés. Des efforts renouvelés sont désormais nécessaires pour consolider ces liens et être à la hauteur de la nouvelle sensibilité pour l'oecuménisme biblique englobant toutes les Eglises et le peuple juif...
Le pape : une expérience inoubliable
Le pape Jean-Paul II, au cours d'une apparition au balcon de la place Saint-Pierre à Rome, le 29 mars 2000 :
Je suis incapable d'exprimer la joie et la gratitude que je ressens dans mon coeur pour ce don de Dieu que j'ai espéré si longtemps ! ... Je remercie Dieu pour cette inoubliable expérience.
Extraits de presse
A. James Rudin, Religion News Service, le 30 mars :
La visite papale a contraint de nombreux Israéliens à reconnaître pour la première fois les progrès extraordinaires enregistrés dans les relations entre catholiques et juifs. Jusqu'à présent, ces percées n'étaient formulées que dans des conférences universitaires, ou semblaient fréquemment l'apanage exclusif des professionnels de l'inter-confessionnalisme. Sans plus. Le pape a spectaculairement conféré une signification personnelle à ces réalisations, et sa visite consista en une série d'icônes électroniques durables qui exerceront une influence sur les prochaines rencontres entre chrétiens et juifs.
Au cours de l'un de ses derniers gestes publics en Israël, la pape a inséré dans l'une des fentes du Mur occidental, le lieu le plus saint du judaïsme, une prière signée demandant pardon pour les actes antisémites perpétrés par les catholiques. Personne, pas même les ennemis d'Israël, ne peut mal interpréter ou oublier cet acte de repentance accompli par le pape.
Lee Hockstader, The Washington Post, le 28 mars :
Au cours de six jours impressionnants passés en Terre sainte, le pape Jean-Paul II, a non seulement maintenu le message - un appel à la réconciliation, à la coexistence et à la paix dans une région agitée. Il a également opéré un bouleversement dans les relations interconfessionnelles entre catholiques et juifs, conquis les coeurs et les esprits de tous à l'exception de quelques Israéliens, et a encouragé les Palestiniens et la communauté chrétienne locale démoralisée.
Haaretz, Tel Aviv, le 27 mars :
L'image du pape, chef d'un milliard de catholiques, plongé dans sa prière au Mur occidental ne nécessite pas d'autres mots que ceux que le pontife a placés à cet endroit. Ce fut le couronnement de deux décennies de son pontificat consacrées entre autres, à la réconciliation entre catholiques et juifs, et ce ne fut pas seulement aux juifs qu'il demanda pardon, mais à leur Dieu - et au sien.
Les grands moments des déclarations et discours officiels
La cérémonie d'accueil, le 21 mars 2000
Le président d'Israël, Ezer Weizman :
Au nom du peuple d'Israël, je vous accueille par la traditionnelle salutation : Barouh Haba ! (Que soit béni celui qui arrive).
... Il y a deux mille ans, le peuple d'Israël fut exilé de son pays et de sa patrie, et dispersé parmi les nations. Pendant ces années d'exil, nous avons subi persécutions et antisémitisme, et un tiers de notre peuple fut assassiné, brûlé, dans la terrible Shoah. Aujourd'hui, nous ne sommes plus des juifs en exil, errant d'un pays à l'autre, d'une diaspora à une autre. Nous autres - mes frères, mes contemporains - sommes nés à l'époque où les juifs revenaient dans leur pays pour le rebâtir.
Nous apprécions la contribution apportée par Votre Sainteté à la condamnation de l'antisémitisme, qualifié de crime contre Dieu et contre l'humanité, ainsi que la demande de pardon pour les actes commis autrefois contre des juifs, par des représentants de l'Eglise. Comme vous l'avez remarqué, nous devons agir ensemble pour combattre dans le monde entier ces plaies que sont le racisme et l'antisémitisme.
Nous sommes attentifs à l'accent mis dernièrement dans l'enseignement religieux catholique appelant à prendre connaissance des racines juives du christianisme et à reconnaître le peuple juif tel qu'il se définit lui-même.
Il est donc important pour les hommes et les femmes de l'Eglise de mieux connaître également la réalité israélienne moderne, l'Etat d'Israël, en tant que centre spirituel de notre peuple où, juifs, musulmans et chrétiens, aux côtés des fidèles d'autres religions, vivent ensemble dans la paix et l'harmonie. Depuis ses débuts, l'Etat d'Israël garantit la liberté de religion et le libre accès aux lieux saints à tous les peuples, et vous en aurez certainement la preuve au cours de votre séjour en Israël...
Vous arrivez ce soir à Jérusalem, la ville de la paix, la capitale de l'Etat d'Israël, le coeur du monde juif - qui est aussi un lieu saint pour le christianisme et l'islam. [Citation du livre d'Isaïe]... Jérusalem est le coeur du peuple juif tout au long des générations ; c'est elle qui nous confère notre puissance spirituelle. Jérusalem est la ville de l'éternité, une ville réunifiée. Elle est la ville des juges, des rois et des prophètes d'Israël : elle est la capitale et la source de fierté de l'Etat d'Israël...
Vous êtes le bienvenu ici, Votre Sainteté, Jean-Paul II.
Sa Sainteté le pape Jean-Paul II :
Hier, depuis les hauteurs du mont Nébo, j'ai contemplé, par-delà la vallée du Jourdain, cette terre bénie. Aujourd'hui, c'est avec une profonde émotion que je pose le pied dans ce pays où Dieu a choisi de "dresser sa tente" (Jean. 1 :14 ; cf. Ex. 40 : 34-35 ; I Rois, 8 : 10-13), et de permettre à l'homme de le rencontrer plus directement.
En cette année du deux-millième anniversaire de la naissance de Jésus Christ, j'ai personnellement éprouvé le puissant désir de me rendre ici et de prier dans les lieux les plus importants qui, depuis les temps anciens, ont vu les interventions de Dieu, les miracles qu'il a accomplis. [Citation du Livre des Psaumes 77 :15]
M. le président, je vous remercie pour votre accueil chaleureux et, en votre personne, je salue l'ensemble du peuple de l'Etat d'Israël. Ma visite constitue à la fois un pèlerinage personnel et le voyage spirituel de l'évêque de Rome aux origines de notre foi dans le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob .... A chaque pas, je suis ému par le sentiment très vif que Dieu est venu avant nous et nous conduit, qu'il veut que nous l'honorions en esprit et en vérité, pour connaître les différences entre nous, mais aussi pour reconnaître en chaque être humain l'image et la ressemblance du Créateur Un du ciel et de la terre...
Avec la récente ouverture des uns envers les autres, les chrétiens et les juifs doivent fournir des efforts courageux pour éradiquer toute forme de préjugé. Nous devons, toujours et partout, nous efforcer de présenter le véritable visage des juifs et du judaïsme, tout comme celui des chrétiens et du christianisme - et ce, à chaque niveau de comportement, d'enseignement et de communication...
Je prie pour que ma visite contribue à intensifier le dialogue interconfessionnel qui conduira les juifs, les chrétiens et les musulmans à rechercher dans leurs croyances respectives, et dans la fraternité universelle qui unit tous les membres de la famille des hommes, la motivation et la persévérance pour oeuvrer en faveur de la paix et de la justice que les peuples de la Terre sainte ne connaissent pas encore, et auxquelles ils aspirent si intensément. (Psaumes 85 :8) .... Puisse la paix être le cadeau de Dieu au Pays qu'il s'est choisi !
Chalom !
Rencontre avec les grands rabbins, le 23 mars 2000
Les grands rabbins : Nous nous souvenons...
Extrait des allocutions officielles des grands rabbins d'Israël, Israël Méir Lau et Eliyahou Bakshi-Doron, Jérusalem, le 23 mars :
Le peuple d'Israël qui réside à Sion et les grands-rabbins d'Israël accueillent le pape Jean-Paul II par la traditionnelle salutation : Bénie soit votre arrivée en Israël !
De la ville sainte de Jérusalem - dont le prophète Zacharie a dit (2 : 14-15) : "Chante et réjouis- toi, ô fille de Sion ;... Nombre de nations se rallieront à l'Eternel, ce jour-là, et elles deviendront mon peuple ; je résiderai au milieu de toi" - nous accueillons celui qui jugea bon d'exprimer des remords au nom de l'Eglise catholique pour les terribles actions perpétrées contre le peuple juif au cours des deux mille années écoulées...
Nous nous souvenons et plaçons à son crédit, l'aide décisive qu'il apporta pour déplacer le couvent des Carmélites à l'extérieur de l'enceinte du camp de concentration d'Auschwitz...
Nous apprécions également qu'il reconnaisse notre droit à revenir vivre en Terre sainte dans la paix et la fraternité, dans des frontières sûres, reconnues par les nations du monde et en particulier nos voisins...
De Jérusalem, capitale de l'Etat d'Israël, et de Sion, la ville sainte, nous prions : puissions-nous mener une longue et bonne vie, une vie de paix et de sécurité, de santé et de tranquillité d'esprit - une vie de fraternité humaine. Puisse-t-Il faire que les paroles du prophète se réalisent :
"Un peuple ne tirera plus l'épée contre un autre peuple, et l'on n'apprendra plus l'art de la guerre". (Isaïe 2 :4)
Sa Sainteté le pape Jean-Paul II :
C'est avec un profond respect que je vous rends visite aujourd'hui et je vous remercie de me recevoir à Hekhal Shlomo. Cette rencontre revêt véritablement une signification unique qui - je l'espère et je prie - mènera à d'autres contacts entre chrétiens et juifs, afin de parvenir à une compréhension encore plus profonde de la relation historique et théologique entre nos patrimoines religieux respectifs.
Personnellement, j'ai toujours voulu compter parmi ceux qui oeuvrent, des deux côtés, à surmonter les vieux préjugés et à assurer une reconnaissance toujours plus étendue du patrimoine spirituel commun aux juifs et aux chrétiens. Je répète ce que j'ai dit à l'occasion de ma visite à la communauté juive de Rome : nous, chrétiens, reconnaissons que l'héritage religieux juif est essentiel à notre foi : Vous êtes nos frères aînés''. Nous espérons que le peuple juif reconnaîtra que l'Eglise condamne totalement l'antisémitisme et toute forme de racisme comme absolument opposés aux principes du christianisme. Nous devons travailler ensemble à édifier un avenir dans lequel il n'y aura plus d'antijudaïsme parmi les chrétiens et de sentiment anti-chrétien parmi les juifs.
Nous avons beaucoup de choses en commun. Il y a tant de choses que nous pouvons faire ensemble pour la paix, pour la justice, pour un monde plus humain et plus fraternel. Puisse le Maître du ciel et de la terre nous mener à une nouvelle ère féconde en respect mutuel et en coopération, pour le plus grand profit de tous ! Merci.
Visite au musée du souvenir de la Shoah à Yad Vashem, le 23 mars 2000
Sa Sainteté le pape Jean-Paul II :
Un silence pour nous souvenir
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En ce lieu de souvenirs, l'esprit, le coeur et l'âme ressentent intensément la nécessité du silence. Le silence dans lequel nous nous souvenons. Le silence dans lequel nous tentons de donner un sens aux souvenirs qui refluent en masse. Le silence, parce qu'il n'est pas de mots suffisamment forts pour condamner la terrible tragédie de la Shoah. Mes souvenirs personnels sont remplis de tout ce qui est arrivé lorsque les nazis ont occupé la Pologne durant la guerre. Je me souviens de mes amis et voisins juifs, certains ont péri, d'autres ont survécu.
Je suis venu à Yad Vashem pour rendre hommage aux millions de juifs qui, dépouillés de tout, et en particulier de leur dignité humaine, ont été assassinés durant l'Holocauste. Plus d'un demi-siècle s'est écoulé, mais les souvenirs demeurent... Personne ne peut oublier ou ignorer ce qui s'est passé. Personne ne peut en minimiser l'envergure. Nous souhaitons nous souvenir. Mais nous souhaitons nous souvenir dans un but précis, à savoir, assurer que plus jamais le mal ne prévaudra comme il l'a fait pour les millions de victimes innocentes du nazisme. Comment l'homme a-t-il pu ressentir un mépris aussi absolu pour son prochain ? Parce qu'il en était arrivé à mépriser Dieu. Seule une idéologie athée était capable de planifier et de réaliser l'extermination de tout un peuple...
En tant qu'évêque de Rome et successeur de l'apôtre Pierre, j'affirme au peuple juif que l'Eglise catholique, animée par la loi de vérité et d'amour de l'Evangile et non par de quelconques considérations politiques, est profondément affligée par la haine, les actes de persécution et l'antisémitisme manifesté à l'encontre des juifs par les chrétiens en tous temps et en tous lieux. L'Eglise rejette le racisme sous toutes ses formes car elle y voit le reniement de l'image du Créateur présente en tout être humain. (cf. Genèse 1 : 26).
En ce lieu solennel du souvenir, je prie avec ferveur pour que l'affliction que nous ressentons devant la tragédie endurée par le peuple juif au XXe siècle nous conduise à une nouvelle relation entre chrétiens et juifs. Edifions un nouvel avenir dans lequel il n'y aura plus de sentiment anti-juif parmi les chrétiens ou de sentiment anti-chrétien parmi les juifs, mais plutôt le respect mutuel attendu de la part de ceux qui adorent le Créateur et Seigneur, et considèrent Abraham comme notre père commun dans la foi.
Le monde doit tenir compte de l'avertissement qui nous arrive des victimes de l'Holocauste et du témoignage des rescapés. Ici, à Yad Vashem, le souvenir est encore vivant et nous brûle l'âme. Il nous fait crier : "Oui, j'entends les mauvais propos de la foule, répandant la terreur à l'entour ! .... Moi, cependant, j'ai confiance en toi, Seigneur, je dis : Tu es mon Dieu" ! (Psaumes 31 : 13-15)
Le premier ministre Ehoud Barak : [Allocution d'ouverture prononcée en hébreu]
Au nom du peuple juif, au nom de l'Etat d'Israël et de tous ses citoyens - chrétiens, musulmans, druzes et juifs - je vous souhaite la bienvenue, dans l'amitié, la fraternité et la paix, ici, à Jérusalem, capitale d'Israël, ville éternelle de la foi.
Votre Sainteté, nous nous retrouvons aujourd'hui dans ce sanctuaire du souvenir, pour le peuple juif et pour toute l'humanité, Yad Vashem - littéralement "un lieu et un nom" - destiné aux six millions de nos frères et soeurs, au million et demi d'enfants, victimes de ce mal barbare que fut le nazisme...
Des profondeurs de cette "longue nuit de la Shoah", comme vous l'avez appelée, nous avons vu des lumières vacillantes, brillant comme des fanaux dans l'obscurité absolue qui les entourait. C'était les Justes des nations, pour la plupart des enfants de votre foi qui, clandestinement risquaient leur vie pour sauver celle des autres. Leurs noms sont inscrits dans nos coeurs.
Vous fûtes vous-même, Votre Sainteté, un jeune témoin de la tragédie et, comme vous l'avez écrit à votre ami d'enfance juif, vous avez eu l'impression, en un sens, d'avoir vécu vous-même le sort des juifs polonais...
Vous avez fait plus que quiconque pour susciter le changement historique de l'attitude de l'Eglise envers le peuple juif, processus amorcé par le bon pape Jean XXIII, et pour panser les plaies béantes qui suppuraient depuis plusieurs siècles. Et je pense pouvoir dire, Votre Sainteté, que votre venue ici aujourd'hui, dans la crypte du Souvenir à Yad Vashem, est un point culminant du périple historique de guérison...
Peu avant d'entreprendre votre pèlerinage dans ces lieux, vous avez brandi l'étendard de la fraternité en introduisant dans la liturgie de l'Eglise une demande de pardon pour les torts causés par les membres de votre foi à d'autres hommes, notamment au peuple juif. Nous apprécions au plus haut point la noblesse de ce geste. Naturellement, il est impossible de surmonter subitement toute les souffrances du passé. Votre Sainteté a fréquemment commenté les problèmes concernant les relations d'autrefois entre la chrétienté et les juifs. Nous souhaitons poursuivre un dialogue fructueux sur cette question et travailler ensemble pour éliminer le fléau du racisme et de l'antisémitisme...
L'indépendance de l'Etat d'Israël contre tout attente, ainsi que le rassemblement des exilés, non seulement ont restauré l'honneur du peuple juif désormais maître de sa destinée ; ils constituent aussi la réponse définitive à Auschwitz. Nous sommes rentrés chez nous et, à partir de ce moment, aucun juif ne demeurera plus sans défense ou privé d'une dignité humaine élémentaire. Ici, dans le berceau de notre civilisation, nous avons rebâti notre foyer afin qu'il puisse prospérer dans la paix et la sécurité...
Votre Sainteté, nous avons apprécié vos propos sur le lien particulier unissant le peuple juif à Jérusalem - je vous cite - "les juifs aiment Jérusalem avec passion... depuis l'époque de David qui l'avait choisie pour capitale et depuis le règne de Salomon qui y édifia le Temple. Ils se tournent donc vers elle dans leurs prières quotidiennes et en font le symbole de leur nation."
Je voudrais répéter notre détermination formelle à protéger tous les droits et tous les biens de l'Eglise catholique, ainsi que ceux des autres institutions chrétiennes et musulmanes ; à continuer d'assurer la pleine liberté de culte aux membres de toutes les religions ; et à conserver Jérusalem unie, ouverte et libre comme jamais auparavant à tous ceux qui l'aiment. Je sais que vous priez, comme nous le faisons, pour l'unité et pour la paix de Jérusalem.
"Prions pour la paix de Jérusalem... que la paix règne dans tes murs et la sérénité dans tes palais. Pour mes frères et mes amis, je dirai maintenant : que la paix soit avec toi ! "
Votre Sainteté, vous êtes venu pour une mission de fraternité, de souvenir et de paix. Et nous vous disons : Baroukh ata beYisrael ! Soyez béni en Israël !
Rencontre avec le président d'Israël Ezer Weizman, le 23 mars 2000
Le président Ezer Weizman :
Je suis honoré et heureux d'accueillir Votre Sainteté dans la résidence du président à Jérusalem...
La question se pose souvent de savoir si c'est l'histoire qui fait un dirigeant ou si c'est un dirigeant qui crée l'histoire. Vous, Votre Sainteté, il ne fait aucun doute que vous laissez votre marque et votre influence dans l'histoire. Au cours des dernières années, nous avons assisté à un phénomène de mondialisation. Des peuples de pays différents, de cultures et de religions différentes se rapprochent les uns des autres. C'est dû à la technologie moderne. Mais vous, Votre Sainteté, de par votre caractère, votre comportement et votre influence personnelle, vous unissez les coeurs de l'humanité.
Nous nous trouvons à Jérusalem, la Ville sainte, la capitale éternelle d'Israël - un centre religieux très important pour le judaïsme, le christianisme et l'islam - ainsi que la ville de la paix. Votre visite à Jérusalem peut contribuer à la paix, à l'amitié entre juifs, musulmans et chrétiens, ainsi qu'entre Israël et le monde arabe.
Pendant trente ans, j'ai participé personnellement aux guerres israéliennes, et au cours des vingt dernières années j'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir dans le combat pour la paix... Une paix totale entre Israël et ses voisins est le rêve de tout Israélien et de tous les peuples du Moyen Orient...
Mon épouse et moi-même souhaitons à Votre Sainteté santé et succès tout au long de cette exceptionnelle visite en Israël.
Sa Sainteté le pape Jean-Paul II :
Je suis extrêmement reconnaissant, M. le président, de l'accueil que vous m'avez réservé en Israël. A cette rencontre, nous amenons tous deux une longue histoire. Vous représentez la mémoire juive, rejoignant par-delà l'histoire récente de ce pays le périple unique de votre peuple à travers les siècles et les millénaires. Ma mémoire chrétienne remonte aux deux mille années écoulées depuis la naissance de Jésus dans ce pays.
L'histoire, comme le pensaient les anciens, est Magistra vitae, un maître de vie. C'est la raison pour laquelle nous devons être déterminés à cicatriser les blessures du passé afin qu'elles ne puissent plus jamais se rouvrir. Nous devons oeuvrer en vue d'une nouvelle ère de réconciliation et de paix entre juifs et chrétiens. Ma visite constitue une promesse que l'Eglise catholique fera tout ce qui est en son pouvoir afin d'assurer qu'il ne s'agit pas seulement d'un rêve mais d'une réalité.
Nous savons que la véritable paix au Moyen Orient ne surviendra que par suite d'une compréhension et d'un respect mutuel entre tous les habitants de cette région - juifs, chrétiens et musulmans. Dans cette perspective, mon pèlerinage est un voyage d'espoir : l'espoir que le XXIe siècle conduira à une nouvelle solidarité entre les peuples du monde, dans la conviction que la prospérité, la justice et la paix ne peuvent être atteints sans que tous soient concernés.
L'édification d'un avenir plus radieux pour la grande famille humaine représente une tâche qui nous regarde tous. Je suis donc heureux de vous saluer, ainsi que les ministres, les députés de la Knesset et les représentants diplomatiques de nombreux pays, vous qui devez prendre et appliquer des décisions affectant des vies humaines. J'espère ardemment qu'un authentique désir de paix inspirera chacune de vos décisions. Dans ma prière, j'appelle sur vous, M. le président, sur votre pays et sur vous tous qui m'avez honoré de votre présence, des bénédictions divines abondantes. Merci.
Rencontre interconfessionnelle au Centre Notre-Dame, à Jérusalem, le 23 mars 2000
Sa Sainteté le pape Jean-Paul II :
D'un point de vue chrétien, n'appartient pas aux dirigeants religieux de proposer des formules techniques en guise de solution à des problèmes politiques, économiques et sociaux. Leur mission consiste avant tout à enseigner des vérités de foi et une conduite juste, à aider les gens notamment ceux qui exercent des responsabilités publiques à prendre conscience de leurs devoirs et à les accomplir. En tant que dirigeants religieux, nous aidons les gens à mener une vie de plénitude, à harmoniser la dimension verticale de leur relation à Dieu avec la dimension horizontale du service rendu à leur prochain...
Chacune de nos religions connaît, sous une forme ou sous une autre, la règle d'or : "Fais à autrui ce que tu voudrais qu'on te fasse". Si précieuse que soit cette règle de conduite, il demeure que le véritable amour du prochain va beaucoup plus loin. Il se fonde sur la conviction que lorsque nous aimons notre prochain nous manifestons notre amour pour Dieu, et lorsque nous blessons notre prochain, nous offensons Dieu. Ce qui signifie que la religion est ennemie de l'exclusion et de la discrimination, de la haine et de la rivalité, de la violence et des conflits. La religion n'est pas, et ne doit pas devenir, un prétexte à la violence, en particulier lorsque l'identité religieuse coïncide avec l'identité culturelle et ethnique. La religion et la paix vont de pair ! La croyance religieuse et la pratique sont inséparables de la défense de l'image de Dieu présente en tout être humain.
En faisant appel aux richesses de nos traditions religieuses respectives, nous devons développer la prise de conscience que les problèmes d'aujourd'hui ne seront pas résolus si nous demeurons ignorants et isolés les uns des autres. Nous sommes tous conscients des malentendus et conflits passés qui pèseront encore lourd sur les relations entre juifs, chrétiens et musulmans. Nous devons faire tout notre possible pour transformer cette sensibilité aux offenses et péchés d'autrefois en une ferme résolution de construire un nouvel avenir où ne s'instaurera entre nous rien d'autre qu'une coopération respectueuse et fructueuse...
Extraits de l'homélie prononcée par le pape Jean-Paul II sur le mont des Béatitudes (Korazim), le 24 mars 2000
"Réfléchissez à votre vocation, frères et soeurs" (I Corinthiens 1 :26)
Aujourd'hui, ces mots de saint Paul s'adressent à tous ceux d'entre nous qui sommes venus ici sur le mont des Béatitudes. Nous sommes assis sur cette colline comme les premiers disciples, et nous écoutons Jésus. Dans le calme, nous entendons sa voix douce et pressante, aussi douce que cette terre elle-même et aussi pressante qu'un appel à choisir entre la vie et la mort... C'est merveilleux que vous soyez là ! ...
Les premiers à entendre le sermon des Béatitudes de Jésus gardaient dans leur coeur le souvenir d'une autre montagne - le mont Sinaï. Il y a tout juste un mois, j'ai eu le privilège de m'y rendre, là où Dieu parla à Moïse et lui donna la Loi, "burinée par le doigt de Dieu" (Exode 31 :18) sur des tables de pierre. Ces deux montagnes - le Sinaï et le mont des Béatitudes - constituent pour nous l'illustration d'un itinéraire de notre vie chrétienne et un récapitulatif de nos responsabilités envers Dieu et envers notre prochain. La Loi et les Béatitudes ensemble balisent le chemin des disciples du Christ et la voie royale conduisant à la maturité spirituelle et à la liberté.
Les Dix Commandements du Sinaï peuvent sembler négatifs : "Tu n'auras point d'autres dieux que moi ; ... ne commets point d'homicide ; ne commets point d'adultère, ne commets point de larcin ; ne rends pas, contre ton prochain, un faux témoignage..." (Exode 20 :3, 13-16) Mais ils sont, en fait, extrêmement positifs ! Allant au-delà du mal qu'ils dénoncent, ils soulignent la voie menant à la loi d'amour qui est le premier et le plus grand des commandements : "Tu aimeras l'Eternel ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit... Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Matthieu 22 : 37, 39). Jésus lui-même déclare être venu non pour abolir mais pour accomplir la Loi (cf. Matthieu 5 : 17). Son message est nouveau, mais il ne détruit pas l'ancien ; il le réalise dans toute sa dimension. Jésus enseigne que la voie de l'amour accomplit la Loi (cf. Gal. 5 : 14). Et c'est ici, sur cette colline de Galilée qu'il a enseigné cette vérité extrêmement importante...
Non loin de ce lieu, Jésus exhorta ses premiers disciples, comme il vous exhorte maintenant. Dans son appel, il a toujours exigé un choix entre deux voix rivales dans vos coeurs, même maintenant sur cette colline, le choix entre le bien et le mal, entre la vie et la mort. Quelle voix les jeunes gens du XXIe siècle choisiront-ils de suivre ? Placer sa foi en Jésus, c'est choisir de croire en ce qu'il dit, si étrange que cela puisse paraître, et choisir de rejeter les appels du mal, si sensés et séduisants qu'ils puissent sembler...
Les disciples ont passé du temps avec le Seigneur. Ils sont venus pour apprendre et pour l'aimer d'un amour profond. Ils ont découvert la signification de ce que l'apôtre Pierre a, un jour, déclaré à Jésus : " Seigneur, vers qui irons-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle" (Jean 6 : 68). Ils ont découvert que les paroles de la vie éternelle sont les paroles du Sinaï et les paroles des Béatitudes. Et ceci est le message qu'ils ont diffusé partout... Pendant deux mille ans, les disciples du Christ se sont acquittés de cette mission. Aujourd'hui, au seuil du troisième millénaire, c'est votre tour. C'est votre tour d'aller dans le monde prêcher le message des Dix Commandements et des Béatitudes... (Ils) parlent de vérité et de bonté, de grâce et de liberté : de tout ce qui est nécessaire pour entrer dans le royaume du Christ. Aujourd'hui c'est votre tour d'être les courageux apôtres de ce royaume ! ...
Seigneur Jésus, tu as fait de ces jeunes gens tes amis. Garde-les toujours près de toi ! Amen.
Rencontre oecuménique au patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem, le 25 mars 2000
Sa Sainteté le pape Jean-Paul II :
Patriarche Diodoros, je remercie Votre Béatitude pour votre fraternelle hospitalité et pour les paroles aimables que vous nous avez adressées. Je salue Sa Béatitude le patriarche Torkom et tous les archevêques et évêques des Eglises et communautés ecclésiales ici présentes. C'est un motif de grande joie de savoir que les chefs des communautés chrétiennes de la ville sainte de Jérusalem se rencontrent fréquemment pour discuter de questions spirituelles d'intérêt commun. L'esprit fraternel qui prévaut parmi vous est un signe et un don fait aux chrétiens de la Terre sainte au moment où ils sont confrontés à des défis.
.... (La rencontre de ce soir) confirme que nous avons emprunté la voie permettant de mieux nous connaître les uns les autres, avec le désir de surmonter la méfiance et les rivalités héritées du passé. Ici, à Jérusalem, dans la ville où notre Seigneur Jésus- Christ est mort et s'est levé de parmi les morts, ses paroles prennent une résonance particulière - notamment les mots qu'il a prononcés la nuit précédant son décès : puissent-ils tous être un ; ... afin que le monde puisse croire que vous m'avez envoyé (Jean 17 : 21). C'est en réponse à cette prière du Seigneur que nous sommes ici ensemble, tous fidèles à un seul Dieu malgré nos affligeantes divisions, et tous conscients que sa volonté nous oblige, nous et les Eglises et communautés ecclésiales que nous représentons, à emprunter la voie de la réconciliation et de la paix...
En Terre sainte, où les chrétiens vivent aux côtés des fidèles du judaïsme et de l'islam, où les tensions et conflits sont quasi-quotidiens, il est essentiel d'éliminer la scandaleuse impression donnée par nos désaccords et disputes. Dans cette ville, il devrait être parfaitement possible pour les chrétiens, les juifs et les musulmans de vivre dans la fraternité et la liberté, dans la dignité, la justice et la paix...
Au Mur occidental, le 26 mars 2000
Prière écrite du Saint Père, placé dans une fente du Mur occidental :
Dieu de nos pères, tu a choisi Abraham et ses descendants pour apporter ton Nom aux nations. Nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'histoire, ont fait souffrir tes enfants, et, implorant ton pardon, nous voudrions nous engager sur la voie d'une fraternité authentique avec le peuple de l'Alliance. Nous demandons cela par l'intermédiaire du Christ, notre Seigneur. Amen.
Jérusalem, le 26 mars 2000 Joannes Paulus II
Rabbin Michael Melchior, ministre des Affaires de la diaspora
... Trois fois par jour, depuis des milliers d'années, les juifs, partout dans le monde, prient tournés vers ce lieu. Nous n'avons jamais cessé de prier. Nous n'avons jamais cessé d'exprimer notre nostalgie :"Puissent nos yeux voir Dieu, dans sa clémence, nous ramener à Sion ! " Dans les cachots sordides de l'Inquisition ; en attendant le noeud coulant du bourreau ; dans les wagons à bestiaux bondés en route pour Auschwitz, Treblinka ou Maïdanek ; et dans le feu des combats livrés pour défendre notre pays - les juifs ont langui ce lieu saint et prié dans sa direction...
Nous accueillons votre arrivée ici comme le respect d'un engagement pris par l'Eglise catholique de mettre fin à une ère de haine, d'humiliation et de persécution du peuple juif. Au nom du gouvernement d'Israël et du peuple juif, nous lançons ici un appel de la voix la plus forte et la plus nette : Plus jamais.
Nous ne pervertirons plus les sublimes valeurs de la religion pour justifier la guerre. N'invoquons plus le nom de Dieu tout en écrasant ceux qui ont été créés à son image. Aujourd'hui commence une ère nouvelle : nous levons tous les yeux au ciel et nous nous engageons à rechercher chaque ancienne voie et à paver de nouvelles routes qui apporteront la paix à toutes les religions et à tous les croyants - juifs, chrétiens et musulmans...
Faisons tout notre possible pour concrétiser le chant de paix du prophète Isaïe : "Je les amènerai sur ma sainte montagne, je les comblerai de joie dans ma maison de prières, leurs holocaustes et autres sacrifices seront les bienvenus sur mon autel ; car ma maison sera dénommée Maison des prières pour toutes les nations." (Isaïe 56 : 7)...
Le pape s'exprime en toute franchise sur Israël, le judaïsme et la Shoah Mars 1979 - mars 2000
Les propos du pape Jean-Paul II sur ces sujets au cours de la brève visite qu'il a effectuée en Israël en mars dernier n'étaient que l'aboutissement d'une longue série de déclarations, s'étendant sur plus d'une vingtaine d'années, dans lesquelles le pape évoque la nécessité d'une repentance de la part de l'Eglise et d'une réconciliation authentique et durable entre les communautés juive et chrétienne. Voici quelques- unes de ces déclarations.
Le chemin que nous devrions emprunter avec la communauté juive religieuse est celui d'un dialogue fraternel et d'une collaboration fructueuse. (mars 1979)
Le peuple juif est le peuple de Dieu et de l'ancienne Alliance, jamais révoquée par Dieu. (novembre 1980)
Avec le judaïsme, par conséquent, nous entretenons une relation que nous n'entretenons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères bien-aimés et d'une certaine façon, on peut dire que vous êtes nos frères aînés. (avril 1986)
On ne trouvera aucune justification théologique valable aux actes de discrimination ou de persécution perpétrés à l'encontre des juifs. En fait, de tels actes doivent être considérés comme coupables. (novembre 1986)
Nous devons également réfléchir aux événements catastrophiques de la Shoah, cette tentative implacable et inhumaine d'anéantir le peuple juif en Europe, qui a causé la mort de plusieurs millions de victimes - y compris des femmes et des enfants, des personnes âgées et des malades - massacrés pour la seule raison qu'ils étaient juifs. (septembre 1987)
Après la tragique extermination de la Shoah, les juifs ont entamé une nouvelle époque de leur histoire. En vertu de la loi internationale, ils ont droit à une patrie, comme toute nation civile. Pour le peuple juif qui vit dans l'Etat d'Israël et conserve, dans ce pays, des témoignages si précieux de leur histoire et de leur foi, nous devons demander la sécurité souhaitée et la tranquillité voulue qui sont les prérogatives de toute nation ainsi que les conditions de vie et de progrès de toute société. (septembre 1987)
Pour les chrétiens, la lourde charge de culpabilité dans l'assassinat du peuple juif doit être un appel durable au repentir ; nous pourrons ainsi surmonter toute forme d'antisémitisme et instaurer une nouvelle relation avec cette nation soeur de l'ancienne Alliance. (novembre 1990)
Le fait que l'antisémitisme ait trouvé place dans la pensée et la pratique chrétienne exige, de notre part, un acte de techouva (repentir) et de réconciliation. (décembre 1990)
Soutenus par sa foi en Dieu, même au cours de sa dispersion millénaire, le peuple juif a préservé son identité, ses rites, sa tradition - et a véritablement apporté une contribution essentielle à la vie spirituelle et culturelle du monde. (août 1991)
Face au danger de la résurgence et de la propagation des sentiments, attitudes et initiatives antisémites qui se manifeste de façon inquiétante aujourd'hui - et nous connaissons tous les conséquences les plus horribles qu'a eu ce phénomène autrefois - nous devons enseigner aux consciences à considérer l'antisémitisme et toute forme de racisme comme des péchés contre Dieu et l'humanité. (août 1991)
Une nouvelle époque se fait jour dans les relations entre le Saint-Siège et l'Etat d'Israël, grâce à un dialogue persévérant et grâce à une active collaboration qui contribueront à approfondir la compréhension entre l'Eglise catholique et le peuple juif d'Israël et du monde entier. (septembre 1994)
Dieu de nos pères, tu a choisi Abraham et ses descendants pour apporter ton Nom aux nations. Nous sommes profondément attristés par le comportement de ceux qui, au cours de l'histoire, ont fait souffrir tes enfants et, implorant ton pardon, nous voudrions nous engager sur la voie d'une fraternité authentique avec le peuple de l'Alliance. (mars 2000) |