Un revêtement spécial dilatant les artères coronariennes obstruées et prévenant leur ré-encrassement est testé en Israël pour la première fois.
Judy Siegel-Itzkovich
Dans les pays occidentaux, plus d'un tiers des patients atteints d'une maladie cardiaque subissent une angioplastie - un processus requérant l'utilisation d'un minuscule ballonnet gonflé à l'extrén-ùté d'un cathéter, comprimant les dépôts graisseux dans une artère coronaire et améliorant ainsi la circulation du sang vers le coeur. Ce processus réduit considérablement la nécessité de procéder à une douloureuse et coÛteuse opération à coeur ouvert - une intervention plus longue et plus compliquée au cours de laquelle l'artère coronaire bouchée est remplacée par un vaisseau sanguin prélevé dans une autre partie du corps et qui nécessite plusieurs semaines de convalescence.
Cependant, l'angioplastie aboutit souvent à l'affaiblissement et à l'effondrement des parois du vaisseau traité, ce qui réduit l'apport de sang au coeur. Ce problème a été résolu par l'invention des stents - des tubes miniatures maillés en acier inoxydable qui maintiennent ouvertes les sections affaiblies des artères coronaires dilatées par l'angioplastie. Mais, dans un délai de trois à six mois, 40 à 50% des stents sont à nouveau obstrués par des dépôts graisseux - phénomène appelé sténose récalcitrante.
Les chercheurs israéliens comptent désormais parmi un groupe restreint capable d'expérimenter une nouvelle sorte de stent recouvert d'un antibiotique à diffusion lente qui empêche presque entièrement la sténose récalcitrante. Fabriqué par Cordis, une société appartenant à la multinationale de produits médicaux Johnson & Johnson, le stent est enduit de rapamycine, un médicament utilisé ces dernières années par les receveurs de greffe de rein pour éviter le rejet de l'organe. Ce médicament est libéré dans le système sanguin pendant une période de 45 jours, empêchant de nouvelles cellules graisseuses de se constituer sans diminuer la cicatrisation du vaisseau sanguin ; il réduit également les risques d'inflammation. Le professeur Haïm Lotan, qui dirige le service de cardiologie de l'hôpital Hadassah Ein-Kerem de Jérusalem, a implanté ce stent spécial dans l'artère coronaire d'un patient âgé de 40 ans. A son avis, ce nouveau type de stent annonce, en cardiologie, une révolution qui diminuera considérablement le nombre des pontages coronariens. Ses collègues et lui-même espèrent poser ces stents sur d'autres patients au cours des prochains mois.
Dans les tests cliniques précédents effectués sur 238 patients en Europe et en Amérique latine, 3% seulement de ceux qui avaient reçu le stent enduit ont souffert d'autres troubles cardiaques dans les six mois suivants, contre 27% chez ceux qui en avaient reçu un ordinaire. Au cours de sa communication au congrès annuel de l'Association européenne de cardiologie qui s'est tenu à Stockholm, le docteur Marie-Claude Morice, chef du service de chirurgie cardiaque à l'Institut hospitalier Jacques Cartier à Massy, a déclaré : Nous assistons probablement au début d'une ère nouvelle dans le traitement des maladies coronariennes.
Outre l'hôpital Hadassah de Jérusalem, l'hôpital Rambam de Haïfa a également été invité à participer à ces tests. Les équipes estiment que les résultats favorables mèneront à l'approbation de ce stent par la FDA (Food and Drug Administration) aux Etats-Unis. Le professeur Lotan souligne qu'avec l'arrivée de concurrents dans ce domaine, le prix de ce stent - qui s'élève aujourd'hui à 2 ou 3 000 dollars, soit près du double d'un s tent ordinaire - diminuera, ce qui non seulement réduira le nombre de pontages coronariens mais également économisera au système de santé des sommes considérables.