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Assurer la Securite dans le Ciel

1 Nov 2001
 ISRAEL MAGAZINE-ON-WEB: Novembre 2001
 
     
Assurer la Sécurité dans le Ciel
 
 

 

 

 

 

 

Après le 11 septembre, de nombreux spécialistes de l'industrie des lignes aériennes ont consulté Israël.

Simon Griver

Depuis les attentats perpétrés par avion, le 11 septembre dernier, aux Etats-Unis, les services de sécurité israéliens et la compagnie aérienne El Al ont reçu plusieurs dizaines de demandes d'assistance, d'avis et de formation sur la façon de neutraliser l'action éventuelle d'autres pirates de l'air. « Les demandes émanent de diverses sources », explique Nachman Kleinman, le porte-parole d'El Al, la compagnie nationale d'Israël.

Bien qu'il soit impossible d'affirmer que des attentats dans le style du 11 septembre ne seront pas perpétrés contre Israël, les mesures de sécurité adoptées par l'industrie aéronautique du pays en réduisent considérablement les risques.

L'une de ces mesures consiste dans le contrôle extrêmement rigoureux exercé par les responsables du trafic aérien sur tous les avions de la région, explique M. Reouven Pedatzour, un analyste de la défense en poste à l'Université de Tel Aviv, ancien pilote de l'armée de l'air d'Israël. « Ces avions sont suivis grâce à des émetteurs-récepteurs situés dans la cabine de pilotage qui envoient un signal numérique aux contrôleurs de l'air au sol. Le fait que ces émetteurs-récepteurs soient éteints, comme c'était le cas dans les avions détournés en septembre, est considéré comme extrêmement suspect. » Cela pourrait motiver l'envoi d'avions de combat pour intercepter l'appareil menaçant, ajoute le général Dan Shomron, ancien chef d'état-major de Tsahal, les Forces de défense d'Israël. Il souligne qu'outre les émetteurs-transmetteurs, l'armée dispose de son propre équipement de radars perfectionnés. « Nos radars détectent les avions à une très grande distance », explique le général Shomron. « Si des avions suspects commencent à se rapprocher d'une cible, nous pouvons rapidement intervenir. »

Un tel incident s'est produit en 1973 lorsque, de façon inexplicable, un appareil libyen s'égara au-dessus de l'Egypte et se dirigea vers Israël. L'avion fut abattu au-dessus du désert du Néguev au moment où il s'approchait du centre densément peuplé du pays. Plus récemment, quelques mois seulement avant les attentats du 11 septembre, un avion léger venu du Liban et survolant illégalement Israël a été abattu par l'armée de l'air au-dessus de la côte méditerranéenne.

Cette pratique d'abattre des appareils demeure cependant exceptionnelle. L'idéal est d'empêcher les terroristes de détourner les avions. On peut y parvenir en contrôlant l'ensemble des passagers, véritable routine pour la compagnie El Al. Cette conception de la sécurité fut introduite après le détournement d'un avion d'El Al en 1968. Depuis lors, personne n'a tenté de s'emparer d'un de ses appareils. Amiram Maor, le directeur de la division commerciale du groupe des Industries militaires d'Israël (IMI), est également le directeur général de l'académie d'IMI pour la sécurité de pointe et la formation anti-terroriste. Cette académie forme des unités anti-terroristes ainsi que des responsables de la sécurité à bord des avions comme ceux qu'emploie El Al. « Il semble que la réponse aux attentats perpétrés aux Etats-Unis doive comprendre deux étapes », précise M. Maor. « Dans une première phase, une importante sécurité sera déployée à grands renforts de publicité, accompagnée d'une activité manifeste pour répondre à la panique des passagers et du personnel. Mais cela n'assurera pas une sécurité effective. Nous estimons que l'Amérique doit élaborer une conception de la sécurité identique à celle d'Israël tout en l'adaptant à ses besoins spécifiques. C'est la seconde phase. »

Cette conception conduira vraisemblablement à contrôler minutieusement les passagers et leurs bagages tout en intensifiant la sécurité dans les aéroports et à bord des appareils. Ces mesures, qui seront imposées à toutes les compagnies d'aviation désireuses de faire atterrir ou décoller leurs avions dans les aéroports des Etats-Unis, deviendront une norme internationale obligatoire assez semblable aux rigoureux règlements de sécurité actuellement en vigueur. M. Maor craint cependant que les Américains n'adoptent ultérieurement une conception différente et moins draconienne que celle qu'El Al et la Direction de l'aéroport d'Israël mettent actuellement en uvre. « Les gens ont la mémoire courte », observe-t-il. « Le souvenir de la douloureuse tragédie du 11 septembre va s'estomper avec le temps, et les exigences des affaires et du profit vont miner certains aspects de la conception israélienne qui s'avère coûteuse et présente de nombreux inconvénients aussi bien pour les compagnies aériennes que pour les passagers. » Jusqu'à présent, aux Etats-Unis, on préférait voyager en avion plutôt qu'en autobus, le contrôle des bagages étant effectué superficiellement par un personnel pratiquement sans formation.

« Il incombe aux compagnies d'aviation et aux autorités des aéroports de contrôler les passagers dès leur arrivée à l'aéroport », explique M. Maor. Le modèle israélien est draconien : il est demandé aux passagers d'arriver dans les aéroports plusieurs heures avant le décollage ; leurs bagages sont soumis à des fouilles méticuleuses et des questions personnelles leur sont posées sur eux-mêmes et sur le but de leur voyage. En outre, les compagnies d'aviation et les aéroports doivent former du personnel et investir des montants considérables dans l'équipement de détection de pointe. Le personnel de la sécurité dûment formé qui accueille le passager à son arrivée à l'aéroport ou au pré-enregistrement des bagages contrôle d'abord et surtout les passagers eux-mêmes. Ordinairement, ils vérifient que les billets et les passeports sont en règle et, tout en les observant attentivement, leur posent des questions importantes, par exemple : leurs bagages sont-ils demeurés en permanence sous leur surveillance, qui a fait les valises, quelqu'un leur a-t-il demandé de transporter quelque chose à remettre à destination ?

Au premier abord, il n'est pas toujours évident de distinguer les passagers suspects de ceux qui ne le sont pas. En 1986, une jeune femme irlandaise enceinte, à l'air innocent, franchit sans encombre le contrôle des bagages instauré par l'Autorité des aéroports britanniques à l'aéroport Heathrow de Londres. Mais, avant d'embarquer à bord du vol d'El Al à destination d'Israël, elle fut soumise à un second contrôle de sécurité par l'équipe de la compagnie israélienne. La vigilance d'un responsable de la sécurité fut rapidement éveillée lorsqu'elle lui raconta que son petit ami palestinien, qui lui avait fixé rendez-vous en Israël quelques jours plus tard, l'avait aidée à faire sa valise. L'homme de la sécurité soupçonna immédiatement que sa valise contenait des explosifs avant même de l'ouvrir. La jeune femme ignorait qu'elle transportait une bombe à retardement programmée pour exploser pendant le vol vers Tel Aviv.

En Israël, les aéroports sont entourés d'une clôture de sécurité équipée de détecteurs électroniques destinés à empêcher les infiltrations. En outre, les autorités de l'aéroport veillent à contrôler le personnel civil, notamment les employés de la maintenance, du nettoyage et de la restauration qui montent à bord des avions entre les vols. Dans l'appareil lui-même, El Al n'autorise pas les passagers à porter des armes, ne serait-ce que des couteaux. Sur tous les vols, il y a toujours au moins un garde armé en civil, et l'équipage est entraîné à distinguer tout ce qui peut lui sembler suspect et à le signaler immédiatement. En outre, à la différence de la plupart des compagnies aériennes, la cabine de pilotage est toujours solidement verrouillée, l'accès étant réservé au personnel autorisé.

IMI négocie avec plusieurs compagnies aériennes, aéroports et autorités aériennes pour la fourniture de services de consultants, d'assistance professionnelle et une formation sur ces sujets, explique le directeur commercial. « Bien que certains de nos clients soient pressés, nous préférons attendre pour savoir quelles normes internationales imposeront les autorités américaines. Mais l'idée est d'élaborer une conception globale pour la planification et la mise en Suvre. » A cet effet, IMI met au point des projets de gestion, installe et intègre des systèmes, forme du personnel à tous les niveaux, de l'opérateur au poste de commandement. Naturellement, IMI préfère former des professionnels dans son propre collège en Israël, mais, dans l'intérêt du client, la société envisage actuellement d'équiper des locaux pour une formation aux Etats-Unis et éventuellement dans d'autres pays du monde avec lesquels Israël entretient des relations diplomatiques. Par ailleurs, IMI propose ses compétences dans les combats livrés dans des guerres non-conventionnelles ou dans les menaces guettant les navires et autres moyens de transports, l'infrastructure et les sites stratégiques comme les raffineries de pétrole et les dépôts d'essence. M. Maor souligne que tous les contrats doivent recevoir l'approbation aussi bien du gouvernement israélien que de celui du pays du client potentiel.

L'objectif principal, explique-t-il, est de dissuader les terroristes de perpétrer un attentat ou de les en empêcher en les capturant avant qu'ils n'agissent. Mais, en cas d'attentat, les systèmes de sécurité, d'urgence et de sauvetage doivent être prêts pour circonscrire rapidement la menace et réduire les pertes au minimum grâce au déploiement souple des forces d'intervention d'urgence dépendant des services privés et publics.

Depuis plusieurs décennies, la population israélienne vit sous la menace du terrorisme, mais elle accepte patiemment les inconvénients financiers et personnels que présentent les mesures de sécurité et il est indéniable que d'innombrables vies humaines ont ainsi été sauvées.

 
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