Un village oecuménique chrétien en Galilée occidentale propose un programme d'étude du judaïsme et des relations judéo-chrétiennes unique en son genre.
Janet Mendelsohn Moshé
Nes Ammim, un petit village situé en Galilée occidentale, non loin de l'ancienne ville portuaire d'Akko, a été fondé au début des années 1960 par des chrétiens néerlandais, allemands et suisses qui estimaient que la théologie chrétienne avait sa part de responsabilité dans la Shoah et souhaitaient montrer leur solidarité avec le peuple juif. Ils espéraient apporter leur contribution économique à l'Etat juif tout en encourageant le respect mutuel et l'entente.
Le nom du village, Nes Ammim , s'inspire du prophète Isaïe (XI : 10) et signifie un étendard des peuples . L'idée était de renouveler et d'approfondir les relations avec le peuple juif , explique Jan Montsma, originaire des Pays-Bas. Il était important de réviser nos doctrines sur le judaïsme et de rappeler aux chrétiens que l'interprétation juive des Ecritures est aussi valable que la nôtre.
Jan et Janny Montsma sont arrivés au village en 1994. Après avoir occupé un poste de direction chez IBM, Jan a pris une retraite anticipée et son savoir-faire en matière de gestion a rapidement été mis à profit par le village. Janny, institutrice de profession, a commencé par s'occuper de la boutique de cadeaux de l'hôtel et a apprécié ses rencontres avec les artisans locaux. Tous deux sont restés quatre ans avant de rentrer chez eux, mais les Montsma demeurent d'actifs partisans du village, et Jan aide actuellement à trouver de nouveaux domaines d'expansion économique pour Nes Ammim.
Comme bien d'autres villages agricoles de la région, Nes Ammim a connu des temps difficiles. Malheureusement, nos vergers sont exploités par nos voisins et nos serres autrefois remplies de roses sont vides , soupire le révérend Andreas Grefen, le directeur des études du village. Mais, selon lui, l'avenir réside dans le développement de ce qui est la raison d'être du village : l'éducation et le dialogue. Nous considérons Nes Ammim comme un microcosme d'apprentissage interculturel, explique-t-il. Un visiteur peut connaître la vie en Israël tout en assistant de visu au développement de la coexistence et de la coopération.
La pension de famille strictement cacher et bien gérée de Nes Ammim attire aussi bien des vacanciers du pays que des touristes chrétiens du monde entier. Des séminaires sur les relations judéo-chrétiennes et les débuts du christianisme en Galilée sont régulièrement organisés.
Ceux qui désirent s'investir davantage dans le projet de Nes Ammim ont la possibilité de passer un an ou davantage au village en tant que membres de la communauté à part entière, en y travaillant tout en participant aux cycles d'études proposés. Nes Ammim compte des habitants de court terme ou de long terme âgés de 19 à 80 ans. Ceux qui résident pendant deux ans ou plus longtemps doivent avoir des compétences utiles à la communauté. Les bébés sont accueillis dans l'excellente crèche du village et lorsqu'ils arrivent à l'âge d'être scolarisés, ils fréquentent l'école primaire du moshav Regba puis le lycée du kibboutz Kabri.
Nos enfants s'adaptent très rapidement à la vie en Israël , précise le révérend Grefen.
Nous sommes venus d'Allemagne pour nous installer à Nes Ammim en 1999, lorsque Sascha avait 11 ans et Lena-Elena 7 ans seulement. Pour s'installer ici, les Grefen avaient attendu de devenir une famille. Ma femme Gaby avait fait du volontariat en Israël en 1981 et elle rêvait d'y vivre et d'y travailler un certain temps , rappelle-t-il. En tant que spécialiste des sciences humaines, elle a enseigné des thèmes liés à la Shoah ainsi qu'à l'histoire du judaïsme. Le révérend a étudié la théologie de 1979 à 1986. Au cours de mes études, l'Eglise démontrait les racines du christianisme dans le judaïsme et discutait de la culpabilité de l'Eglise à l'égard des juifs depuis 2000 ans . De 1989 à 1999, le révérend Grefen était pasteur près de Düsseldorf où lui et sa femme s'efforçaient d'améliorer les relations judéo-chrétiennes dans la région.
Aujourd'hui, ils apprécient la sérénité de la vie en Galilée tout en rencontrant des personnes venues du monde entier. L'essentiel, à Nes Ammim, sera toujours pour nous la relation particulière entre le christianisme et son frère aîné le judaïsme , dit-il, mais nous pourrons peut-être aussi faciliter les contacts entre les différentes communautés en Israël. Dans ce but, nous avons déjà organisé des centres aérés et des séminaires judéo-arabes. Nous espérons pouvoir servir de modèle de relations de bon voisinage.