En Israël, la fête de Pêque possède ses propres coutumes et rituels annuels
Daniella Ashkenazy
La première nuit de Pêque, celle du séder, les juifs du monde entier posent la question :
En quoi cette nuit diffère-t-elle de toutes les autres nuits ? En fait, en Israël, toute la semaine de Pêque ainsi que celles qui la précèdent ont une saveur unique qui différencie cette période de toutes les autres dans le calendrier national.
La fête de Pêque célèbre la sortie des Israélites de l'Egypte ancienne, après plus de deux siècles d'esclavage. Dans leur hête à partir, ils ne prirent pas le temps de laisser monter la pête et cuisirent du pain non levé appelé matzah. Dieu ordonna à Moïse d'enseigner au peuple juif qu'il devait commémorer l'événement, chaque année, en débarrassant les maisons de tout produit levé (hametz) pendant sept jours.
Dans l'Israël moderne cependant, Pêque ne consiste pas seulement à consommer de la matzah pendant une semaine. La fête constitue à la fois une aubaine et un casse-tête pour les producteurs comme pour les détaillants. Par exemple, produire du lait ou du poulet cacher pour Pêque suppose non seulement de s'assurer qu'aucune source de levain n'a pu entrer en contact avec la production, mais également de modifier la composition du menu des animaux de ferme plusieurs semaines à l'avance.
En outre, un bon mois avant le début de la fête, des produits étiquetés cacher pour Pêque - qu'il s'agisse de produits alimentaires, de dentifrice ou de nourriture pour chiens - font leur apparition sur les rayons des supermarchés ; les commandes de produits ordinaires chutent et l'approvisionnement en notre marque préférée de corn flakes atteint des niveaux dangereux. A l'approche de Pêque, les employés font des heures supplémentaires pour recouvrir les rayons des produits hametz de papier d'emballage ou autre camouflage.
Cependant, alors que 70% des produits sont interdits aux consommateurs pendant la fête, le volume des ventes n'est pas réduit pour autant : pour une fête tournant autour de la nourriture, les statistiques montrent que, dans les trois semaines précédant Pêque, les consommateurs dépensent entre deux et trois fois plus pour s'approvisionner en nourriture cacher pour Pêque .
Alors qu'au cours des êges, l'absence de levain constituait un défi majeur pour les cuisinières juives, les industries alimentaires inondent aujourd'hui les magasins de toutes sortes de produits, qu'il s'agisse de céréales pour le petit déjeuner, de pêtes et même de levure chimique, tous cacher pour Pêque. Au-delà de la nourriture, Pêque suscite aussi un immense marché de produits liés à la préparation de la fête : détergents liquides pour la vaisselle, nouvelles vaisselles et kilomètres de papier aluminium utilisé pour recouvrir les plans de travail des cuisines et les fours. Chacun veut faire quelque chose, ce qui conduit à des alliances stratégiques étranges mais extrêmement réussies. L'année dernière, l'achat d'une certaine marque de condiments donnait droit à une remise de 40% sur des appareils électroménagers d'une firme européenne.
Géographiquement, Israël est situé en un lieu du globe où il souffre d'un phénomène que d'aucuns considèrent comme la 11e plaie s'abattant sur les maisons de ceux qui s'affairent au nettoyage de printemps : un vent d'est chaud et sec qui souffle du désert dépose dans chaque maison reluisante d'Israël une fine couche de poussière jaune. D'autres affirment que la 11e plaie résulte d'une consommation excessive de matzah. Le problème, semble-t-il, n'est pas seulement le risque de prendre quelques kilos juste avant l'été, mais l'éventualité d'un blocage intestinal - une affection saisonnière qui augmente vers la fin de la semaine de Pêque. Les médecins font également état d'une augmentation du nombre d'enfants arrivant aux urgences des dispensaires juste avant Pêque pour avoir avalé des produits d'entretien dangereux.
La fête est ressentie aussi à l'armée. Ne prenant aucun risque, Tsahal interdit de recevoir tout colis de chez soi juste avant et pendant la semaine de Pêque pour le cas où ils contiendraient des friandises hametz, assurant ainsi que les bases demeurent strictement cacher aussi bien pour les soldats religieux que non-religieux qui servent côte à côte pendant la fête.
Une autre coutume qui a surgi en Israël est le cadeau de Pêque que les salariés s'attendent à recevoir la veille de la fête. Ce qui, à l'origine, et jusqu'à la fin des années 60, consistait en un simple geste d'amitié - une bouteille de vin et une boîte de bonbons ou un livre - est devenu, dans les années 70, un cadeau plus important - une paire de couvertures ou un fauteuil à bascule - pour atteindre des sommets dans les années 1990, sous la forme de cadeaux ou de coupons d'achat d'une valeur de 1 000 shékels (environ 250 dollars). Non seulement les supermarchés et les chaînes de magasins se font concurrence pour vendre ces coupons, mais cet usage a suscité des rivalités domestiques entre conjoints sur la question de savoir qui a eu quoi . Il existe même une exposition annuelle, organisée quelques mois avant Pêque, où plusieurs centaines d'industriels et d'importateurs dressent des stands dans l'espoir de décrocher des contrats de cadeaux de Pêque pour les employés des grandes sociétés ou des ministères.
On plaisante souvent du fait que les Israéliens revivent deux fois l'histoire de Pêque - une première fois assis à la table du séder et une seconde fois dans un exode motorisé. Durant deux ou trois heures, à la veille de la fête, il semble qu'une moitié de la population d'Israël se rende vers le nord du pays et l'autre moitié vers le sud, ce qui provoque les pires encombrements de l'année.
Les ministères, municipalités et bon nombre d'autres services et d'entreprises privées étant fermés ou du moins semi-paralysés, il faut pratiquement renoncer à effectuer toute démarche officielle durant Pêque. En outre, la plupart des restaurants cacher ferment leurs portes plutôt que d'entreprendre le processus compliqué de cachérisation de leurs cuisines pour Pêque. Il n'est donc pas surprenant que les avions quittant Israël au petit matin après la nuit du séder et les jours suivants soient pleins de vacanciers qui prévoient de revenir en Israël lorsque la vie domestique redeviendra normale.