Un nouveau système informatisé conservant les données réduira considérablement les risques de faute professionnelle en médecine hospitalière
Judy Siegel-Itzkovich
L'erreur est humaine mais, lorsqu'on travaille dans un hôpital où il est question de vie et de mort, un bref instant d'inattention ou une négligence momentanée risquent d'avoir des conséquences tragiques. E&C Medical Intelligence, une entreprise de logiciels installée à Jérusalem, a lancé sur le marché IPROB (Intelligent Patient Record for Obstetrics) qui a déjà sauvé des vies humaines et évité de graves erreurs médicales. L'appareil, destiné jusqu'à présent aux services d'obstétrique des Etats-Unis où les spécialistes paient jusqu'à 120 000 dollars par an une assurance couvrant les négligences médicales, a été acquis par les grands hôpitaux de New York et ses environs, du Massachusetts et de plusieurs régions du sud des Etats-Unis. Cependant, le fondateur de E&C, le docteur Eyal Ephrat, précise que le logiciel peut être adapté à pratiquement tout domaine médical et programmé à la demande pour n'importe quel service hospitalier.
L'un des exemples du succès remporté par le système IPROB a été donné, il y a quelques mois dans un hôpital du Massachusetts. En salle d'obstétrique, une infirmière avait reçu pour instruction d'administrer à une patiente enceinte de la pitocine - un médicament qui déclenche le travail. Comme à son habitude, l'infirmière a introduit l'information dans l'ordinateur IPROB installé à côté du lit de la patiente mais, à sa grande surprise, le programme s'est opposé à la perfusion. Intriguée et inquiète, elle a appelé l'infirmière en chef qui a cliqué sur la souris de l'ordinateur pour demander une explication. Il s'est rapidement avéré que la patiente se trouvait dans la 26e semaine de sa grossesse et souffrait de contractions prématurées. La pitocine aurait tragiquement mis fin à sa grossesse et à sa vie. Une enquête menée sur la cause de l'erreur a révélé une confusion dans les noms des patients.
Le docteur Ephrat, âgé de 41 ans, un ancien kibboutznik diplômé de la faculté de médecine Hadassah de l'Université hébraïque de Jérusalem, a exercé en obstétrique et gynécologie à l'hôpital Shaaré Tsédek de la capitale. En 1995, il a décidé d'abandonner sa blouse blanche pour entamer une nouvelle carrière et a fondé une entreprise de technologie de pointe qui, enregistrant des données médicales dans un système actif conçu pour éviter les erreurs, épargne des vies et de l'argent. La société, qui a son siège dans le parc industriel Har Hotzvim à Jérusalem, dispose de locaux de fabrication et d'un service de maintenance à Glen Rock, dans le New Jersey, sous la direction du docteur Bert Walls, gynécologue.
E&C emploie désormais plus de 75 personnes dont 60% sont des professionnels (médecins, sages-femmes et infirmières), 30% sont des techniciens (ingénieurs en logiciels, informaticiens et spécialistes de l'assistance aux clients), les autres appartenant à l'équipe commerciale et administrative.
Au début, ma famille était extrêmement nerveuse , rappelle Ephrat. Mais aujourd'hui, je suppose que bon nombre de mes anciens collègues m'envient. Aux Etats-Unis, environ 89 000 décès de patients sont imputables à des erreurs médicales. Les tribunaux de New York peuvent infliger des indemnités de 10 millions de dollars dans des cas d'enfants mort-nés ou déficients par suite d'une négligence. E&C propose une technologie à la pointe du progrès qui peut être adaptée aux besoins de l'anesthésiologie et des services hospitaliers. La base de données du patient sur IPROB comprend 11 000 champs de données cliniques sous une forme structurée pour accompagner n'importe quel scénario de travail et d'accouchement imaginable et prend en compte plus de 6 000 paramètres d'obstétrique.
Chaque fois qu'un patient subit des examens, effectue des analyses et avant de recevoir un médicament ou un traitement médical, la donnée est enregistrée dans son dossier médical informatisé. Il suffit d'un seul terminal dans une salle de l'hôpital, mais certains hôpitaux en ont installé un près de chaque lit. Pour avoir accès à l'ordinateur, un médecin ou une infirmière doit taper un mot de passe et la moindre donnée ajoutée est stockée en
permanence : il est impossible d'effacer ou d'éditer quoi que ce soit. En outre, les médecins n'ont pas besoin de taper de longs rapports dans la base de donnée ; il leur suffit d'amener à l'écran les menus couvrant le symptôme, l'examen ou le traitement voulu puis de cliquer sur la rubrique choisie.
Une rubrique cliquée produit automatiquement une description conviviale dans le résumé du cas du patient au début du fichier. IPROB rappelle aussi aux médecins s'ils ont omis d'introduire une donnée indispensable : s'ils ont fait quelque chose ordinairement contre-indiqué, ils doivent entrer une explication en bonne et due forme de leurs actions. Un grand médecin travaillant dans un site entièrement équipé par E&C a observé : c'est comme si mon collègue le plus âgé, celui en qui j'ai le plus confiance, surveillait à chaque étape, par-dessus mon épaule, la qualité du traitement que j'envisage.
E&C n'a pas déposé de brevet aux Etats-Unis parce qu'il est difficile de prouver que cette technologie est absolument unique en son genre. Mais l'entreprise ne craint pas le vol des systèmes individuels, chacun devant être adapté spécifiquement à l'établissement ou au service médical dans lequel il sera utilisé. Chaque hôpital a sa façon de travailler et ses propres caractéristiques. Si quelqu'un vole un IPROB pour l'emporter, disons, dans un hôpital au Japon, il disposera d'un système pour faire fonctionner le service d'obstétrique de l'hôpital Maïmonide de Brooklyn, ce qui ne l'aidera pas. Et une autre société de logiciels n'aurait pas intérêt à embaucher un si grand nombre de médecins pour mettre au point un tel programme .
Le docteur Ephrat affirme que les hôpitaux ayant acquis le système IPROB pour un million de dollars amortiront leur investissement total dans un délai de deux ans. Les hôpitaux perdent énormément d'argent parce que, faute de temps, leur personnel donne des médicaments et administre des traitements sans toujours les décrire suffisamment. Comme ils ne peuvent pas prouver qu'ils ont utilisé ces médicaments, les organismes sanitaires refusent de les rembourser. Mais avec notre système informatisé enregistrant le moindre détail, ils obtiendront ces remboursements . IPROB est également conçu pour délivrer automatiquement des actes de naissance en bonne et due forme contenant toutes les informations requises par les autorités sanitaires locales, ce qui fait gagner un temps considérable à l'administration.
Un médecin ou une infirmière peuvent apprendre à utiliser efficacement le programme en deux heures seulement. Au début, le personnel répugnera peut-être à tout enregistrer mais, ajoute le docteur Ephrat, il s'habituera en fait à accomplir volontiers ce travail qui lui évitera des erreurs et le protégera en cas de poursuite judiciaire. Les lois sur la négligence médicale font peser la charge de la preuve sur le médecin. Notre produit fournit ces preuves.