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Aspects de l'economie israelienne: Textiles et Habillement

1 Jul 2001
 
     

Textiles et Habillement
Juillet 2001

 
     

Shoshanna Solomon
Directeur de la collection : David Rosenberg

 
 
 

Surmontant les handicaps d'un marché intérieur limité, de l'éloignement des marchés d'exportation et de coûts élevés, Israël est parvenu à constituer une prospère industrie du textile et de l'habillement. Le mérite en revient pour une bonne part à l'industrie elle-même qui a adopté des méthodes de fabrication ultra-modernes afin d'obtenir des produits compétitifs de bonne qualité, a procédé à des acquisitions stratégiques dans des sociétés étrangères et s'est consacrée aux marchés-créneaux où les petites et moyennes entreprises peuvent devenir des partenaires de première importance. Le mérite en revient aussi au processus entamé au Moyen-Orient qui permet aux sociétés de déplacer la production dans des pays de la région où les coûts sont inférieurs, et aux accords de libre-échange qu'Israël a conclus avec deux des plus gros marchés mondiaux de l'habillement, les Etats-Unis et l'Union européenne.

Un point dans le temps

 
 
Office de presse du gouvernement d'Israël
 

En Israël, l'industrie du textile et de l'habillement a débuté bien avant l'indépendance en 1948. Dans les années 1920, des pionniers juifs d'Europe créèrent des usines dans le Pays, reproduisant les entreprises qu'ils avaient gérées dans leurs pays d'origine en les adaptant aux conditions locales. L'histoire de Léa et Armin Gottlieb, fondateurs de Gottex Models, l'entreprise de maillots de bain mondialement connue, illustre cette flexibilité (voir encadré, p. 11).

A ses débuts, l'industrie du textile et de l'habillement reçut un soutien substantiel de l'Etat. Des subventions et des prêts furent accordés pour construire ou agrandir des usines qui furent ensuite protégées de la concurrence par des droits de douane et des quotas aux importations. Mais, au cours des deux dernières décennies, conscient des bénéfices induits par le libre-échange, l'Etat a renoncé à sa vieille philosophie d'intervention directe dans l'économie. Israël a adhéré au GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) et ultérieurement à l'Organisation mondiale du commerce, ce qui l'a contraint à se conformer à certaines normes des marchés libres.

En 1975, le gouvernement a signé un accord de libre-échange avec l'Europe et, une décennie plus tard, avec les Etats-Unis. Au début des années 1990, une politique de libéralisation des importations annulant les quotas, puis les droits élevés grevant les produits importés, fut unilatéralement mise en oeuvre. Les taxes à l'importation sur les textiles et l'habillement ont également été réduites pour atteindre 12%. Actuellement, les entreprises, affrontant la concurrence des produits fabriqués à faible coût en Extrême-Orient, aussi bien sur le marché intérieur qu'à l'exportation, réagissent de diverses manières : en délocalisant la fabrication des produits à fort coefficient de travail dans les pays où la main-d'oeuvre ne coûte pas cher ; en prospectant et en exploitant les marchés-créneaux où elles peuvent dégager un avantage relatif ; et en employant les dernières méthodes de conception et de fabrication automatisées.

Chiffre d'afaires de l'industrie du textile et de l'habillement 1990-1999
(en milliards de dollars)


Source: Association des Industries d'Israël

Effectifs dans le textile et l'habillement 1990-1999
(en milliers d'employés)

Source: Association des Industries d'Israël


Le libre-echange

Du fait des dimensions réduites du marché israélien, les entreprises de confection les plus prospères sont celles qui privilégient l'exportation. Israël est le seul pays au monde à avoir conclu des accords de libre-échange aussi bien avec les Etats-Unis qu'avec l'Union européenne, ce qui en fait un pont entre les continents. En vertu de l'accord nord-américain, Israël bénéficie également d'une ouverture hors taxe au Canada et au Mexique. Cet accord, ainsi que celui signé avec le Mexique, entré en vigueur durant l'été 2000, donne à Israël un libre accès à presque toute l'Amérique du Nord. Israël a également conclu des accords de libre-échange avec la Jordanie, l'Egypte, la Turquie et l'Autorité palestinienne.

Exportations du textile et de l'habillement 1990-1999 (en milliers de dollars)


Source: Association des Industries d'Israël

Revêtant une importance particulière, l'accord de libre-échange avec les Etats-Unis a eu un profond impact sur l'industrie israélienne du textile et de l'habillement. De nos jours, l'Amérique est le plus gros marché d'exportation de cette industrie, bien que, par sa proximité, l'Europe constitue traditionnellement un débouché naturel pour les produits israéliens. En 1999, Israël a exporté vers les Etats-Unis pour quelque 545 millions de dollars de textiles et habillement, soit près de trois fois plus qu'en 1990, alors que les exportations vers l'Union européenne ont décliné, passant de 580 millions de dollars en 1996 à 485 en 1999. L'accord de libre-échange joue un rôle décisif en ce qu'il peut ouvrir des marchés entiers ; par exemple, depuis que les Etats-Unis ont augmenté les taxes frappant le linge de maison importé des pays européens et d'autres pays, la demande a augmenté pour les textiles israéliens pénétrant librement en Amérique.

Marchés d'exporations du textile et de l'habillement 1999

45% Etats-Unis
20% Grande-Bretagne
7% Allemagne
13% Autres pays de l'Union européenne
15% Reste du monde
Source: Association des Industries d'Israël

Exportations de textile et d'habillement par ligne de produits 1999

40% Pulls
31.5% Fils, tissue, etc.
17.5% Vêtements tissés
11% Produits finis
Source: Association des Industries d'Israël


L'oeuvre de la paix

Les entreprises du textile ont été parmi les premières à bénéficier des fruits des accords de paix signés entre Israël et l'Egypte en 1979, et - de façon plus significative pour l'industrie - entre Israël et la Jordanie en 1994. La proximité permet aux directeurs d'entreprises d'effectuer de fréquents voyages dans les usines de Jordanie où le coût de la main-d'oeuvre et de la plupart des autres facteurs de production est moins élevé qu'en Israël.

L'un des principaux avantages de l'accord de libre-échange avec les Etats-Unis réside dans les conditions préférentielles accordées à Israël en matière d'origine d'un produit : en effet, un vêtement coupé en Israël et assemblé dans un pays à faibles coûts peut cependant pénétrer aux Etats-Unis sans droits de douane. En 1998, Israël et la Jordanie ont créé la première zone industrielle spécialisée à Irbid, en Jordanie, pour faciliter la production conjointe de biens exportés vers les Etats-Unis.

Il existe aujourd'hui un certain nombre d'usines implantées par des sociétés israéliennes en Jordanie et en Egypte, ainsi que des entreprises conjointes israélo-turques. La société Delta Galil Industries, créée en 1975, déplace progressivement ses usines à fort coefficient de main-d'oeuvre situées en Angleterre et en Irlande vers des pays à faibles coûts comme la Jordanie, l'Egypte, la Turquie et la Roumanie. La production à bon marché est passée de 24,6% du total des ventes en 1990 à 35,9% en 1999. Tefron, une industrie spécialisée dans la lingerie et le vêtement de détente, a désormais délocalisé en Jordanie environ 10% de sa production et compte porter ce chiffre à 50%.

La production nécessitant une importante main-d'oeuvre continuera vraisemblablement à être déplacée vers des pays plus lointains à faibles coûts, par exemple, le Mexique.

La mode et la haute technologie

 
 
Office de presse du gouvernement d'Israël
 

Les sociétés israéliennes ont procédé à des investissements massifs dans les meilleures machines conçues par la technologie et ont créé d'actives unités de recherche et développement (R&D) afin d'être à la pointe du progrès et de l'innovation ; en outre, alors qu'elles se consacraient autrefois exclusivement à la fabrication, elles ont aujourd'hui diversifié leurs activités pour proposer à leurs clients toutes sortes de matériaux, de modèles et des collections complètes.

Tefron, par exemple, qui utilise des méthodes de production robotisées et informatisées, est aujourd'hui connue dans le monde entier pour son application des nouvelles technologies. La société conçoit, met au point, produit et commercialise de la lingerie et des sous-vêtements de qualité pour hommes et femmes exportés principalement vers les Etats-Unis. Dans la confection, la production intégrale - depuis le fil au vêtement fini - devient une opération d'une seule étape remplaçant les méthodes traditionnelles de la coupe, des finitions et de la couture. Avec sa technologie de pointe, Tefron, l'un des plus gros producteurs mondiaux d'articles sans couture, compte parmi ses clients Victoria's Secret, Donna Karan, Gap, Banana Republic et, en Europe, Cacharel et Dim.

Dans la branche des tissus, Israël fait également usage de la meilleure technologie possible. L'entreprise Nilit, qui produit des fils de nylon utilisés dans la fabrication des bas et des sous-vêtements, fait concurrence aux principaux marchés en Italie et aux Etats-Unis parce qu'elle pratique une concentration verticale intégrale, produisant aussi bien du fil que des polymères. Cette compagnie effectue d'importants investissements dans la nouvelle technologie, en acquérant des machines ou encore en dessinant ses propres lignes de produits.

Marches-creneaux et mode

La spécialisation dans les marchés-créneaux et la mode a également donné aux industries textiles d'Israël un avantage compétitif sur le flot des importations en provenance de l'Extrême-Orient. Israël, par exemple, a réussi à percer dans le domaine du linge de maison et ses entreprises sont connues pour utiliser des tissus de luxe : toute une gamme de percales, de mousselines et de cotons imprimés. Kitan Consolidated a mis au point des textiles organiques colorés naturellement pour la literie, les serviettes de toilette, les tapis de bain et les rideaux. Parmi les autres grandes sociétés, citons Wardinon et Arad Towels.

En matière de mode, Israël a fait sensation avec ses maillots de bain haut de gamme comme ceux que produit Gottex. L'Institut israélien des exportations, un organisme subventionné par le gouvernement qui a pour vocation de promouvoir l'industrie israélienne à l'étranger, forme toute une équipe de jeunes stylistes, notamment Dorin Frankfurt, Guershon Bram et Hagara Fashion.

Marques et griffes

 
 
Office de presse du gouvernement d'Israël
 

Peu d'entreprises israéliennes ont créé des marques indépendantes, mais on en trouve souvent derrière um label de prestige. Une étude réalisée par l'Institut israélien des exportations montre que, dans le secteur de l'habillement, plus de 90% des exportations s'effectuent selon  la méthode de la marque privée , ce qui signifie que les produits sont vendus sous la marque de fabrique d'une compagnie différente.

Delta Galil qui fabrique de la lingerie féminine de qualité, des sous-vêtements pour hommes, des chaussettes, des vêtements pour bébés, des tenues de détente et des tissus, vend ses produits à des marques comme Polo, Ralph Lauren, Donna Karan, Calvin Klein, Victoria's Secret et Hugo Boss, ainsi qu'à des détaillants : JC Penney, Gap et Banana Republic aux Etats-Unis, Marks & Spencer au Royaume-Uni, Hema aux Pays-Bas et Carrefour en France. Polgat Textiles, qui crée des tissus en laine peignée depuis le fil jusqu'au produit fini, compte parmi ses clients des stylistes de la haute couture comme Armani U.S., Calvin Klein et Liz Claiborne, ainsi que des détaillants comme Marks & Spencer. Bagir commercialise ses produits sous étiquette privée chez Marks & Spencer et Brooks Bros, ainsi que sous sa propre marque, Pierre Balmain Paris, chez Selfridges et John Lewis au Royaume-Uni. De nombreux sous-traitants israéliens de grosses sociétés comme Delta Galil et Tefron aspirent déjà à exporter leur propre marque.

Vers la globalisation

Avec la globalisation de l'industrie du textile et de l'habillement, de nombreux producteurs israéliens ont étendu le champ de leurs opérations en acquérant des sociétés hors du Moyen-Orient. Cette année, Delta Galil a acquis la firme canadienne Dominion Hosiery Mills qui produit et vend des chaussettes, ainsi que Wundies Industries, un fabricant américain de lingerie et de sous-vêtements féminins. Tefron est également devenue une firme internationale après avoir acquis, en 1999, Alba Waldensian, un grand producteur américain de vêtements sans couture et de produits médicaux en tricot, uniques en leur genre.

Faire des Vagues

 
 
Avec l'autorisation de Gottex Models
 

Gottex est la marque de maillots de bain qui a lancé Israël dans la haute couture. Le génie de Léa Gottlieb, qui a fondé la compagnie avec son époux et en est devenue la principale styliste, a consisté à assortir les maillots de bain avec des hauts, des paréos et des jupes, créant ainsi des tenues de plage à la mode. L'histoire de Gottex illustre tout autant l'importance d'une bonne gestion pour une entreprise de haute couture.

Léa et Armin Gottlieb, arrivés en Israël en 1949, fondèrent une usine d'imperméables semblable à celle qu'ils possédaient en Hongrie. Cependant, comme Israël est un pays chaud et sec la majeure partie de l'année, ils se reconvertirent en 1954 pour produire des maillots de bain.

Assez rapidement, Gottex lança dans le monde entier des maillots de bains et des accessoires caractérisés par des coupes audacieuses, des couleurs et des textiles nouveaux, vendus dans plus de 80 pays. Gottex fraya la voie à d'autres entreprises israéliennes de maillots de bain. Certaines, comme Guideon Oberson, vendirent leurs articles sous leur propre nom mais la plupart, comme Marlin, Klil Yofi Model et Diva Hirschthal, le firent sous d'autres marques. En 1999, les exportations de maillots de bain d'Israël ont rapporté un total de 44 millions de dollars.

A la fin de 1997, après une série d'échecs - piètre production, planification défectueuse et achats malheureux - les Gottlieb vendirent 80% de leur firme au holding Africa Israel Investment ; mais, âgée de 82 ans, Léa Gottlieb fait toujours partie de l'équipe des stylistes.

Depuis lors, Africa Israël a réorganisé la société et sa stratégie s'est avérée payante : en 1999, Gottex a enregistré un profit de 2 millions de dollars, alors qu'elle avait perdu près de 17 millions de dollars, les années précédentes. Les ventes ont dépassé 30 millions de dollars en l'an 2000 (soit un profit de 3 millions de dollars), dont 85% à l'exportation, principalement dans des grands magasins de détail des Etats-Unis comme Sacks Fifth Avenue et Bloomingdales. Au Royaume-Uni, Gottex est distribuée par de prestigieux détaillants comme Harrods, où la société dispose de son propre magasin. Gottex exporte également ses articles en France, en Chine, au Japon, en Australie et en Amérique du Sud.

Dernièrement, l'entreprise a lancé deux gammes de produits moins chers,  Free by Gottex  destinés aux jeunes femmes qui travaillent, et la marque  Lady Gottex  pour une clientèle plus âgée.

De façon significative, Gottex investit environ 3,5 millions de dollars par an (à peu près 10% de son chiffre d'affaires) dans la recherche et le développement, expérimentant de nouvelles technologies, impressions et matériaux et créant des produits finis aux effets brillants en trois dimensions. Chez Gottex, 40% des coupes sont informatisées, les autres vêtements étant coupés à la main. Actuellement, la totalité de la production s'effectue en Israël, mais la compagnie envisage de créer des usines dans la zone industrielle de Karni (une zone se trouvant sous le contrôle de l'Autorité palestinienne) ou en Jordanie.

 
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Voir aussi
   aspects de l'économie israélienne: inflation - hausse et déclin
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