Outre sa fonction d'accueil de quelque 27 000 étudiants, le campus de l'Université de Tel Aviv constitue également un musée d'architecture moderne en plein air, unique en son genre.
Simon Griver
Le campus de l'Université de Tel Aviv présente toute une
palette de styles historiques - depuis le fonctionnalisme minimaliste du
Bauhaus aux imposants bâtiments en béton des années
1970 et au post-modernisme contemporain - tous intégrés dans
un cadre urbain agréablement aménagé. Parmi tous ces
genres architecturaux, citons, entre autres : la faculté de droit,
un édifice minimaliste construit dix ans avant la création
de l'université en 1963 ; le bâtiment George Wise abritant
le conseil de l'université, une synthèse de styles néo-modernes
; et, en forme d'entrepôt, le spacieux musée de la Diaspora
qui raconte l'histoire de près de deux mille ans d'exil du peuple
juif. Mais, le bâtiment le plus frappant du campus
est, sans conteste, la synagogue Cymbalista et le Centre du patrimoine
juif.
Dessinée par l'architecte suisse Mario Botta et achevée
en 1998, la synagogue Cymbalista est unique en son genre tant pour l'ouvrage
d'architecture lui-même que pour l'aménagement intérieur
; c'est probablement l'une des plus belles synagogues du pays. Paule Rakower,
une guide de Tel Aviv, spécialiste du campus de l'Université
de Tel Aviv, explique : « Mario Botta, un architecte mondialement
reconnu, a été chargé de dessiner cette synagogue,
en 1995. Alors fortement influencé par l'assassinat du premier ministre
Yitzhak Rabin (novembre
1995), il souhaitait réduire le fossé entre juifs religieux
et laïcs en Israël. »
Les tours jumelles de la synagogue - l'une abritant une synagogue orthodoxe
et l'autre, un auditorium - ont été construites bien en évidence
de façon à rappeler cet objectif. Des offices orthodoxes
se déroulent régulièrement dans la partie est, tandis
que l'auditorium est utilisé pour des débats entre Israéliens
religieux et laïcs. Ces tours cylindriques, qui se dressent progressivement
à partir d'un socle rectangulaire, ont été dessinées
à l'aide d'un ordinateur. Outre leur utilisation pratique, ces tours
évoquent symboliquement les deux parties d'un rouleau de la Torah
ainsi que les cheminées des fours crématoires dans les camps
de la mort nazis.
Le seul autre bâtiment du campus non dessiné par un architecte
israélien abrite le département d'ingénierie mécanique.
Conçu par l'architecte américain Louis Kahn et achevé
en 1980, cet édifice, construit en grandes dalles de béton
fonctionnalistes, s'inspire également des
styles juifs et moyen-orientaux, notamment par ses fenêtres cintrées.
« En Israël, l'architecture est fortement individualiste
», fait remarquer Ruth Ben-Shaul, l'une des grandes architectes du
pays. « Certains édifices ne se marient pas toujours très
bien avec les bâtiments voisins. Mais le campus de l'Université
de Tel Aviv constitue un exemple rare d'un complexe urbain intégré
associant l'utilisation généreuse de l'espace et une façon
séduisante de l'aménager. »