Un verre de vin blanc par jour peut désormais être prescrit par le cardiologue.
Daniella Ashkenazy
La découverte, il y a une vingtaine d'années, des bienfaits
du vin rouge pour la santé, fut encouragée par les compagnies
d'assurance européennes qui avaient remarqué que les habitants
du sud de la France, malgré leur alimentation riche en graisses
saturées, vivaient plus longtemps que leurs voisins européens.
Leur longévité s'expliquait en partie par la consommation
régulière de vin rouge, mais ce ne fut qu'en 1995 que le
professeur Michael Aviram dévoila le secret du vin rouge en tant
qu'« antidote » à la cuisine française traditionnelle.
Ce biochimiste, directeur du laboratoire de recherches sur les lipides
de la faculté de médecine du Technion et du Centre médical
Rambam de Haïfa, découvrit que la consommation de vin rouge
par des volontaires en bonne santé ralentissait l'oxydation du «
mauvais
cholestérol » (LDL), évitant son accumulation dans
les artères et réduisant ainsi le taux de maladies cardiovasculaires.
Cependant, jusque récemment, ceux qui préféraient
les vins
blancs plus doux et plus légers ne bénéficiaient
pas des vertus attribuées aux vins rouges.
Le professeur Aviram explique que cela résulte de modes de production
différents des deux types de vin. Le raisin, le blanc comme le rouge,
contient des flavonoïdes (types d'antioxydants); or, le processus
de fermentation du raisin rouge met en contact permanent les peaux et le
jus pendant deux à trois semaines, alors que les peaux des raisins
blancs sont égouttées au bout de quelques heures. Le séjour
prolongé des peaux de raisin rouge dans le jus non seulement détermine
en partie la teinte et le goût particulier du vin rouge, mais également
induit une quantité de flavonoïdes bien plus importante
que dans le vin blanc.
Fort de cette découverte, le professeur Aviram s'associa à
Amram Surasky, négociant en vins et nologue dans les Caves et distillation
de Binyamina, en vue de produire un vin blanc tout aussi bénéfique
pour la santé. Ce ne fut pas simple. Les deux hommes parvinrent
à retarder le processus de fermentation de 18 heures en conservant
le mélange à une température constante de 20°
C et obtinrent alors le premier vin blanc du monde doté des
mêmes vertus qu'un Cabernet corsé - un superbe Chardonnay
léger de l'année 2000.
Cette technique de fabrication nologique, qui a débuté
en Europe l'année dernière et a été couronnée
par deux prix prestigieux, fut, par la suite, copiée par les établissements
vinicoles du monde entier. Cependant, la concentration de flavonoïdes
contenue dans le vin blanc ainsi produit était encore trois fois
moins forte que dans les vins rouges. Il fallait boire trois verres de
ce vin blanc « bon pour la santé » pour obtenir le même
effet bénéfique qu'avec un seul verre de vin rouge.
MM. Surasky et Aviram ont donc entrepris d'« enrichir »
la concentration de flavonoïdes du vin blanc. Ils se sont rendu compte
qu'il leur fallait un moyen d'extraire davantage de flavonoïdes du
raisin blanc sans nuire au goût du vin ainsi produit. La méthode
qui s'est avérée la plus efficace a consisté à
ajouter des concentrations d'alcool de raisin naturel (jusqu'à 18%)
au mélange de raisin blanc. L'alcool naturel extrait plus rapidement
les éléments conférant goût et arôme à
la peau, mais il se produit une faible fermentation du fait de la basse
température d'incubation du mélange. Les peaux ont été
filtrées au bout de 18 heures et le jus mis à fermenter pendant
deux semaines comme pour les vins blancs traditionnels. Résultat
: le vin de dessert 2001 des Caves de Binyamina - fabriqué à
partir de raisin muscat d'Alexandrie - qui sera mis en bouteille à
la mi-novembre et se trouvera dans les rayons d'ici le mois de décembre.
Ce vin de dessert contient cinq fois plus de flavonoïdes que le cru
2000 et est doté des mêmes vertus que le vin rouge - ce qui
signifie que les amateurs de vin blanc pourront boire non seulement à
leur santé mais également pour leur santé. MM. Aviram
et Surasky travaillent désormais à la production d'un vin
blanc sec aussi bénéfique que le muscat de dessert.