L'Institut des aveugles de Jérusalem célèbre son centenaire.
Janet Mendelsohn Moshé
Il y a un siècle, un jeune aveugle courant dans une ruelle de
la Vieille Ville de Jérusalem, percuta un chameau. L'enfant fut
gravement blessé mais l'accident eut une conséquence très
positive - la création de l'Institut des aveugles juifs. Fondée
par Nahoum Nathanson, un négociant qui fut témoin de l'incident,
et par le rabbin Avraham Moshé Lunz, un sage atteint de cécité,
l'école ouvrit ses portes dans la rue des Prophètes à
Jérusalem, au début de l'année 1902. Ses objectifs
: éduquer les jeunes aveugles afin « qu'ils ne dépendent
pas des autres mais apportent leur propre contribution à la société,
rehaussant ainsi l'image qu'ils ont d'eux-mêmes. »
Depuis 1937, cet institut est situé dans le quartier de Kiryat
Moshé à Jérusalem. Le bâtiment initial a été
réaménagé au cours des années et s'enorgueillit
aujourd'hui d'un centre sportif moderne doté d'une grande piscine
couverte. L'institut organise des championnats nationaux pour les aveugles
et les malvoyants.
A ses débuts, l'institut enseignait des notions de base - la
lecture, l'écriture et l'arithmétique - tout en stimulant
les aptitudes à « mener une vie indépendante ».
En outre, les talents propres à tel ou tel élève étaient
encouragés, la musique constituant pour nombre d'entre eux un exutoire
naturel. Esther Hooli, originaire d'Alexandrie, en Egypte, arrivée
à Jérusalem en 1938 à l'âge de six ans après
avoir été frappée de cécité par suite
d'un accès de diphtérie, est l'une des anciennes élèves
de l'Institut.
Encore enfant, loin de sa famille, ignorant l'hébreu, Esther
Hooli trouva un réconfort inattendu dans la musique. « C'est
à l'institut qu'on a découvert et développé
mes dons musicaux », précise-t-elle. « J'ai bénéficié
de cours particuliers et je suis devenue la première aveugle diplômée
de l'Académie de musique Rubin de Jérusalem ». Après
le collège, Esther Hooli est revenue à l'institut pour enseigner
la musique et, bien qu'aujourd'hui à la retraite, elle participe
toujours activement à l'éducation musicale des élèves.
Plus récemment, des nouveaux immigrants de l'ex-Union soviétique
et d'Ethiopie ont également trouvé leur place dans cet institut
et bon nombre de ces enfants réussissent au-delà de toutes
espérances. Lorsque sa famille a immigré d'Ethiopie, en 1991,
Kibret Asayo ne connaissait de la Bible que les récits transmis
de génération en génération. A l'internat de
l'institut, il s'est épanoui et sa détermination tranquille
l'a aidé par la suite à remporter une médaille d'or
lors du concours biblique national de 1995.
L'institut aspire désormais à étendre ses activités
au-delà de ses locaux de la capitale. « Les jeunes aveugles
n'ont pas tous la possibilité d'accéder aux programmes sur
mesure que nous élaborons », explique le directeur Haïm
Reshelbach ; « nous avons donc mis au point des programmes d'activités
destinés à l'ensemble des aveugles et malvoyants d'Israël
». L'un de ces nouveaux projets consiste en un Centre appelé
Beyahad, « ensemble » en hébreu, qui coordonne des stages
et des séminaires destinés à faciliter l'intégration
dans les écoles du réseau national, dans les compétitions
sportives et sur le marché du travail. Proposant un matériel
informatique ultra-moderne et des équipements sportifs et musicaux
de pointe, l'institut s'est certes développé de façon
méconnaissable, mais, souligne M. Reshelbach, son idéologie
d'aujourd'hui demeure fidèle à celle de ses fondateurs :
« L'institut s'efforce de promouvoir l'indépendance de nos
élèves et de les aider à réaliser leur potentiel
dans la société. »