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Revue israélienne des arts et des lettres - 2001/111
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DEUX NOUVELLES
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Sons du Sud
Activités musicales au Néguev
Bezalel Yannaï
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Concert de Leonard Bernstein à Beersheva, 1948
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Vers la fin de l'année 1948, Leonard Bernstein, alors âgé de trente ans, passa trois mois en Israël au cours desquels il dirigea l'Orchestre philharmonique d'Israël et donna l'un des concerts les plus mémorables de sa brillante carrière. A la mi-octobre, Beersheva avait été libérée du siège de l'armée égyptienne, peu après la Déclaration d'Indépendance du 14 mai. En geste de solidarité et d'identification avec un peuple qui luttait pour sa survie, Bernstein rassembla deux douzaines de musiciens pour entreprendre une longue et tortueuse tournée dans le Néguev. Devant un auditoire enthousiaste formé de soldats épuisés et de mélomanes avertis assis sur des bancs de fortune ou à même le sable, l'illustre visiteur jouait le double rôle de chef d'orchestre et de pianiste, interprétant des oeuvres de Mozart et de Beethoven, ou la Rhapsody in Blue de Gershwin. Le grand musicien devait faire plus tard cette remarque : Je croyais apporter Mozart au désert, mais il s'y trouvait déjà.
Pendant le demi-siècle qui suivit cet événement, les muses ne restèrent pas silencieuses dans le sud du pays, une région fort riche en interprètes, étudiants et animateurs de musique. L'histoire de cette communauté musicale suit le développement du pays tout entier : idéalisme, esprit pionnier, intégration d'immigrants venus d'horizons divers qui donnent au pays sa qualité et sa vitalité. A son crédit : sa situation géographique relativement périphérique par rapport au centre du pays et l'influence qu'elle exerce sur la scène musicale nationale. Les activités s'étendent sur une région qui occupe plus de la moitié du territoire mais qui recense le dixième seulement de la population israélienne.
Un concours de circonstances a fait des principales villes du Sud - Beersheva, Ashdod, Ashkelon et Eilat - un terreau fertile à l'essor de la musique. Les immigrants installés là, originaires en majorité mais pas seulement de l'ex-Union Soviétique, ont véhiculé beaucoup de talents artistiques et de traditions musicales de leur pays d'origine.
Beersheva, la capitale du Néguev, est le siège de la Sinfonietta israélienne, un des principaux ensembles du pays. Depuis sa fondation en 1973, elle a toujours été composée d'immigrants soviétiques ou anglo-saxons. Avec les années, la Sinfonietta a acquis une réputation nationale et internationale pour son riche répertoire de symphonies, de concertos pour un seul instrument et d'oratorios comme Israël en Egypte de Haendel, des messes de Schubert et Mozart, le Stabat Mater et le Gloria de Vivaldi. Un certain nombre d'artistes de renommée mondiale - Pinhas Zuckerman, Jean-Pierre Rampal, Shlomo Mintz, Gary Karr et Paul Tortelier - se sont produits en solistes avec la Sinfonietta. Cet ensemble propose une centaine de concerts par an sur abonnement dans huit villes d'Israël, et des CD. Ses tournées, ses journées portes ouvertes et ses concerts pour jeunes apportent la musique classique à un public qui autrement n'y aurait pas accès.
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La Traviata, l'Orchestre de chambre d'Ashdod, 1997
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Vingt ans plus tard, dans le sillage de la vague d'immigration massive en provenance de l'ex-Union soviétique, au début des années 90, l'Orchestre de chambre d'Ashdod fut constitué pour canaliser les talents des nouveaux arrivés et favoriser leur intégration. En neuf ans d'existence, l'orchestre a interprété les oeuvres de compositeurs aussi variés que Mozart, Telemann, Pergolese, Copeland, Vaughan-Williams et Gershwin. Il a donné des concerts en Allemagne, Espagne, Hongrie, Roumanie et Angleterre où il s'est produit au Festival de musique juive de Londres, avec la soprano Larissa Tatuyev et le baryton Victor Chernomortsov, deux chanteurs lyriques israéliens originaires de l'ex-URSS. Pour la saison 1997-98, l'orchestre a rejoint l'Opéra d'Ashdod, fondé en 1996 par des artistes fraîchement arrivés, et a monté La Traviata de Verdi.
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Oklahoma, Opéra comique Neguev, Beersheva, 1997
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Logon , troupe d'opérette de Beersheva, fut fondé en 1980 par le Dr Edward Spitz, originaire des Etats-Unis et médecin à l'hôpital Soroka de la ville. Malgré leur vie professionnelle et familiale, les musiciens amateurs de la troupe trouvent le temps de répéter deux fois par semaine. La plupart sont médecins, enseignants et universitaires et ont un passé de comédiens ou de musiciens dans leur pays d'origine. Leur répertoire, qui s'étend des oeuvres de Gilbert O' Sullivan aux opérettes d'Offenbach et de Lehár, en passant par des comédies musicales de Broadway - Oklahoma, Le Violon sur le toit, The Most Happy Fella, Pajama Game, Carousel et Music Man - leur offre une excellente occasion d'exprimer leurs talents.
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L'Orchestre andalou d'Ashdod
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L'Orchestre andalou d'Ashdod ajoute une saveur ethnique à la musique du sud d'Israël. La musique andalouse, qui puise ses origines dans l'Espagne musulmane des Xe et XIe siècles, arriva en Afrique du Nord après l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492. Sur le modèle de la musique lyrique arabe, chant et musique s'interpénètrent, musiciens et chanteurs sont exercés à la tradition orale. Cette musique, véhiculée en Israël dans les années 50-60 par les immigrants d'Afrique du Nord, fut négligée par souci délibéré d'insertion dans la culture ambiante. Elle ne connut un réveil que dans les années 70-80. Mais elle se heurte à deux obstacles : d'abord le manque de musiciens et de chanteurs professionnels, ensuite l'absence de partitions musicales.
Ce fut l'un des fondateurs de l'Orchestre andalou, le docteur en musicologie d'origine marocaine Avi Eilam-Amzaleg, qui comprit que la musique andalouse était vouée à la disparition si l'on ne trouvait pas de solutions à ce double problème. Eilam-Amzaleg, qui a composé de nombreuses oeuvres d'inspiration juive marocaine, se mit à transcrire les notes et à adapter des chants traditionnels. Des solistes comme Emile Zrihan, Marocain immigré en Israël, furent recrutés pour chanter cette musique. Aujourd'hui, l'Orchestre inclut de nombreux musiciens russes qui jouent du violon, du violoncelle, de la contrebasse, de la flûte, de la clarinette et du basson, aux côtés d'interprètes d'origine marocaine qui jouent du 'oud' et de la darbouka. L'orchestre donne une cinquantaine de concerts par an, et recense 3 000 abonnés dans dix villes. Il a aussi produit un CD et une vidéo.
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Max Stern
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Les deux compositeurs les plus remarquables du Néguev sont le Dr Max Stern de Beersheva et Shimon Shahal d'Ashkelon. Né aux Etats-Unis en 1947, Stern, qui immigra en Israël en 1976, est un chef d'orchestre accompli, un contrebassiste inspiré et un critique musical chevronné. Selon Uri Mayer, l'ancien chef d'orchestre de la Sinfonietta israélienne, Stern est le compositeur le plus inspiré d'Israël, ses oeuvres sont d'une beauté et d'une expressivité exceptionnelles . Depuis son arrivée en Israël, Stern a choisi de vivre au Néguev et l'un de ses projets fut la fondation d'un conservatoire dans la ville de développement de Yerouham. Vers le milieu des années 90, il a créé personnellement le Département de musique de l'université Ben Gourion et animé une vie musicale intense sur le campus. Ses oeuvres symphoniques et chorales puisent leur inspiration dans la Bible. Un grand nombre d'entre elles ont été compilées sur CD, y compris Baalam et l'âne qui lui a valu le prix Lieberson en 1990 ; Berechit (La création du monde) une longue cantate pour soprano, flûte, percussion et cordes ; Le chant de Hannah, basé sur le récit de Samuel I et le Magnificat hebraica pour baryton et choeur a capella basé sur les chants liturgiques Halleluyah, Amen et Kaddish. La Sinfonietta israélienne lui a commandé son Chant des étoiles du matin pour orchestre de chambre et a interprété plusieurs de ses compositions dont La lutte de Jacob avec l'ange pour piano et orchestre, et Yovel, symphonie composée en l'honneur du cinquantenaire de la création de l'État. Plus récemment, Stern s'est intéressé au chant sacré des communautés juives du Maroc, du Yémen et de Turquie, ainsi qu'à la musique des Bédouins du désert. Sa toute dernière composition, pour instruments à cordes, s'intitule Impression bédouine.
Né au Maroc en 1934, Shimon Shahal descend d'une illustre famille de chanteurs de musique liturgique. Longtemps résident de la ville côtière d'Ashkelon, Shahal est un compositeur prolifique, auteur d'oeuvres variées dont plusieurs ont été commanditées et interprétées à la télévision et à la radio, ainsi que dans des salles de concert. Elles ont été composées pour diverses combinaisons d'instruments et de choeurs, notamment son oratorio, Le Cantique des Cantiques, ses concertos pour hautbois et clarinette, sa rhapsodie pour orchestre symphonique, ainsi que de la musique de chambre. Un des projets d'avenir de Shahal est un opéra inspiré par le sort tragique du bateau des émigrants clandestins passagers de l'Egoz qui, en route pour Israël, sombra au large des côtes marocaines. Shahal est clarinettiste, enseignant et chef d'orchestre. Il est le fondateur du conservatoire d'Ashkelon qu'il a longtemps dirigé. Il donne des conférences à l'université Ben Gourion du Néguev et dans de nombreux instituts supérieurs de la région. Il a également dirigé l'orchestre de Lod, composé principalement de musiciens originaires de l'ex-URSS.
Deux festivals internationaux de musique ont lieu tous les ans dans la ville la plus méridionale d'Israël, Eilat. La douceur de son climat lui permet depuis quelques années d'accueillir en hiver le Festival international de la mer Rouge. Le maestro Valery Gergiyev y a plusieurs fois dirigé les 270 membres de l'orchestre et du choeur de l'opéra Kirov de Saint-Pétersbourg. A ce jour, quatorze festivals internationaux de jazz de la mer Rouge se sont tenus la dernière semaine du mois d'août. Les concerts ont lieu en plein air, dans un espace tridimensionnel enclavé entre les conteneurs multicolores et les grues géantes du port, les lumières scintillantes d'Eilat et d'Akaba et les montagnes environnantes.
Le pianiste de jazz Leonid Ptashka, né en Russie en 1965, a immigré en Israël en 1991. Il a produit de nombreux CD et a participé à de nombreux concours de jazz à Varsovie, Paris et Los Angeles. Il est depuis 1994 le directeur musical du Festival international d'hiver de jazz d'Ashdod où se sont produits des musiciens israéliens de jazz comme Arieh Kaminsky, Danny Gotfried et Baldi Olier, ainsi que des interprètes étrangers, notamment les Américains Tommy Regis et Igor Gutman et l'Anglais Dave O'Higgins. Par ailleurs, un festival international de musique intitulé Du classique au rock est en projet à Ashdod.
Située au sud d'Ashdod, la ville d'Ashkelon organise et accueille le Festival international de musique Brisa. Sponsorisé par une grande brasserie, c'est aussi un festival de cuisine et de boisson, dont le premier fut inauguré en août 1995. La principale manifestation a lieu dans l'amphithéâtre du parc national d'Ashkelon, tandis que de nombreux groupes se produisent dans les rues de la ville. Le festival accueille des chanteurs israéliens populaires, dont Shlomo Artzi, Rita, Rami Kleinstein, Yehuda Poliker et Gidi Gov.
Les villes du Néguev ne négligent en rien l'éducation musicale de la jeune génération. Parmi les nombreux conservatoires établis dans ces villes, ceux de Beersheva et d'Ashdod ont un renom particulier. Le conservatoire de Beersheva a été inauguré en 1960. Les locaux étriqués d'origine ont été remplacés, vers le milieu des années 70, par des bâtiments modernes et spacieux. Au fil des ans et à la faveur de la croissance urbaine, des annexes ont fleuri dans les quartiers périphériques et l'enseignement de la musique a été introduit dans les écoles.
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Ensemble de cuivres du Centre communautaire Lavron, Ashdod
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A Ashdod, le conservatoire Acadma a été fondé en 1966, dix ans après que les premiers immeubles de la ville eurent émergé des dunes de sable. Comme à Beersheva, des annexes ont été établies pour les habitants de tous les quartiers de la ville. La variété des concerts de jazz et des ensembles de chambre est impressionnante dans cette ville. En 1993, l'Orchestre des jeunes d'Ashdod a remporté le premier prix d'une compétition à Valence (Espagne) et, en 1995, il a représenté Israël au Festival international de la paix de Pékin, pour ensembles à vent et cuivres. Un aspect intéressant des activités du conservatoire est la participation de ses étudiants au programme d'initiation musicale destiné aux trisomiques.
Vers la fin des années 50 et au début des années 60, Israël inaugura une politique de création de villes de développement dans les zones reculées du pays. À l'instar des grandes villes du pays, ces centres urbains ont tenu à intégrer la musique dans leurs activités culturelles. Arad fut, en 1963, l'une des premiers villes à émerger du désert. Depuis, elle est devenue synonyme du Festival de la chanson, qui s'y déroule depuis 19 ans. Arad ressemble alors à un happening géant avec ses tréteaux montés pour les jeunes talents, son public et son mini-festival de gastronomie, d'art et d'artisanat.
Autre ville de développement, Sderot, dans le Néguev occidental. On la surnomme la Liverpool du Sud", et plusieurs groupes vocaux de premier ordre y ont fait leurs débuts. Le pionnier fut Sefatayim ( Lèvres ) fondé en 1985. Son image de marque musicale repose sur la conviction que le texte est plus important que la musique. Les cinq membres du groupe, tous natifs d'Israël, sont issus de familles originaires du Maroc et leur répertoire est fondé sur les chants et les contes traditionnels qui ont bercé leur enfance. Notre but, dit Oliel, n'est pas de produire des tubes, mais de préserver les traditions marocaines pour les générations futures. Le produit final est une musique israélienne au parfum marocain, ou selon l'expression d'Oliel un coeur oriental avec une tête occidentale . Sefatayim a ouvert la voie à d'autres groupes vocaux qui ont débuté à Sderot. Les plus remarquables sont Sahara, Tamara et Tippex, qui, comme leurs prédécesseurs, ont ajouté à leur musique une nette touche orientale. Dans leur rock ethnique, ils ne négligent pas leurs racines nord-africaines, tout en y incluant des éléments occidentaux comme le blues, la soul music, la musique afro-cubaine et le jazz.
Sderot n'est pas seulement le foyer de groupes de chanteurs israéliens populaires à vocation ethnique, c'est aussi celui d'un ambitieux pianiste classique et d'un chef d'orchestre de renommée mondiale : Albert Mamriev, 26 ans, arrivé de Moscou en 1995 après avoir étudié le piano au conservatoire Tchaïkovsky de la capitale russe. En 1998, Mamriev a remporté le premier prix d'un concours international de piano à Madrid où rivalisaient 28 concurrents venus de 20 pays.
André Szekely avait dirigé d'importants orchestres à Bucarest, à Bratislava et dans sa ville natale de Budapest avant son arrivée en Israël en 1967, où il dirigea quelque temps l'Orchestre de chambre de Tel-Aviv. Dans les années 70, il établit le premier conservatoire de musique de Dimona ; puis en 1985 à Sderot, où, dans le dessein de fournir aux jeunes les outils nécessaires pour apprécier la musique classique, il introduisit des cours de musique à l'école primaire. En 1991, il rassembla douze nouveaux immigrants et appela le groupe de musiciens d'instruments à cordes, à vent, et à percussion Camerata Sderot 1991 , ensemble qui a véritablement introduit la musique classique à Sderot, notamment par le biais de concerts commentés dans les écoles. Son répertoire inclut les oeuvres les plus accessibles de Bach, Mozart, Albinoni, Beethoven, Bizet, Grieg, Offenbach et Strauss, ainsi que des compositions israéliennes.
Dans la deuxième moitié des années 90, l'arrivée de milliers d'immigrants, pour la plupart originaires du Caucase, doubla la population de Sderot. En 1994, la troupe folklorique Zori ( Aurore ) fut fondée grâce aux efforts conjoints de la mairie de Sderot et du syndicat ouvrier local. Vêtus de costumes multicolores, les quarante danseurs et musiciens de Zori illustrent les coutumes et le folklore de la communauté juive caucasienne, et ont pour dessein de rehausser la fierté de la nouvelle génération de la ville pour ses racines tout en lui procurant des débouchés créatifs.
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Ensemble indien Raga dirigé par Rahamim Dan
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Vers le milieu des années 60, s'étaient installés dans les nouvelles villes de développement - en particulier, à Yerouham, Ofakim et Kiriat Gat - de nombreux immigrants d'Inde désireux de préserver leurs traditions et leur culture. Rahamin Dan était l'un d'entre eux. Né à Bombay, Dan jouait dans son pays de la tabla, instrument indien à timbales, avec des musiciens de premier ordre. Il a créé un ensemble de six interprètes spécialisés dans la musique instrumentale et vocale, dont le répertoire est composé d'oeuvres puisées dans les traditions juive et indienne.
Située à l'extrémité nord du Néguev, Kiriat Gat était au départ une localité de développement qui s'est muée en centre urbain. Plus de 3 000 Ethiopiens s'y sont installés au cours des deux vagues d'immigration des années 80 et 90. Avec le soutien de la municipalité et d'autres organisations, un groupe de 22 adolescents de 11 à 15 ans fut formé en 1993 : Ababa ( fleurs en amharique), dont le répertoire est composé de chants en hébreu et en amharique. Des paroliers israéliens connus comme Ehud Manor, Ya'akov Naveh, Arkadi Doukhin et Shlomo Gronich ont écrit des chansons spécialement pour ce groupe, qui s'est produit partout en Israël.
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Le Golden String Quartet
Michaël Wolpe
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Il convient de préciser que ces groupes venus des villes de développement ont été créés par des immigrants qui ont ressenti le besoin de jouer la musique de leur pays d'origine. Parallèlement, la musique contribue à rapprocher les habitants de plus longue date de ces villes, qui s'initient volontiers aux traditions culturelles et musicales de leurs nouveaux concitoyens.
Dans les kibboutzim et les mochavim du Néguev, musique et musiciens ont également imprimé leur marque. Ainsi, Méir Mindel, né à Lvov (Ukraine) en 1946, a immigré en Israël en 1958 et s'est installé au kibboutz Negba. Ses oeuvres, vocales et orchestrales à la fois, expriment l'inquiétude que lui inspirent les clivages sociaux et les questionnements philosophiques - la création de l'homme et sa place dans l'univers -, comme en témoigne sa Prophétie maya interprétée en Israël et à l'étranger depuis sa première, en 1985. L'oeuvre décrit la façon dont les Mayas de la péninsule mexicaine du Yucatan, affaiblis par des dissensions internes, succombèrent à la puissance des conquérants espagnols au XVIe siècle. A travers une allusion ténue à la mélodie de l'hymme national israélien, la Prophétie maya est une métaphore qui met discrètement en garde les auditeurs contre les dissensions intestines actuelles en Israël et contre le risque d'autodestruction qu'elles risquent de générer. Sugihara, composition pour shakubachi - une flûte japonaise - avec percussion et orchestre, fut la première tentative d'intégrer cet instrument à un orchestre symphonique occidental. Mindel la composa en 1995 en l'honneur de Chona Sugihara, consul japonais à Vilna (Lituanie) pendant la Deuxième Guerre mondiale, qui risqua sa vie pour sauver 6 000 Juifs en leur procurant des passeports japonais. Ajoutons que Mindel est également le directeur musical du Golden String Quartet composé d'immigrants d'origine russe, qui a produit un CD et un recueil de chants hébraïques traditionnels sur des arrangements musicaux de Mindel.
Membre du kibboutz Sdé-Boker, Michael Wolpe est né à Tel-Aviv en 1960. Après son service militaire, il s'employa à réaliser ses deux rêves de jeunesse : composer et travailler la terre. Il choisit le kibboutz où le premier ministre David Ben Gourion s'était installé pour encourager ses contemporains à faire reverdir le désert du Néguev. Wolpe a la conviction qu'il ne suffit pas d'être un artiste en Israël, qu'il faut contribuer activement à bâtir toute la société. Il le fait en enseignant la musique au Néguev et à Jérusalem. Il est également fondateur de Caprisma , un ensemble de chambre de Jérusalem, dirige et chante dans la chorale du mouvement kibboutzique. Wolpe est considéré comme l'un des représentants les plus influents de la troisième génération de compositeurs israéliens. Son oeuvre porte l'empreinte de ses prédécesseurs, notamment de Paul Ben Haïm, auquel il a consacré son Hommage numéro 2 pour alto seul. Ses principaux intérêts sont la musique de la Renaissance et de la pré-Renaissance, la musique folklorique israélienne et l'influence exercée par les chants juifs sur la musique israélienne moderne. Ses compositions puisent leur inspiration dans le paysage désertique, dans les thèmes religieux et bibliques, et dans l'actualité. Il a écrit de nombreuses oeuvres pour ensembles de chambre et choeurs, ainsi que des concertos. Son oratorio Sounds of Light and Darkness a été commandité par le Musée d'Israël de Jérusalem pour la célébration du cinquantenaire de la découverte des Manuscrits de la mer Morte.
Wolpe a reçu également une consécration internationale : son Concerto pour violoncelle, qui évoque la vie de sa famille en Europe avant l'immigration en Israël, fut joué à Francfort en 1998, à l'occasion du jubilé de l'Etat d'Israël, avec le soliste Julius Berger. Son Return of the Jackals pour accordéon et mandoline, avec jappements réels de chacals, a été interprété par la Sinfornietta en 2000 à Amman (Jordanie) et en 2001 à Beersheva. Depuis trois ans, un festival intitulé Musique dans le désert, fondé et dirigé par Michael Wolpe, a lieu en décembre au kibboutz Sdé-Boker et dans les environs. Son propos est d'offrir au public de mélomanes un florilège de musique israélienne et de musique classique européenne. Les compositeurs chevronnés ou débutants sont invités à écrire et à présenter leurs oeuvres pour l'occasion.
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Yaïr Dalal
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Yaïr Dalal, du kibboutz Samar dans l'Arava, est né en 1955 de parents émigrés d'Irak. Au début des années 90, il a formé l'ensemble Al Ol qui conjugue les traditions musicales juive et arabe, orientale et occidentale. Al Ol est composé d'instruments classiques comme la clarinette, la flûte, le violon et la guitare, aux côtés du 'oud', de la 'tampura' et de la darbouka. Dalal a par ailleurs pris l'initiative de divers projets avec des musiciens palestiniens. Son éducation a exercé une influence décisive sur son oeuvre et il s'est beaucoup inspiré des musiciens juifs originaires d'Irak en Israël. Dans ses six CD, son message a une orientation politique : pour le musicien, une paix globale arabo-israélienne est possible. Seule la reconnaissance profonde de l'autre dans son unicité et ses particularismes permet de créer une harmonie humaine, sociale et politique. Sa première apparition publique date de décembre 1994, au concert Shalom-Salaam à Oslo, qui a marqué le premier anniversaire de la signature de l'accord entre Israel et les Palestiniens.
De nombreux kibboutzim et mochavim du Sud se sont engagés dans des activités vocales et instrumentales. Les quatorze voix de l'ensemble vocal Ranot viennent des kibboutzim Yotvata, Ketura et Eilot. Si certains chanteurs ont eu une formation musicale formelle, leurs occupations quotidiennes ne sont en rien musicales, puisqu'ils sont informaticien, mathématicien, vétérinaire, bibliothécaire, laborantin ou guide touristique. Ils ont mis en place un répertoire qui associe la musique de la Renaissance et des compositions contemporaines. Leur choix est original et leurs arrangements musicaux sont réalisés par Gideon Efrati.
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La chorale Arava au Festival international de musique vocal de Sopron (Hongarie), été 2000
Semaine musicale au Kibboutz Ketura
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Au centre de l'Arava, Ronit Ratner, du mochav Paran, coordonne activités musicales et chants dans un ensemble vocal intitulé Choeur de l'Arava , formé de membres des mochavim de la région. Elle constate que dans ces étendues désertiques que d'aucuns traitent de désert culturel, Bach et Schubert peuvent être entendus parallèlement à de la musique soul et à des chansons israéliennes. Malgré des difficultés objectives qui tiennent à la vie dans une zone de peuplement très dispersé, ce groupe de 24 artistes dévoués a pris part à de nombreuses compétitions et festivals en Israël et à l'étranger.
Au kibboutz Ketura, à mi-chemin entre Paran et Eilat, est organisée depuis quatorze ans une semaine musicale. Un vaste programme qui s'étend sur cinq jours est mis en place par les membres du kibboutz, Moshé Falkov et Robin Gilmor. Les programmes les plus récents incluent de la musique de chambre, jouée par les membres du kibboutz ; des sessions de jazz avec un ensemble de jazz ; un sextuor de femmes qui a chanté a capella de la musique sacrée en japonais notamment, une journée de beat africain avec percussion et tambours ; le célèbre ensemble Whiffenpoofs de l'université de Yale, des chansons françaises, des quiz musicaux, etc.
En 1966, constatant que les rythmes et sonorités sud-américains manquaient en Israël, trois membres du kibboutz Mefalsim, dans le Néguev occidental - David Erez, Mordehaï (Motta) Yeldin et Yossef (José) Halfi - formèrent le Trio Mefalsim. Le jour, ils travaillent à la basse-cour du kibboutz, la nuit, ils se produisent en Israël et à l'étranger, en particulier dans les pays d'Amérique latine.
Cette rétrospective des activités musicales dans les zones rurales du Néguev serait incomplète si l'on omettait de mentionner la production musicale des Bédouins. Fonctionnelle, leur musique fait partie intégrante de leurs traditions et de leur vie quotidienne. Elle est jouée dans les réunions familiales et sociales ; leurs chants transmettent un message moral, racontent des légendes et perpétuent la sagesse des Anciens. Toutefois, ce riche héritage est menacé de disparition car leur musique, transmise de génération en génération, est entièrement improvisée.
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Trio de musiciens bédouins
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Nahumi Har-Zion, musicologue du kibboutz Sdé-Boker et Mohammed Abu-Ajaj, Bédouin du village de Kseife, assument la tâche de préserver et d'enregistrer la musique bédouine. Har-Zion a fait des recherches approfondies sur la musique bédouine dont il a étudié les sources datant des XVIIe et XVIIIe siècles. Le répertoire inclut des chants familiaux évoquant le labeur des femmes, le puisage de l'eau, le désert et les chameaux, les héros des guerres tribales, les cheikhs célèbres et les personnages légendaires, enfin des événements historiques. Le rythme tient une place importante dans la musique bédouine. Même la cérémonie du café est accompagnée d'un martèlement rythmé sur une percussion improvisée, tandis que les invités tapent des mains en s'exclamant. Les instruments principaux sont la 'rababa' à corde unique, faite de poils en queue de cheval et de branches d'arbre ; le pipeau du berger ; le 'oud' et la 'simsimiyya', sorte de lyre à cinq cordes improvisée sur un jerrycan et originellement associée aux chants des pêcheurs ; les tambourins enfin, souvent utilisés par les femmes au cours des mariages.
Âgé de 43 ans, Abu-Ajaj, qui a étudié la guitare et le violon, enseigne actuellement la musique à l'École Kaye de formation d'enseignants de Beersheva. Ses étudiantes sont de jeunes Bédouines qui apprennent les rythmes et les chants de leurs tribus, afin de les transmettre à leurs futurs élèves. Dans la cadre d'un autre projet, Abu-Ajaj a formé un quartet bédouin qui chante en s'accompagnant d'instruments traditionnels. La tâche est difficile, puisqu'il n'y a de nos jours que six professeurs de musique qualifiés pour les 45 écoles bédouines du sud d'Israël.
Nous pouvons affirmer en conclusion que les musiciens du Néguev apportent une contribution notoire aux activités culturelles d'Israël. Ils associent leur amour de la musique au besoin de doter leur vie d'un sens et d'une qualité particuliers. Certains parmi eux ont certes des motivations purement pratiques : trouver un emploi ou un foyer. Quelle que soit leur motivation, tous seraient probablement d'accord avec Eliyahu Nawi, l'ancien maire de Beersheva, qui déclara un jour : Peupler le Néguev et retourner à la terre de nos ancêtres est dépourvu de sens sans créativité culturelle. S'enraciner dans cette région, c'est ensemencer notre propre culture dans les sables où le peuple d'Israël a commencé d'exister.
Traduit de l'anglais par Vera Lasry
Bezalel Yannaï, né aux Etats-Unis en 1944, a immigré en Israël en 1968. Diplômé de l'Université de Berkeley et de l'Université hébraïque de Jérusalem, et passionné de musique, il joue de la trompette. A l'heure actuelle, il est adjoint au directeur du département des relations étrangères du ministère israélien de l'Agriculture et du développement rural.
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