Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi tout d’abord de féliciter les organisateurs de cette importante et intéressante conférence. Au cours des trois jours derniers, vous avez débattu de la situation actuelle de l’Etat d’Israël. Dans mes fonctions de premier ministre, j’assume la responsabilité de la planification et de la mise en oeuvre des mesures appelées à définir la nature d’Israël pour les prochaines années.
Le devoir de façonner l’Etat juif et démocratique d’Israël nous a été confié, un Etat où les responsabilités sont distribuées équitablement et qui assume les droits et obligations conférés par tous les secteurs, à travers les différentes formes du service public. L’Etat d’Israël est un pays où la jeune génération est éduquée de façon efficace par son réseau éducatif, est imprégnée de valeurs et de fierté nationale, et préparée à affronter les enjeux de la modernité. Un pays dont l’économie est adaptée au marché global et sophistiqué du XXIe siècle, où le produit national par habitant dépasse la ligne des 20 000 dollars US et atteint les scores des pays européens les plus développés. Un pays qui intègre ses immigrants et qui constitue une source d’attraction pour les juifs du monde entier et pour des milliers d’immigrants par an, et dont l’objectif essentiel est l’immigration.
C’est ce pays que nous souhaitons façonner, où nos enfants seront heureux de vivre.
Je suis conscient de la tendance à réduire tous les problèmes d’Israël à la sphère politique.
On s’imagine qu’une fois solutionnés les problèmes d’Israël avec ses voisins, en particulier les Palestiniens, tous les autres objectifs seront miraculeusement atteints. Ce n’est pas mon avis. Nous sommes confrontés à d’autres défis - économiques, éducatifs, intégration des immigrants, accroissement de la cohésion sociale et amélioration des relations entre citoyens arabes et juifs d’Israël.
A l’instar de tous mes concitoyens j’aspire à la paix. J’attache une importance suprême à toutes les mesures susceptibles de se traduire par des progrès vers la résolution du conflit avec les Palestiniens. Toutefois, compte tenu des autres défis auxquels nous sommes confrontés, si les Palestiniens ne font pas eux aussi des efforts semblables dans cette direction, je n’ai pas l’intention de les attendre indéfiniment.
Il y a sept mois, mon gouvernement a approuvé la « feuille de route » telle que le président George Bush l’a évoquée dans son discours de juin 2002. Il s’agit là d’un plan équilibré prévoyant des progrès par étapes sur la voie de la paix, et qui a rallié le soutien d’Israël et des Palestiniens. La mise en oeuvre totale de la « feuille de route » est le meilleur moyen de parvenir à une paix réelle. Cette « feuille de route » est le seul plan politique accepté par Israël, les Palestiniens et les Américains, ainsi que par la majorité de la communauté internationale. Nous souhaitons promouvoir sa réalisation : deux Etats, Israël et un Etat palestinien, vivant côte à côte dans la sérénité, la sécurité et la paix.
La « feuille de route » est un plan clair et raisonnable qu’il est possible et impératif de mettre en oeuvre. Son principe directeur est que seule la sécurité mènera à la paix, dans cet ordre. Sans la sécurité pleine et entière, sans le démantèlement des organisations terro-ristes, il ne sera pas possible de parvenir à une paix véritable, une paix pour des générations. C’est cela l’essence de la « feuille de route ». La perception contraire selon laquelle la seule signature d’un accord de paix se traduirait comme par magie par la sécurité a déjà été tentée et a lamentablement échoué. Comme échouera systématiquement tout plan conçu en fonction de cette perception. Jusqu’ici toutes les initiatives de ce genre ont déçu le public et généré de faux espoirs. Il n’y aura pas de paix avant l’éradication du terrorisme.
Sous ma direction, le gouvernement ne fera aucun compromis quant à la mise en oeuvre de toutes les phases de la « feuille de route ». Il appartient aux Palestiniens d’éradiquer les groupements terroristes et de mettre en place une société de droit décidée à lutter contre la violence et la provocation. La paix et la terreur ne peuvent coexister. Le monde est désormais unanimement d’accord avec cet appel lancé aux Palestiniens à agir en direction de la cessation des attentats terroristes et pour l’instauration de réformes. Seules des mutations structurelles de l’Autorité palestinienne permettront de réaliser des progrès sur le plan politique. Les Palestiniens doivent remplir leurs obligations. La mise en application de la « feuille de route » débouchera à terme sur la paix et la tranquillité.
Nous avions initié à Aqaba cette mise en oeuvre de la « feuille de route », mais les organisations terroristes se sont alliées à Yasser Arafat pour saboter le processus par le biais d’une sinistre série d’attentats d’une brutalité sans précédent.
Concurremment à l’exigence présentée aux Palestiniens d’éliminer les organisations terroristes dans leur sein, Israël prend et continuera à prendre des mesures destinées à améliorer significativement les conditions de vie de la population palestinienne : Israël projette de supprimer les couvre-feux, et de réduire le nombre des postes de contrôle ; de restaurer la liberté de circulation de la population palestinienne, notamment le passage des personnes et des marchandises ; d’accroître les heures d’ouverture des postes frontière internationaux ; de permettre à un grand nombre d’hommes d’affaires palestiniens d’entretenir des relations économiques et commerciales normales avec leurs partenaires israéliens, etc. Autant de mesures prises dans le but de laisser plus de liberté de mouvement à la population palestinienne non impliquée dans le terrorisme.
En outre, nous envisageons de renforcer la coordination de la sécurité en transférant aux Palestiniens la responsabilité de la sécurité dans leurs villes.
Israël fera tous les efforts possibles pour aider les Palestiniens et pour promouvoir le processus de paix.
Israël assumera ses engagements. J’ai promis au président des Etats-Unis qu’Israël procédera au démantèlement des avant-postes érigés sans l’aval de mon gouvernement, et j’ai l’intention de remplir mes engagements. L’Etat d’Israël est un Etat de droit, et la question des avant-postes n’y fera pas exception. Je comprends les sensibilités ; nous nous emploierons à procéder à ces démantèlements de la façon la moins pénible possible, mais les avant-postes érigés sans notre autorisation seront démantelés. Un point, c’est tout.
Israël respectera également ses engagements en matière de construction dans les localités juives des territoires. Il n’y en aura pas de nouvelles au-delà des limites actuelles, pas d’expropriations de terres au profit de la construction, pas d’avantages économiques spéciaux et pas de construction de nouvelles localités.
Je saisis cette occasion pour lancer un appel aux Palestiniens en réitérant ce que j’ai déclaré à Aqaba : il n’est pas dans notre intérêt de vous gouverner. Nous préférons de loin que vous vous gouverniez dans votre pays. Un Etat palestinien démocratique doté de la continuité territoriale en Judée-Samarie et de viabilité sur le plan économique, apte à entretenir des relations normalisées avec Israël, basées sur la sécurité et la paix. Abandonnez la voie du terrorisme et cessons de concert les massacres. Engageons-nous ensemble sur le chemin de la paix.
Nous souhaitons réaliser dans les délais les plus brefs la mise en oeuvre de la « feuille de route » dans l’espoir qu’elle débouchera sur une paix authentique. Et nous espérons que l’Autorité palestinienne prendra ses res-ponsabilités. Toutefois, si dans les quelques mois à venir, les Palestiniens continuent de passer outre à leurs responsabilités à l’égard de la « feuille de route », Israël initiera son plan sécuritaire.
L’objectif du Plan de désengagement est de réduire le plus possible le terrorisme et d’assurer aux citoyens israéliens un niveau optimal de sécurité. Le processus de désengagement débouchera sur l’amélioration de leur qualité de la vie, et contribuera à renforcer l’économie israélienne. Les mesures prises unilatéralement par Israël dans le cadre du Plan de désengagement seront entièrement coordonnées avec les Etats-Unis. Il n’est pas question pour nous de porter atteinte à nos relations avec les Etats-Unis. Ces mesures seront de nature à renforcer la sécurité d’Israël et à alléger la tâche de notre armée confrontée à des missions difficiles. Le Plan de désengagement a été conçu de façon à garantir le maximum de sécurité et à minimiser les frictions entre Israéliens et Palestiniens.
Nous souhaitons des négociations directes, mais n’avons pas pour autant l’intention de laisser la société israélienne en otage aux mains des Palestiniens. Je répète que nous ne les attendrons pas indéfiniment.
Le Plan de désengagement comportera un redéploiement des forces de Tsahal le long de lignes nouvelles de sécurité et un changement dans la configuration des localités israéliennes, ce qui réduira autant que possible la présence d’Israéliens au coeur de la population palestinienne. Tsahal se déploiera le long de lignes provisoires de sécurité. La sécurité d’Israël sera garantie par le déploiement de Tsahal, par le mur de sécurité et par d’autres obstacles physiques. Ainsi, le désengagement parviendra à diminuer les situations de frictions entre les Palestiniens et nous.
Cette diminution des frictions exigera des mesures extrêmement difficiles concernant le redéploiement de certaines localités israéliennes.
Permettez-moi de réitérer ce que j’ai déclaré par le passé : dans le cadre d’un accord futur, Israël ne se maintiendra pas dans tous les endroits où il se trouve à l’heure actuelle. Le relogement des habitants des localités concernées se fera, d’abord et avant tout, afin de redessiner une ligne de sécurité la plus efficace possible débouchant sur une réelle séparation entre les populations israé-lienne et palestinienne. Cette ligne de sécurité ne constituera pas les confins permanents de l’Etat d’Israël, toutefois, tant que l’application de la « feuille de route » n’est pas effective, les forces armées israéliennes seront positionnées le long de cette ligne. Les localités dont les habitants seront déplacés sont celles qui ne seront pas incluses dans le territoire israélien dans le cadre d’un éventuel accord permanent. Parallèlement, dans le cadre du Plan de désengagement, Israël renforcera son contrôle sur les zones faisant partie intégrante du territoire israélien dans tout accord futur. Je sais que vous aimeriez que je vous donne des noms, mais nous laisserons cela pour plus tard.
Israël veillera à l’accélération de la cons-truction du mur de sécurité. A l’heure actuelle, ce dernier a déjà pris forme. Son achèvement rapide permettra à Tsahal de supprimer des barrages routiers et de faciliter la vie quotidienne de la population palestinienne non impliquée dans les activités terroristes.
Pour permettre aux Palestiniens de déve-lopper leurs secteurs économique et commercial, et pour nous assurer que ces secteurs ne dépendront pas exclusivement d’Israël, nous prendrons en compte, dans le cadre du Plan de désengagement, la possibilité de coordonner avec la Jordanie et l’Egypte une plus grande liberté de passage des populations et des marchandises à travers les postes frontière internationaux, tout en prenant les précautions de sécurité indispensables.
Je tiens à le souligner : le Plan de désengagement est une mesure de sécurité et non une mesure politique. Les décisions prises à ce titre ne changeront pas les réalités politiques entre Israël et les Palestiniens, et n’empêcheront pas la possibilité de renouveller la mise en oeuvre de la « feuille de route » et de déboucher sur un accord définitif.
Le Plan de désengagement n’empêche nullement la mise en oeuvre de la « feuille de route ». Il s’agit d’une mesure prise par Israël en l’absence d’une autre option et pour améliorer sa sécurité. Ce plan sera mis en oeuvre seulement si les Palestiniens continuent de tergiverser et de différer l’application de la « feuille de route ».
Il est clair qu’avec ce Plan de désengagement les Palestiniens bénéficieront de beaucoup moins d’avantages que ceux qu’ils auraient obtenu par des négociations directes telles que mentionnées dans la « feuille de route ».
Selon les circonstances, il n’est pas exclu que certains registres du Plan de désengagement censés procurer une sécurité optimale aux citoyens israéliens soient engagés, tout en continuant à tenter d’appliquer les dispositions de la « feuille de route ».
Mesdames et Messieurs,
Mon expérience m’a enseigné que pour faire la paix, comme pour faire la guerre, il faut rallier un vaste consensus populaire. Nous devons préserver notre unité, même lorsque nous sommes plongés au coeur d’un débat intérieur délicat.
Au cours des trois dernières années, les organisations terroristes palestiniennes nous ont mis à l’épreuve. Leur projet de briser le moral de la société israélienne a échoué. Les Israéliens se sont renforcés, se sont soutenus réciproquement et ont tendu des mains secourables, se sont portés volontaires et ont contribué de leur mieux.
Je suis convaincu que cette unité doit se poursuivre. Que nous parvenions à promouvoir la « feuille de route » ou que nous soyons contraints à nous contenter du Plan de désengagement, l’expérience nous a prouvé qu’unis, dans un large consensus national, nous pouvons réaliser de grandes choses.
Mais ne nous faisons pas d’illusions : tout progrès sera complexe, pavé d’obstacles, et nous contraindra à agir avec discrétion et le sens des responsabilités. Je suis certain qu’au même titre que nous avons surmonté les défis du passé, nous parviendrons à surmonter les enjeux de l’heure.
Nous resterons inspirés par les mots du premier ministre David Ben Gurion qui déclara, le lendemain de la proclamation de l’indépendance d’Israël :
« A présent, notre objectif est seulement de bâtir l’Etat d’Israël avec amour et conviction, dans la fraternité juive, et de le défendre de tout notre coeur et aussi longtemps que nécessaire. Nous sommes encore plongés dans une bataille difficile, qui se déroule sur deux fronts : politique et militaire. N’enjolivons pas nos actes, et cela va de soi, nos propos, avec des mots grandiloquents. Restons humbles. Nous sommes parvenus à nos fins grâce aux générations qui nous ont précédés, et nous avons réussi à accomplir ce que nous avons accompli en préservant notre précieux héritage, l’héritage d’un petit peuple qui a enduré d’innombrables épreuves et tribulations, en gardant sa grandeur, l’éternité de son esprit, sa vision, sa foi et sa vertu. »
Je suis aussi convaincu de la capacité de résistance de ce petit peuple courageux qui a enduré épreuves et tribulations. Et je reste confiant que si nous restons unis dans les mêmes convictions, nous parviendrons à réussir, quelle que soit la voix que nous choisirons d’emprunter.
Merci et bonne fête de Hanouccah !