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Comment reconnait-on un Hierosolymitain

6 Sep 2003
 ARIEL - Revue israélienne des arts et des lettres - 102
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Comment reconnaît-on un Hiérosolymitain?

Netiva Ben-Yehuda

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Pour tout vous dire, je n'en ai pas la moindre idée. Personnellement, je ne pense pas que nous, habitants de Jérusalem, soyons si différents en apparence du reste des Israéliens, mais je connais quelques Tel-Aviviens prêts à parier une grosse somme qu'ils sont capables de nous repérer du premier coup d'oeil. Il y aurait à cela un tas de bonnes raisons: le teint pâle, les manières brusques, et par-dessus tout, notre manière déplorable de nous habiller; nous n'aurions aucun sens de la mode, aucune élégance, mais je ne suis pas sûre de savoir de quoi ils parlent. Ils disent aussi qu'on voit tout de suite que nous sommes des provinciaux; mais là aussi, je ne vois franchement pas de quoi ils parlent.

Certains disent que c'est délibéré, que c'est notre façon à nous de frimer. Que les habitants de Jérusalem - les femmes en particulier - s'habillent ainsi pour prouver que ce qui compte c'est l'esprit, le bon sens, la culture, l'intellect. Ils disent que les femmes de Jérusalem s'habillent de la sorte pour montrer qu'elles n'accordent aucune importance à des vétilles telles que vêtements et bijoux. Personnellement, je n'ai pas la moindre idée de ce que peut signifier s'habiller "exprès" pour avoir l'air d'un Hiérosolymitain...

Il se peut que je me trompe, il y a peut-être du vrai dans tout cela. Je sais que, quand je vais à Tel-Aviv, même moi je me mets un peu - comment dire? - sur mon trente et un. Du moins, j'essaie. Mais cela ne trompe guère les Tel-Aviviens. Je me souviens d'une occasion, au café Kassit de Tel-Aviv, où quelques femmes de ma connaissance m'ont "cuisinée" pour savoir pour quelle raison je ressemblais à quelque chose qu'un chat compatissant aurait à la rigueur ramassé dans la rue. J'ai piqué un fard et me suis mise à bafouiller. Soudain, avant même que je puisse commencer à me défendre, la porte s'est ouverte et un de mes concitoyens est entré dans le café. En me voyant, il a haussé les sourcils jusqu'à la racine des cheveux et s'est écrié: "Qu'est-ce qui t'arrive? pourquoi es-tu si oisgepizt * aujourd'hui?"

Il y a une éternité, dans les années cinquante, avant que les touristes israéliens n'envahissent le monde, lorsque nous devions expliquer ce qu'est Israël parce que personne n'en avait entendu parler, j'ai rencontré en Angleterre un prêtre catholique, si ému de se trouver face à quelqu'un qui venait vraiment de Jérusalem qu'il en avait quasiment perdu le souffle. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi bouleversé et j'ai fini par lui demander pourquoi il semblait si étonné. Il m'a répondu qu'il n'en croyait pas ses yeux, que c'était impossible que les habitants de Jérusalem ressemblent à cela! "A quoi?", lui ai-je demandé. En réponse, il m'a raconté une longue histoire, que toute sa vie il avait caressé le rêve de visiter Jérusalem et comment il s'y préparait. "J'ai déjà rassemblé une importante collection de cartes et d'images de Jérusalem, que j'ai accrochées au mur, particulièrement des habitants de la ville, et il est tout à fait impossible que vous en soyez une!" Puis il m'a décrit sa collection: figurez-vous un peu, des gens vêtus de nippes bibliques, comme sur les vieilles images de l'école Bezalel du début du siècle. Il m'a raconté qu'il avait commencé à ramasser les vêtements appropriés, qu'il les mettrait sitôt arrivé en Terre sainte, et que la première chose qu'il ferait en débarquant serait de s'acheter un âne, de façon à pouvoir parcourir le pays de long en large, convenablement vêtu...

Je percevais dans ses yeux la peur tangible des mots que je m'apprêtais à lui dire - qu'il pouvait oublier toutes ces âneries, ne pas accorder de crédit à ces images vieilles d'un million d'années, mais je me suis tue, et, après un moment de silence, embarrassé, il m'a déclaré: "En fait, si je comprends bien, vous n'êtes pas une authentique Hiérosolymitaine, n'est-ce pas?" et je me suis empressée de lui répondre: "Non, vous avez raison, je suis née à Tel-Aviv." "Ah!" s'est-il exclamé du ton de quelqu'un qu'on a soulagé d'un poids terrible. Il lui a fallu un moment pour se remettre de ses émotions, puis il a commencé à m'expliquer à quoi les habitants de Jérusalem ressemblaient vraiment!

Au fond, nous devrions faire un effort. Pour le bonheur des touristes, pourquoi ne pas nous habiller comme ces gens des images de Bezalel? Imaginez le bonheur que nous donnerions au monde si nous étions vraiment différents des autres Israéliens, et d'ailleurs, nous sommes différents, n'est-ce pas? Imaginez un peu - des hordes de touristes nous photographiant et photographiant dans la foulée des personnages bibliques! Quel essor cela donnerait au tourisme, et au commerce des frusques bibliques!


Traduit par Cathie Wajsberg

 
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